Page 156 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Séances Spéciales
Séances Spéciales - Cinéma Le Cratère
Daniela de Felice, Ardenza, 2022, 67' (FR / IT)
Ardenza porte la trace autobiographique de
Daniela de Felice, sa réalisatrice, jeune fille dans
l’Italie des années 1990 alors que Forza Italia s’apprête
à conquérir le pouvoir et que les forces de gauche
s’affrontent à l’extrême droite ; elle exprime ses
questions d’émancipation, son engagement politique,
ses rencontres ; en une trajectoire incandescente,
des moments d’intense sensualité, de désirs. Le film
s’essaime d’aquarelles de sa main, en acte.
« tu n'as rien vu à Ardenza »
Libro nero est le titre et du film de 2007 et celui du carnet du grand-père fasciste découvert par
Daniela de Felice, grand-père imposant son autoritarisme à la famille : les aquarelles y participaient.
(G)rêve général(e), co-réalisé avec Matthieu Chatellier qui la décida à rester en France et au
cinéma, s’attache à la jeunesse de province qui s'engage politiquement.
Ardenza réunit le désir de saisir ce qu'il en fut de sa propre jeunesse et de son engagement depuis
celle qu'elle est devenue sans refus de ce passé; des bribes de sa vie avec ses proches; son être et
faire-ensemble avec Matthieu Chatellier et certaines de ses images; son attirance du texte et son
attachement à l'aquarelle, dessin à la plume.
D'emblée, le grain du papier de celui que l'on choisit pour son grammage, blanc se prête à recevoir
la trace; il énonce le générique et le titre en son centre, seul, marquant dans sa polysémie et la
langue italienne. Indiciel de la matérialité, du « cela a lieu » en écho, réécriture de ce qui a été; il
est le médium de nombreuses aquarelles au dessin à la plume en ce montage alterné de footage,
images personnelles, empruntées aux actualités et rejointes par certains plans de Matthieu
Chatellier, alter ego filmique – lui à la caméra– et de vie. Lui que Ardenza n'introduit pas puisque
ce qui s'y refait, c'est le passage de l'adolescence, les prémices de l'âge adulte, de celui-là débutant
avec les premières amours lycéennes et l'engagement politique à gauche : « puisque être jeune,
c'est être de gauche. »
Ardenza brûle de tous ces feux : un toponyme italien, celui d'un hameau de Livourne où l'on dit
que le Bella Ciao s'entonne lors des matchs de football – sport qu'Ardenza invite par une suite de
dessins de l'équipe junior– et qui très tôt, offrit ses Leggi Livornine garantissant la liberté de culte
et l'accueil à tous les étrangers – du moins les marchands.
Livourne à laquelle les plans d'architecture même voilés de ce tissu légèrement mouvant écran sur
écran, ressemblent par leurs couleurs où domine l'orange, par les murs imposants aux fenêtres
hautes, par des monuments Renaissance; quand ce ne sont pas Rome en son Colisée et autres
rues reconnaissables ou la campagne ou les cours d'eau qui localisent le cheminement de la jeune
femme en « je » qui entraîne le film.
Elle qui se souvient de ses premiers pas en politique comme déléguée lycéenne régionale puis
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