Page 181 - Catalogue 2026
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ENSAV INSTALLATIONS
Noé Balthazard, Théogonie de l’orgasme artificiel, 2025 (FR)
« Commençons, pour chanter, par les Muses Héliconiennes, qui habitent la grande et divine
montagne de l’Hélicon, et qui autour de la source à l'aspect de violette, de leurs pieds délicats,
dansent, ainsi qu'autour de l’autel du très puissant fils de Cronos. »
Hésiode, Théogonie, v.1-4
Les mots de l’artiste embrassent tant sa Théogonie de l’orgasme artificiel comme manifeste
du désir féminin qu’ils s’imposent, comme le fait son installation qui, elle, emprunte d’autres
voies/voix que celles masculines des dieux des mythes d’origine, leur préférant celles du désir et
du plaisir féminins ce qu’initie son titre.
Elle en jouit dans l’intermédialité de la sculpture matérielle et de l(’im)matérialité filmique en
mouvement, en ses deux registres de l’animé et du stable fût-il une sculpture. L’Origine du monde,
autre version en résine mais impression 3D embrasse la science-fiction pour base de ce (non-)
récit. Voyage intergenre qui n’en exclut pas la mathématique pensée quasiment comme langage
des dieux et musique des sphères.
Noé Balthazard garde ce fondement mathématique qui dès le Timée de Platon disait le monde
agendé et configuré par un dieu mathématicien ou architecte, ce démiurge créant le cosmos, i.e.
tout ce qui existe, terre et phénomènes célestes, étoile, lune, soleil en l’organisant par le logos,
la pensée contre le chaos – stade d’indistinction universel. Alors la mathema était le terme de
connaissance, de science.
Si l’Antique pensait le monde beau, l’univers parfait, c’est qu’il était pensé mathématiquement
par le Dieu, ce que Pythagore révélait à ses adeptes, mathématiciens ou acousmaticiens selon leur
degré d’initiation. Alors le mot grec μαθήματα / mathemata désignait-il les multiples branches du
savoir, les nombres, la géométrie, le mouvement des étoiles, l’acoustique et la théorie musicale
sans cette distinction si souvent stérile des savoirs.
Noé Balthazard réunit les approches, elle invente une formule mathématique ou du moins en
charge l’IA et si la formule se déploie bellement, longuement, jouxtant les chiffres et les signes,
elle n’est pas valide mathématiquement1. Elle explique la qualification étrange de l’orgasme, loin
de la vérité mathématique masculine.
Sa mathema est femme. La sculpture érigée sur une tige en autre fleur fichée dans un petit socle
de métal est en impression 3D, à partir d l’image 360° d’un sexe féminin.
Insolente, elle fait face à la longue équation.
Elle vise à inverser la prédominance masculine que retient le mythe, ainsi Hésiode, explique-t-il
l’avènement, après le chaos primordial, de Zeus, dont le nom condense le grec « Père du ciel » et
le proto-européen « briller », mais il eut besoin de Gaïa la terre et d’Éros le Désir comme principe
du commencement et de l’origine dont naissent les éléments naturels et le temps.
Le principe, ici, est femme même si l’orgasme est dit « artificiel » puisque sa formule a été créée
par l’IA mais aussi avec la maîtrise du code de l’artiste ; et l’artificiel n’est-il pas l’écart de la nature,
l’invention.
Dans le champ filmique, adoptant le bleuté léger, une figure féminine, au corps mutant mais fragile,
corps svelte mais arborant des triangles pointus, dans la transparence et des teintes atténuées, se
1. Pour le plaisir, une réaction « La fonction O ne peut pas dépendre de la variable si son image est l'intégration
relativement à cette variable... i²=-1 pas i2... »
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