Page 198 - Catalogue 2026
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qu’apparaisse un corps recroquevillé sur lui-même ainsi qu’un nourrisson, qu’un fœtus en négatif
qui traverserait, forme blanchâtre, le champ de droite à gauche, à l'inverse du sens de l'écriture
occidentale. S'écrit ainsi un mouvement, à nouveau, inverse, évocateur des photographies de
l'artiste au Salonreçoit en noir vêtue y compris sa chevelure ainsi recouverte.
Et l'on comprend que ce milieu aquatique où la figure féminine s'est abandonnée recèle les
inquiétudes d'une femme face à l'évolution du monde, aux menaces et à l'insécurité de notre
monde. Cependant, l’angoisse ne prime pas sinon devant la possible disparition dont menace la
bonde par où l'eau pourrait l'entraîner. L'absence de son, autre que celui, atténué, à peine audible,
du tourbillon crée l’immatérialité rêveuse du film alors que s’y lit l'ambivalence de ce liquide (im)
matériel qui, tout à la fois, préside à la naissance du petit d'être humain et peut l'engloutir.

                                                                                                                Didier Samson

Anaïs Pélaquier, Et de nos gorges sortiront des gouffres,
2022, 4’03 (FR- Occitanie)

                                                    « Car le beau n'est que le commencement du terrible ce
                                                    que tout juste nous pouvons supporter. »
                                                    – Les Élégies de Duino, Rainer Maria Rilke

                                                            La vue plongeante de l’océan qui bruit dans son
                                                    écume rageuse entre les abrupts abysses de la mer, une
                                                    voix murmure avec une précision délicate, « l'ablation de la
                                                    gorge et du larynx » née sous le stylo précis et contenu de
                                                    la plume de Thomas Bernhardt dans L'ignorant et le fou. En
                                                    cette vue fascinante des rochers méditerranéens découpés
en à-pics, au centre du champ, bouillonne, rageuse, la mer, comme en écho à ce tourbillon.
Ainsi est rappelée, remémorée, vrombissante et blanche, l'écume des mots et avec elle, l'étymon
du mot gorge : « gurges » désigne un « tourbillon d'eau », et ce « gouffre ou abîme » qu'est « le
gosier ».
Le geste qui découpe et redouble la voix est aussi celui qui dit le flux, l'écume rageuse et
tourbillonnante qui vous tient là, immobile et fasciné.e, face à ce qui ne peut encore s'articuler,
(im)matérielle. Le monde est là, sous vos pieds, sous votre regard dans son jaillissement intemporel
toujours recommencé. La vie est là, bruissante et tourbillonnante, comme matrice écumante. Ce
moment d'avant-dire, ce moment irreprésentable et vif, puissance sensorielle et sensuelle de
cette figuration impossible du silence qui « creuse des trous, ouvre des précipices ».

                                                                                                                Didier Samson

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