Page 140 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Les Abattoirs
Benjamin Poumey, Comme la rosée face à la foudre - Vol 1, 2025, 4’50 (CH)
Sinon un oxymore, du moins la rencontre de deux
résultantes naturelles, très éloignées en dimension et
retentissement, en connotation aussi. Si l’une, légère et
éphémère condensation en gouttelette, emporte une
sorte d’apaisement en sourire, l’autre plus tonitruante,
visuellement attirante en son électricité zébrant le ciel et
disruptive, secoue quelque peu.
Le titre répond très finement au propos filmique : Benjamin
Poumey qui annote Vol 1, selon le code des livres, indiquant
que d’autres opus suivront, transmet l’émotion procurée par
des Jiseiku, variation des poèmes d’adieu / Sisei no ko que
les moines zen – chinois, coréens et japonais – écrivent à
l’approche de la mort. Si des premiers, on a retrouvé trace, d’un tel poème du prince Otsu, dès
686, on sait que la tradition s’est perpétrée – dans le champ militaire : jusqu’en 1945, puisque lors
de la défaite d’Owo Jima, le commandant en chef en envoya un à l’empereur nippon, dans une
situation de défaite, et puisque Mishima – l’artiste en arme, n’ayant pas réussi sa prise de pouvoir
à Ichigaya à Tokyo, avant de se tuer selon le Seppuku – suicide rituel.
Sans doute, se pensait-il héritier de ces guerriers-poètes, lui l’artiste répugnant à l’abandon des
traditions. En effet, outre les érudits, les Samouraïs des XVI et XVIIe siècles sont les signataires des
Jiseiku, retrouvés plus nombreux ; ils les écrivaient avant le combat. La traduction littérale : «quitte-
ce-monde-poème» y répond et présage de la simplicité des mots choisis, et des métaphores
sur la vacuité des choses comme la fleur du cerisier – ou l’Occident retiendrait la rose – tout en
reconnaissant le moment décisif : Comme la rosée face à la foudre.
Les poèmes de trois sont traduits et cités diversement et sans leur forme codée, de tercets en
dix-sept syllabes. En intertitres, vers après vers – pour Kuroda Josui et Senno Rikyû – nommés,
ou pour le dernier en son entier, ils alternent avec des plans de ville ; Genève où réside Benjamin
Poumey ; dont les éléments s’accordent avec les mots : les maisons au bord d’un canal, un zoom
arrière privilégie l’eau, en légers mouvements. Il retient un bleuté parfois zébré de quelques
traces colorées comme pour Akechi Mitsohide ; une rue au bord de la nuit, des lampadaires ronds
s’allument, une maison blanche se détache avec ses fenêtres supérieures en plein cintre, une
architecture plus précise, quand en profondeur du champ, un train circule avant ces traits bleus
dans le ciel et des superpositions des lignes électriques du transport ; de rares passants entrevus.
Le second plus énigmatique cadre ce qui, de loin, ressemblerait à des étagères en carrés vides avec
en chacun, un cadran type des réveils mais avec un seul chiffre. C’est une étape de construction
d’un haut bâtiment ainsi scandé ; alors le plan ne retient que le chiffre changeant comme le temps.
Et en subreptice inscription, en biais et superposé aux fils et à un édicule ferroviaire, un « For the
future ».
C’est du temps, de la vie, de sa limite dont il s’agit : le troisième poème s’achève sur « le réveil d’un
rêve de cinquante ans qui me renvoie à l’unique origine des choses ».
Ainsi dans la couleur retenue, en paysages retenus suggérant un entre-deux, le flux de l’eau, du
transport, du passage, le grain du super-huit porte-t-il l’émotion, différemment d’Interzone –
précédent film de l’artiste – quand une jeune femme déambulait, occupait un palais abandonné
et près de l’eau au bruit continu étouffé et sans plus d’explication, après avoir annoté dans son
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