Page 178 - Catalogue 2026
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INSTALLATIONS Lycée Ozenne
Lycée Ozenne
Christian Niccoli, Sprachlos (Speechless), 2024, 3’19 (DE)
Une parabole à double leçon sans didactisme, ni
rigorisme.
Un aquarium et ses trois poissons rouges, un petit, deux
plus grands, de quoi plaire aux projections d’image
familiale.
L’aquarium simple, sans objets décoratifs allusifs aux
océans, à parois arrondies est de taille transportable par
une seule personne.
En effet, comme en exercice ou passage de relais, cinq
personnes – dont seuls les bras entrent dans le champ,
réservé à cette passation du bocal à poissons – cherchent
à s’approprier l’objet. Sans profondeur du champ, la
focalisation est nette.
D’abord, le partage est souple, les mains se passent le bocal où les poissons vont vers le côté penché
par la « manœuvre », quand les mains glissent pour se défaire de l’objet et pour rattraper celui-là.
Et si en début, cela peut être un geste en duo, cela se gâte quand tous veulent prendre. Alors, le
geste s’accélère, se durcit ; l’entente se délite. Pas de coopération mais le désir de possession. Cela
n’est pas lié à un groupe particulier ni genré les cinq sont homme ou femme, les mains portent
plusieurs bijoux, une bague en or, un bracelet de plastique, des mains avec vernis à ongles rouge,
un bras tatoué quasi entièrement en noir, la carnation claire, halée, noire.
Quelle que soit son origine, le projet d’annexion à usage unique, de possession achoppent ici, au
détriment de l’occupant-poisson qui ne peut que rester sans voix : le titre.
La brutalité du geste détruit l’harmonie du partage : sans parole : le titre.
Et le bocal tombe, hors champ et les mains désormais sans objet ni à partager ni à s’approprier
n’ont même plus à être là et quittent le champ.
Apologue visuel préférant l’image aux vers, cependant la bande-son comporte une autre leçon.
En off, des voix connotent l’attitude de spectateurs, non pas avec l’enthousiasme populaire devant
un feu d’artifice, sans les ah! tonitruants mais en suivi de l’affaire. De petites onomatopées ou de
bruits sans paroles : le titre encore, apprécient le passage de témoin/bocal, encouragent cette
prise successive et individuelle et s’inquiètent de sa possible chute, alors le brouhaha monte.
Ainsi la coopération, le faire ensemble ne sont-ils pas encouragés avec force et l’assistance devant
les tentatives de prise n’entraînent rien de plus qu’une clameur, petit chaos des voix et toujours
sans parole.
Après la chute, Speechless succède à Sprachlos sur fond de chœur contemporain sans image, ce
qui ne devrait pas nous laisser sans parole devant la destruction provoquée par le désir de pouvoir.
Simone Dompeyre
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