Page 183 - Catalogue 2026
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ENSAV INSTALLATIONS

existentielles que suggère le titre. Que sont ces apparences qui ainsi se dé-posent, re-posent,
com-posent ce labyrinthe d'une mémoire qui n'est apparemment pas uniquement celle de « Sept
mètres de vie en rose » ? Les préfixes sont multiples qui en appellent à une revitalisation de ces
apparences qui n'ont pour statut que d'être les manifestations éphémères d'une vie qui s'expose
par là, à une exigence intérieure plus grande. A l'extrémité de chaque bandelette, une céramique
rose, plus haute qu’elle, pose une féminité, dans sa forme matricielle même, où pourraient venir
se dé-poser, se recueillir les photogrammes des apparences d'une vie qui ne demande qu'à être,
qu'à advenir. Il y a là un feuilletage des apparences qui saisit celui qui partage ce moment délicat
de cette installation, tout à la fois tendre et sensible, comme l'est le tremblé du film, comme l'est
aussi ce jeu entre la lumière et l'encre des estampes posées délicatement sur la tarlatane.

                                                                                                                Didier Samson

Antoni Pinent, STEREO FRAMEWORK / ASYNCHROMY, 2024 (ES)

       STEREO FRAMEWORK / ASYNCHROMY, les termes
spécialisés augurent d’une approche spécialisée du cinéma.
Ils intriguent car assemblant son et cadre et emploient
« chromie » où l’on entendrait presque « synchronie/
asynchronie ». Étonnant et programmatique quoique de
façon détournée – ce qui est aussi son programme.
La mise en abyme tient le film qui tient à cette mise en
abyme. « Asynchromie » malgré ou avec son « a » privatif,
cite le film éponyme de 1971 de McLaren, dont, la citation
manuscrite de « l’entre-image » parachève ce film-ci. Or
Synchromie est lui-même un hommage à Ornament Sound, de 1932, de Oskar Fischinger : des
cartes rayées noir et blanc reproduisant les ondes sonores sont photographiées image par image
sur la partie de la pellicule réservée à la piste sonore. Synchromie compose une musique visuelle
en cartes rectangulaires sur lesquelles d’autres lignes de différentes largeurs et plus ou moins
espacées sont tracées, selon la gamme des couleurs et des notes. Ce que l'on voit et ce que l'on
entend viennent des mêmes éléments graphiques, dans un parallélisme son et images, composés
sans caméra.
Antoni Pinent décroche la synchronisation ; les sons et les images sont libres, parfois synchrones,
souvent détachés. En coda, échange d’entente entre un homme et une femme, badinant, avec des
rires mais en off. Et il applique avec cet humour constant, ce plaisir affiché du faire son framework.
L’heure est à faire se dire en se faisant, le travail du cinéma. Loin de toute sacralisation, il pioche
dans des plans emblématiques du cinéma narratif – 2001, l’Odyssée de l’Espace qui n’est sans
doute pas le plus simple à élucider, un premier Mickey dont on sait que Mc Laren apprécia la
technique avant que Walt Disney ne tombât « dans la sentimentalité » et plus, c’est Silly Symphony
et ici à l’envers, avec perforation centrale du 9,5mm. Plus longuement, la danse scandée des doigts
dans le parking de West Side Story. Une scène entrecoupée de Nage synchronique, en jeu d’écho
avec le titre...Quelques plans d’un quatuor de femmes alterné avec l’orchestre de trompettes de
la période de découverte du jazz ou Chantons sous la pluie. Toujours de la musique avant toute
chose, violoncelle, effets de guitare, piano plaqué, vibration, début d’un air de Laurie Anderson,
quelques phrasés d’Arvo Pärt, ou encore l’image d’une partition, nouvel écho à McLaren. Le
patronyme partagé avec un coureur, aurait-il attiré les images de course automobile en plusieurs

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