Page 174 - Catalogue 2026
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INSTALLATIONS Chapelle des Cordeliers
Sergey Shabohin, Atlas of Tectonic Landscapes: Through the Eclipse
Corridor, 2023, 23’56 (BY)
« J'ai essayé de créer une expérience
visuelle, qui contourne l'entendement et
ses constructions verbales, pour pénétrer
directement l'inconscient avec son contenu
émotionnel et philosophique. »
– interview de Stanley Kubrick, 1968
Le titre connote le domaine
scientifique mais porte simultanément
son poids d’étrangeté alors même que
programmatique, il expose la structure de
cet objet visuel.
Atlas dénote un ouvrage organisé de cartes,
de documents, de planches recensant tel
ou tel domaine de savoir géographique,
historique, économique, astronomique…
Le film y souscrit fort éloigné d’une narration suivie, sa structure musicale, en grands phrasés,
en emportements vocaux, est scandée par des noirs comme autant de pages dont des motifs se
renvoient les uns aux autres sans y souscrire.
En effet, l’expansion du nom « Atlas » avec « Paysages tectoniques » perturbe d’autant que la
détermination qui suit entraîne en terrain peu balisé : « À travers le couloir de l'éclipse. »
Le titre en explicit l’applique, puisqu’il affiche ses lettres découpées en parties décalées, comme
selon les déformations que subit l’écorce terrestre. Ces déformations n’y sont pas expliquées mais
convoquées à travers des événements du monde, causés ou non par l’homme, à travers l’Histoire
des hommes puisque dans la lumière et de légers travellings, le bestiaire de Lascaux et de Chauvet
s’impliquent, puisqu’en synecdoque la fumée noire et quelques taches orangées signalent la
guerre, puisque la ville en plongée avec ses bretelles routières se distinguent des frondaisons, des
grottes, des mers. Et lors d’un rare travelling, à travers les sentes de la forêt, les détritus blancs
attirent le regard vers le sol au détriment des ramées ouvrant le voyage filmique.
Les paysages ne forment pas un pays, ils changent avec des signes saisonniers mais sans construire
un calendrier. La variation des sensations prime et après tels plans réalistes de la nature : d’emblée,
la lumière du soleil passe à travers les branches, en divers axes ; parfois le ciel rosit ou se bleuit ou
les nuages orangés deviennent lourdement gris. Le soleil peut être noir sur un halo blanc, jaune
absolu en cercle sur ciel monochrome, caché par les nuées, ou en si petit croissant de l’éclipse
nommée, il peut se flouter, s’estomper, se brouiller puisqu’il revient.
La palette change hormis pour d’incongrus monolithes.
Certains paysages deviennent picturaux, héritiers de la peinture romantique des espaces vierges.
La neige sur des branches brisées mais dressées encore, les cyprès foncés sur fonds clairs, le travail
des formes et des couleurs, sont autant d'évocations. Sans cependant jamais la trace des hommes
autrement qu’en voix ou si loin dans la ville ou plus enthousiasmante par les peintures pariétales.
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