Page 42 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS    Lycée Ozenne

 Lycée Ozenne

Semer des désirs de films différents, ouvrir l’art au jeu et à la question. Ainsi une
performance fait-elle musique de jouets d’enfance et montre le « comment ».
Dans la salle-culture, le grand écran s’anime de fables IA, d’images déformées, de
collages et de matières. En plus petit format, en boîte, des mains s’approchent, un
aquarium s’y partage puis se brise, comme autant de métaphores fragiles de nos
gestes humains. Des films venus d’ici et d’ailleurs, et des artistes présents pour le
dialogue.

   Yauheni Hlushan, Walking with UFO, 2022, 9’51, (BY)

                                                             L’expérimental parvient à ne pas suivre des modes ni à
                                                      décider que des époques de telles ou telles pratiques seraient
                                                      révolues. Au contraire, le recours aux pratiques du premier
                                                      cinéma se fait aussi nombreux que le retour à la pellicule.
                                                      Et si le cinéma sans caméra n’exclut pas le film avec prise
                                                      de vue, le grattage, le collage, la peinture inventent leurs
                                                      films. Le noir et blanc retrouvé n’exclut pas la couleur mais la
                                                      narration n’y est jamais essentielle ni première même si un
                                                      sujet, une interrogation, un souvenir peuvent déclencher le
   projet de film ou le désir de faire film.
   Yauheni Hlushan, se souvenant d’un souvenir d’enfance, reprend les traces des grands ancêtres
   Richter, Ruttman, Fishinger, mais il le fait en couleurs du bonheur retrouvé, en images qu’il aurait
   dessinées alors. Le plus souvent les traits non figuratifs préfèrent la couleur, mais le pinceau est
   large, la trace se meut libre et parfois l’OVNI – l’UFO du titre en anglais – surgit, se balade, se
   balance, se perd dans la couleur. Pas d’obédience affichée pour tel réalisateur de Science Fiction
   ou pour ceux de série B, il se plaît, simplement à l'imagerie naïve de petits engins, ronds, sans
   aspérités, avec des retours sur fond noir et en traces arrondies, ce que surenchérit le collage
   d’anciennes décalcomanies.
   Les couleurs ne cachent pas le geste qui les a lancées, directement sur la pellicule ; des traits ôtent
   la perfection d’un aplat non désiré.
   La piste sonore elle-même est touchée, improvisée sur un vieux synthétiseur mais accélérée avec
   un programme informatique, ce qui produit des sons apparentés à des boîtes à musique, enfantines
   et répétitives. Cependant, pas de sons topiques, pas d’effets de frayeur ni même d’étonnement, le
   plaisir de découvrir d’un enfant.
   L’artiste se souvient de l’enfant qu’il était… mais ses variations en couleurs, verticales épaisses,
   planches plus unies, traits obliques, en ondulation, grossis ou non, l’amorce en effet de rappel
   du médium disent l’artiste en film, y compris dans les ratures refusant le trop fini, le réaliste : le
   souvenir est toujours recomposition, plus encore en expérimental.
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