Page 120 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Centre Culturel Bellegarde
Claude Marguier, Ô Sonorités, 2025, film, 3’30 (FR)
En quête « d’illuminations ». Déambuler de nuit dans
la ville. Marcher le long des voies, traverser les parcs, les
parkings, les places, les ponts, filmer les éclairages urbains,
les paysages qu’ils dessinent dans l’obscurité. Saisir au
passage les feux des véhicules, les lumières des enseignes,
les reflets sur la rivière, tout ce qui illumine. Suivre le même
processus, rituel d’enregistrement et de déconstruction
des images : filmer en vitesse accélérée et en bougeant
l’appareil. Mouvements mécaniques répétés de haut en bas
et à l’horizontal. Cruci-fiction pour le film à venir.
Ces images décalées et résiduelles de paysages urbains et de lumières, tressautent, vibrent,
tremblent, tressaillent et se juxtaposent en flux saccadés. Les sonorités d’un orgue cristallin
attisent le regard, soulignent le mouvement des images, scandent et battent la mesure du film.
Chambre d’écho pour une approche filmique du tissu urbain et de la nuit, de la lumière et du
mouvement.
Tommydobbela, The Day After It All, 2025, 6’18 (NO)
Étrangement, la figure entraînant à travers les variations iconiques métonymies de l’état
d’embrasement et de perdition de la nature, n’est pas un théranthrope, composé animal-homme,
ce qui signalerait la parenté des espèces voire leur interpénétration.
L’être entraînant de lieu en lieu, de la forêt à la mer, penche davantage du côté de la plante : sa forme
hybride, anthropomorphe par les bras, la bipédie, la forme droite est un tronc d’arbre, sa peau de
l’écorce et sa tête s’apparente à un bulbe de fenouil avec ses styles dressés. Par ailleurs, sa couleur
varie quelque peu selon ce qui l’entoure : celle de l'écorce près du tronc initial, grise sur les galets
près de l’eau. Il passe actif dans la forêt avant que le feu filmique n’atteigne la pellicule effaçant
les repères et les formes et créant les siennes toujours recommencées, dans le franchissement
des limites jusqu’à cet autre recommencement sans fin, qu’est la mer, rougissante, doublée dans
le champ. Et ce jusqu’à ce que l’être soit allongé, fragile, inerte sur le rivage.
Dans les cartons de fin, tracé main après l’indication du « tout est fait main par » l’artiste s’ajoute
« wounded art tree / art de l’arbre blessé. »
Si le trajet à travers les éléments débute en feu d’artifice, petits cierges magiques pétillants, la
gerbe embrasant le champ, aucun geste humain ne les justifie.
La nature n’est pas celle que l’homme pense avoir domestiquée.
Les changements temporels nient la temporalité humaine : l’accéléré, la fragmentation, le
retour, la voltige du bois atteignent un magma d’aformes nuageuses, où noir et blanc-beige
s’entremêlent; le flicker en acmé après de fréquentes variations de rythme, la musique à l’unisson
de cette vivacité sans frein. Cependant le nom du groupe Når verden slokner/Quand le monde
s'assombrit participe à l’appel lancé par le film. En effet, si le balancement de l’arbre refuse la
fixité, pour l’oscillation métaphorique de sa constante transformation, l’arbre varie comme autant
d'êtres mouvants, dessiné à la craie, emporté, déplacé, filmé renversé, les ramées se succédant
si vite qu’elles se superposent. Sensations au-delà de la simple vision. Ouvrir différemment l'œil
pour retarder ce lendemain sans humain.
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