Page 138 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Les Abattoirs
ainsi uniquement accessible à la pensée dans son intériorité. Alors que le Démocrite réel, par ses
thèses, s’opposait frontalement à Platon : à ce point que Platon aurait demandé à en faire brûler
tous les livres, les soustrayant à leur tour à la vision.
Pierre Dompeyre
Anne Golden, Glint, 2025, 3’55 (CA)
Anne Golden poursuit sa quête inassouvie dans les
ressources sans fond des Archives Prelinger.
Elle y annonce rechercher le Glint, le reflet. Mais passionnée,
elle se laisse séduire par des miroitements métaphoriques,
entraînés par l’écho de formes, des connotations accrochées
à des réels comme les fleurs ou des objets brillants. Elle
n’exclut pas des formes géométriques strictes ou déformées
par l’usage mais toutes colorées, mouvantes dans le champ
parfois, échos là des avant-gardes des années 1930, de la
musique visuelle par abstractions en mouvement.
Certes, ce n'est pas le titre d’un film de John Huston, Reflet
dans un œil d’or, mais d’autres très nombreux regards le plus
souvent adressés qui émaillent cette théorie de reflets puisque les œuvres connues n’ont pas
droit de cité dans les sources d’Anne Golden dont l’approche footage préfère le non-connu, le
quotidien, le trivial avec des éléments de science, de pratique mais sans narrativité, sans chercher
de motivations à ces regards. Elle choisit le flicker et, ici, dans ce film écrit comme une partition
reprenant certes les mêmes notes, elle va de l’andante à l’allegro voire au vivace et au presto.
Le flicker, d’abord, juste emprunté s’affole avec les images d’éclair, d’électricité sans cependant
abandonner l’humain, lui, cadré en position stable, enlève sa casquette ou touche une fleur.
Partition encore reprenant les mêmes phrasés en variation rythmique.
Les plantes, en effet, en pied, en buisson, touchées par la main de l’homme sont aussi vives, elles
s’enroulent, éclosent, se dressent. Le vif aussi d’animaux moins fréquents ainsi l’œil rond inattendu
dans le rapide moment, d’un poisson et des cygnes quasiment annulés par le même tempo. Parfois
des fragments de musique liés à tel plan ou formant des échos entre motifs rapportés, attendus
quand c’est le même domaine de sens ou de réel ou impromptus, s'immiscent ainsi la texture d'un
tissu et des fleurs ou encore ce flux de peinture invité pour son rouge puissant, cette radiographie
ou ces ondes sinusoïdales, ces deux adolescents en instance parmi les mouvements et le tunnel
réemprunté, le morceau de pellicule et le tableau sur chevalet comme hapax. S'y invitent en écho
de forme l’ocelle du paon et l’œil humain ; le cercle tenu par l’homme et tous ces cercles de
couleurs parmi lesquels l’éclat d’un éclairage de tournage.
Ainsi la reine électricité règne. Dans l’air, en relation, en échos, en images, en jeu de mots court,
dans le désir de saisir l’objet, de le voir offert et tout aussi vite annulé, de le retrouver et de voir
celui qui avait échappé avant. Ainsi elle capte telle plongée du groupe, telle fleur de pissenlit,
elle arrête en coda par un très fin fil rouge, comme celui qu’il faudrait suivre pour constituer une
phrase. Celle de la mémoire vive et scintillante.
Simone Dompeyre
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