Page 175 - Catalogue 2026
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Chapelle des Cordeliers INSTALLATIONS
Le choc est permanent et toujours dans la différence. Que ce soit l’envol de ce qui semble des
oiseaux et s’avère des chauves-souris elles innombrables, tout autant que ces traits de lumière
zébrant le ciel ainsi que des lucioles, mais elles obscurcissent le ciel, par leur envol réitéré que ce
soit l’irruption sur le ciel et en très gros plan, d’un A s’avérant quant à lui, élément d’un logo, en
base triangulaire incluse dans un cercle, lui-même incluant une forme apparentée à la faucille de
l’ex-URSS. Cela sidère. Cette forme qui surgit, elle est la marque de l’artiste, déclinée en objet,
enseigne lumineuse, sculpture ; il la nomme Pyramide de l’Aliénation.
Quant à l’inclusion de ce sceau, il entraîne le voyage à travers les espaces boisés et urbains en une
autre sphère de réflexion que les bruits topiques de guerre, surenchérissent et que des monolithes
noirs impliquent.
Noirs et marbrés de blanc, en formes le plus souvent rectangulaires mais parfois carrée, en croix
moins attendue, et en cercle qui participe aussi par la forme du soleil, cet autre cheminement
annoncé par le Corridor de l’éclipse.
Incertitude, mystère et calme absolu dans l’immuable passage de telles structures qui malgré leur
taille, flottent le plus souvent en oblique changeant parfois de direction. Ils sont sur la ville – seul
ou multipliés jusqu’à six sans autre justification que d’être. Ils glissent sur les arbres et dans le ciel
changeant à leur inverse. Ils quittent le sol ou vont sans motif apparent. Et si ceux intangibles noirs
aux dimensions strictes de 2001, L’Odyssée de l’Espace, parviennent à notre mémoire cinéphilique,
quand ceux-ci ne sont pas à l’aube de l’Humanité, initiateurs du premier geste d’australopithèque,
ni plus tard lors de voyages interplanétaires, et dans le secret de savants. Ceux-ci participent à
cette expérience visuelle, que les élans sonores, eux réveillant des échos des Noces de Stravinsky
mais dans la même différence : avec des halètements, ailleurs des cris, telle voix incompréhensible,
telle autre aiguë, un chœur envoûtant, un aboiement simulé, sur des strates sonores variant, mais
avec une exactitude rythmique structurante celle de la partition de Christoph Ogiermann.
Ces registres divers se mêlent en paysages de fin ou de début de jour, en cieux clairs ou nuageux,
en forêts et sentes sinueuses, en grottes paléolithiques ou actuelles, en villes lointaines. Ils
accueillent les parallélépipèdes marbrés qui figurent la rareté de ce matériau-là à moins que ce ne
soit un autre appel artistique, cette fois, contemporain. Ces plaques noires, s’épaississant dans un
ciel crépusculaire sans horizon, renvoient au langage visuel de l’avant-garde de Vitebsk, quand El
Lissitzky et Malevitch prônaient le constructivisme et le suprématisme, excluant de plus en plus
la peinture au profit de la géométrie. Alors que le premier ne distinguait plus les domaines de la
peinture, de l’architecture et privilégient les plans géométriques.
La tectonique à l’œuvre, de ce film-ci, avec le sceau de Sergey Shabohin, implique un même désir
de changement, de renouvellement des formes, des manières de faire significatives des manières
d’être.
Y compris dans un montage ne distinguant pas ses propres prises de vue, en divers pays qu’il
énumère, dans un des cartons finaux, et un footage particulier puisant aux reportages eux aussi,
aussi divers de la National Geographic des grottes « préhistoriques », de la BBC et de Bryan
Hamilton, deux descriptions des millions de chauves-souris quittant une grotte ou en leur envol
mais dans l’autre couleur du spectre de ce que peut le vivant : de l’explosion d’un dépôt d’essence
en 2015, une émission d’Euronews sur « un mois de guerre en Ukraine », à l’activisme politique
de Oleksandr Velmozhko contre l’invasion russe dont se retiennent les plans généraux de villes
ukrainiennes mais aussi le soleil.
Sergey Shabohin ne compose pas un poème vain mais en beauté térébrante, il écrit une vision
troublée de l’histoire quand quelque dictateur met à feu et à sang, un pays voisin. Il est porteur
d’une vision de l’histoire immédiate qui subit des secousses tectoniques dont l’homme est le
déclencheur.
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