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INSTALLATIONS  Studio Astorg

Angelina Voskopoulou, Floating in space, 2014, 7’ (GR)

« The more unknown the mystery, the more beautiful it is»
– Angelina Voskopoulou

       Échapper à la pesanteur, à la gravitation, à la gravité est ce rêve qui n'appartient pas qu'aux
sirènes. Comme le suggère le décompte initial d'un lancement de fusée dans l'espace, ce film est
une odyssée de l'espace, le ballet d'un corps dans cet entre-deux mystérieux et envoûtant que
trament les couleurs enveloppantes de la performance. Le corps est la racine du travail de Angelina
Voskopoulou, cinéaste, sculptrice et chorégraphe qui considère la "screen dance" comme part
intrinsèque de son travail, met ainsi le corps au centre de ses recherches.
Entre flux aquatique et danse en apesanteur, la danseuse se contorsionne, telle la petite sirène
qui de l'univers ultramarin où elle habite avec ses sœurs et son père passe au royaume céleste
des filles de l'air par amour d'un prince qu'elle a sauvé du naufrage. Le film ne suppose pas cette
présence humaine autre : elle voue la danseuse à une chorégraphie dont les couleurs irréelles
creusent l'espace, la jetant dans un volume stratifié de violets profonds, de roses, de transparences
qui donnent à ses bras, à son corps l'apparence éthérée d'un corps baignant dans un liquide quasi
amniotique.
La beauté ainsi suspendue au rythme de cette bande sonore empruntée à la NASA, emporte
d'un même souffle au-delà de la matière dans cet espace où un monde intérieur, inconscient
se déploie. Le mouvement dessine un moment le corps comme une corolle se dressant en rose
profond face au noir environnant tout aussi intense. Des bleuités transparentes accentuent l'aspect
spectral de ce corps désirable, désirant. Déterritorialisé, ce corps sans limites, sans organes emplit
la sphère céleste filmique en en faisant le royaume d'une expérimentation des matières qui la
composent. Sur le blanc se révèlent des formes que le son enveloppe plus profondément; elles
se font masses liquides flottantes en des bleus éthérés, des verts Véronèse, des noirs profonds
: elles témoignent de cette symbiose entre le corps et l'espace. La matière se fait plus palpable,
quasiment lunaire, avant de se confondre avec la matière même de la pellicule, dirait-on, grattée,
brûlée, superpositions de différentes plages colorées entraînées par un sifflement qui se perd.
Angelina Voskopoulos et Angela Voulgari rendent au silence après cette sortie inoubliable dans
l'espace, ce flux perpétuellement mouvant de leur espace intérieur, de leur intériorité telle qu'elle
se crée formellement de sa rencontre avec la matière du film dans son immatérialité même.

                                                                                                                Didier Samson

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