Page 135 - Catalogue 2026
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Les Abattoirs  PROJECTIONS

art déco, design années 70, vintage avec mur de grosses pierres et plus ancien, antique bassin
égyptien avec lotus et petit bâteau, ou romain de la décadence de l’Empire, ou cuve de bois
de cow-boy avec leur Stetson ou baignoire sabot décorée pour aristocrate habillée, avant l’eau
courante sans robinetterie ou après datable par le système de robinets en cygne, tariabiscotés,
utilitaire et les objets environnants. Relevant de tels réalias, elle se ferait aussi sociologique quand
le petit carrelage HLM de la salle de bain basique avec wc, porte-savon incrusté dans le mur, parent
de celui du motel impersonnel avec rideau de douche opaque, s’oppose au marbre veiné vert
voire à la baignoire suréquipée, à bord large pour recevoir alcool et autres mets de plaisir, quand
le marbre noir sur moquette renvoie loin la cuve blanche avec carpette élimée ; quand la cuve
trop petite laisse dépasser les pieds ou la queue de sirène dans Splash ou en forme de cœur. Elle
participerait à caractériser un personnage, victime, prédateur, amoureux, maladroit, malicieux
chantant écouteurs aux oreilles...
Et elle ferait histoire du cinéma selon la censure qui oblige au bain moussant – le titre – qui
camoufle par des bains de rose, qui laisse transparaître le sein ou le laisse émerger, ou qui accueille
une personne, homme, femme, enfant voire animal puis femme et enfant puis des couples voire
un trio… qui devient « couche » érotique ou lieu du massage d’une mère par son enfant.
Ainsi tout se fait dans la baignoire, si on s’y lave, on s’y détend avec ou sans masque, on y fume,
boit, lit, parfois sans lutrin au risque de « noyer » le papier ou avec d’invraisemblables supports ;
on y joue enfants, on bavarde, on y baise, on y dort.
Elle est un révélateur de genre selon les gestes et actions, la main gantée avec pointes de fer,
surgissant de l’eau, la lecture d’un livre d’art ou sur Lang, les miroirs et alcôves de Shining, les
robinets anciens et paradoxaux porte-savons en forme de bénitier des Diaboliques ; elle se remplit
de fleurs mais aussi de sang, bougies pour occulter la réalité du Big Lebovski.
Ce n’est pas encore la piste expérimentale ;
La baignoire dans tous ses états pourrait aussi entraîner vers les manières de tournage – même
si les plans tous aussi brefs sont fixes hormis un ou deux, pour la « prendre » elle – puisque tous
les axes de prise de vue, l’échelle des plans, la plongée, la contre-plongée, le premier plan ou la
profondeur du champ, le regard adressé voire pour 1920, le regard coquin quand la jeune femme
dont le savon est tombé hors de l’eau se ravise au moment de l’attraper pour ne pas être vue alors
qu’elle est seule dans la pseudo-confusion hors champ / hors cadre...
Ainsi en la scrutant, on écrirait un vademecum du cinéma, selon ses diverses approches comme
document, comme œuvre, comme langage cinématographique.
Et aussi dans le simple bonheur de ces plans fonctionnant deux à deux, se répondant dans l’axe,
s’opposant dans la direction du regard ou du geste, dans l’écho du regard et du geste, cependant
après les baignoires et leur film, le dernier seuil inattendu, induit de suivre une piste.
En effet, le panneau 55 de L'Atlas mnémosyne d’Aby Warburg2 clôt et ouvre la phrase filmique aux
baignoires.
Ce grand œuvre in progress cherchait à mener une histoire comparée de l'art fondée sur l'image.
Aby Warburg rassemblait sur des panneaux en bois, recouverts de toile de jute noire, sur lesquels il
épinglait des groupes d’images des reproductions photographiques, des photos, des schémas et
des croquis, des cartes postales et autres documents imprimés, sans exclure publicités et coupures

2. Aby Warbourg (1866-1929) à Hambourg, inaugura l'iconologie à savoir la connaissance par les images et leur
rapprochement fécond; il réunit une bibliothèque de 60 000 ouvrages.

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