Page 179 - Catalogue 2026
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Lycée Ozenne INSTALLATIONS
Moussa Sarr, Amertume, 2025, 20’44 (FR)
« Très souvent, je joue avec ma propre image ; il s’agit de
devenir un cliché pour tordre le cou aux clichés. »
– Moussa Sarr
L’amertume vidéoperformative ne se détache pas
du corpus de l’artiste, qui prend à bras (le)son corps
et sa couleur prenant au mot les insultes racistes qui
l’accablent lui et les différents de peau. Il réagit par
l’autodérision mimant des comportements animaux,
ceux qu’adulent le racisme – le cri orgasmique du singe
– et le nationalisme quand il s’agit du chant du coq ou
de la parade de l’étalon parmi autres animaux « fichés » y compris en antiphrase dans le bestiaire
de Moussa Sarr. Il le fait en « critique découvreur de talents avec des peintures de Super Congo,
singe, reconnues ou Duckman, un canard selon son nom, penseur et critique d’art.
Elle s’en détache puisque c’est par synecdoque que se réunissent l’être noir et l’être blanc puisque
ce sont quatre mains qui s’agitent aux prises avec des tissus wax emmêlés et en un petit tas. Les
avant-bras blancs féminins – ce que confirme l’unique entrée dans le champ du visage – portent
un vêtement noir, les personnes noires, une chemise blanche.
D’abord l’unisson du geste, les mains défont et démêlent les tissus découpés en bandes plus ou
moins langues. Ce tissu porte haut l’africanité en couleurs franches, jaune et bleu, rouge avec de
petits motifs abstraits, des figures géométriques et même de petits cœurs et ainsi très simplement,
par métonymie, il convoque la mémoire collective. Cependant, si de petits liens sont enlevés pour
libérer les tissus, ceux-ci à nouveau sont emmêlés assez vigoureusement. D’abord attachés en
bracelets, surajoutés pour la blanche, plus tardivement pour la noire, ils deviennent des entraves
des personnes, envahissant l’espace entre elles qui s’attrapent, se lâchent et se reprennent. Avant
que le geste n'abandonne toute violence, tout mouvement hâtif pour au contraire libérer l’autre,
enlever le surplus d’attache et se toucher, croiser les mains, les doigts voire les avant-bras.
L’amertume première donnée comme Péché n°3 par le titre, s’annule pour la sororité (?) quasi
amoureuse.
La vidéo est proposition, de partage jusqu’à la parenté symbolique : les mains s’attachent
réciproquement en bracelet, les tissus tirés du tas. Ces poignets reçoivent aussi de tels « bijoux »
et les mains se rapprochent, se touchent, se caressent.
Par ce geste évocateur d’une coutume hindoue, pratiquée lors de la fête Rakhi, traduisible par
«protection», frères et sœurs nouent réciproquement le bracelet éponyme en signe d'affection et
en promesse de protection.
Ainsi l’entente des peuples, l’espoir de l’entente dépasse-t-il tel peuple. Quand le ressentiment
s’efface, alors à l’instar du champ du film performatif, laissé vide, intact, plus de traces entassées
ne nourriraient l’amertume et les brutalités assénées.
Simone Dompeyre
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