Page 139 - Catalogue 2026
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Les Abattoirs PROJECTIONS
KIM Saebom & KIM Yoonhee, This book is over, 2018, 2’35, (KR / DE)
Ce livre est terminé... Ce pourrait être la phrase du
lecteur à l’enfant qui devrait s’endormir après l’histoire lue ;
ou plus douloureusement pour l’amoureux des textes écrits,
la fin du livre. C’est une des courtes propositions énoncées
en voix et volume divers qui ponctuent ce chemin entre
lieux reconnaissables même sous le teintage bleu, et objets
quotidiens et même fragments d’objets. Des éléments
triviaux mais embrasés, en lumière déclinée du fil électrique,
de la lampe à trois ampoules avec petit objet décoratif
pendant, jusqu’à la petite lueur agrandie en gros plan d’une
allumette tenue du bout des doigts et le feu et en incipit,
méritant un plan plus long, un cierge magique virevoltant à
travers le champ aussi prégnant qu’un feu d’artifices... Cela
se poursuit en élans.
Quand la flamme is over, la fumée se dilate sans suffocation possible, le mouvement persiste avec
cette étrange toupie transparente apparentée, à la bande de quelque outil ayant lui aussi terminé
sa fonction – over.
Étrange encore ce déplacement d’un lieu intérieur sans localisation possible puisque les objets
ne sont pas plus posés que ne l’est le cadran digital indiquant une heure bien inutile, vers des
excursions sur un chemin bleu enneigé, lui-même pris dans un léger pano ou en perspective avec
deux promeneurs.
Et les voix reprennent des formules sans lien, sans lien de causalité dans cette même atmosphère
d’un familier déroutant. Des « différentes perspectives sur l’avenir » devancent peut-être les
chemins mais c’est en jeu de mots, sans résolution ; pour preuve un « je ne comprendrais jamais
rien » quelque peu joueur, d’autant qu’empruntée à une définition du surréalisme, mais sans
l’explication se coordonnent « le réel et le surréel ». Sans doute la clef de l’impossible séparation
pour un sens unique. Ce surréel qualifie à point venu, cet au-delà de la réalité, en reprise de
fragments de films, en musique transformée de cymbales asiatiques ; provoque non pas les
«observateurs passifs» critiqués au passage mais des amateurs prêts à suivre cette toupie inouïe,
cette heureuse bizarrerie.
Simone Dompeyre
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