Page 152 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Les Abattoirs
Florian Schonerstedt, Murs invisibles, 2025, 4’47 (FR)
Le titre dans l’oxymore, induit à lire le film comme une
allégorie, du moins comme une métaphore tissée de ses
éléments. Le mur visible sépare, protège ; invisible, il serait
le sentiment empêchant de faire, peut-être la coercition.
Renvoyé – par le hors-cadre, l’explication de l’artiste – au
roman éponyme de Marlen Haushofer, il cumule le récit
d’une femme isolée, par le mur surgissant pour enfermer
le domaine de chasse où elle avait pensé ne passer que
quelques jours de vacances et où elle, enfermée dans ce
mur éponyme, apprend des gestes de survie qu’elle relate
sur les bouts de papier retrouvés jusqu’à n’en avoir plus et clore son récit. Elle y note les tâches
éprouvantes et à toujours recommencer, débutant par l’inventaire des possessions.
Que ce texte soit devenu un emblématique manifeste de la femme se débrouillant, devant éliminer
un homme prédateur comme ultime épreuve, n’entraîne pas les figures de pierres brillantes sur
fond sans fond d’où elles sortent en forme minimale pour un crescendo animé et variations de
mouvements et où elles disparaissent en decrescendo, en une ligne directe jusqu’au point central
du vide.
Dès lors, les écouter, les rapporter à leur métaphore...
Ces pierres triomphent sur un son répété, obsédant mais directeur.
Il émane de la force des pierres.
Ou plutôt de morceaux de verre, travaillés par l’eau, sans plus d’aspérités, mais avec autant
de formes particulières. Distingué, s’imposant en taille, se suivant lui-même ; le verre d’abord
avance en unité seul selon l’échelle des plans, de l’infime à la saturation du champ, allant jusqu'au
dépassement les limites, sans possible arrêt.
Son dynamisme est imparable. Un interstice entre deux brillances précède le ballet des « cailloux»
si on donne à ceux-là la dénotation de la bijouterie, pour les objets précieux, alors le piètre caillou
devient « diamant ». Dès lors, des chorégraphies improbables en duo, en trio, en groupe plus
dense, pointe contre pointe, presque frottement et dynamique passage, en avancée, en ronde et
en superpositions ou aucun n’écrase l’autre. Quand la brillance se colorise, la musique varie, en
continu sur les scansions.
Couleurs en transparence. Rien n’arrête ce mouvement que l’animation connote libre, comme
sans la main de l’homme qui pourtant a longtemps présidé à leur collecte. Les plages, anse,
baie, port, rade renommés ou moins connus des rivages français de la Méditerranée, s’avèrent
la mine de ces diamants, créés par le ressac sur les verres abandonnés voire honteusement jetés
et ramassés par l’artiste chercheur au sens archéologique, monteur avec écho du bijoutier. Dès
lors, l’écho au lieu ayant à retrouver le précieux de la vie, se conclut. Le caillou ici, de verre poli par
l’eau – est à la fois image de permanence, alors que la forme venue de l’érosion, et autre oxymore,
stabilité éphémère puisque le changement qui l’a créée, la transformerait encore si elle n'était pas
devenue composant du film.
Simone Dompeyre
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