Page 35 - Catalogue 2026
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ENSAV Prémices                             PROJECTIONS

Sans doute, est-ce cela le «la  » de l’élégiaque poème urbain  ; son noir et blanc, la fragilité du
super 8, ses rayures et l’indice de son dernier plan – les nombreuses rangées de stèles blanches
tombales – reviennent davantage aux morts de ce quartier populaire qui y ont vécu et travaillé.
Très loin de «  Make America Great Again  », même si le travelling suivant voitures et autobus
énumère les nombreux drapeaux américains puisque l’option du noir et blanc adoucit la force de
son rouge, voire se fondent dans l’arrière-plan ou en plans superposés leur ôtant leur fonction
propagandiste. Voitures nombreuses mais surtout véhicules de travail, camion en tous leurs états
y compris accidentés, ou marqués de graffitis, engins de travaux avec grappins à l’œuvre ramassant
les détritus… Tous à l’œuvre ou posés contre le mur en attente de l’ouvrier.

Des ouvriers, sous le pont, dans la cabine du camion, parfois des travailleurs maniant des fils,
nettoyant au jet, balayant le sol, conduisant l’engin et tous ceux auxquels se dédie le poème
égrené en écriture fine et manuscrite, qui reconnaît la dureté de leur tâche, la répétition de leurs
gestes peu gratifiants.
Cependant les mots simples pris dans le tempo de la phrase sincère ennoblissent ce travail
déprécié ; en ce ton en mineur avec l’accordéon en sourdine ou le violon non éclatant, ils sont
ainsi reconnus et chantés.

Le poème serait à dire tant sa compréhension de ce monde du travail devancé par ceux qui
occupent le cimetière, ces hommes qu'il reconnaît. Et deux ou trois éclats de blanc réduisent la
portée documentaire pour que s’entende la complainte , la peine de cette reprise du difficile à
vivre.

                                           Simone Dompeyre

Poème dans le film

Un jour commence
Les mains travaillent
Les machines tournent 
La graisse colle à la peau
Et la poussière remplit les poumons

Et ce jour ressemble aux autres
À brasser, plier, tordre, forcer
Et porter vers le relâchement

Et il n'y a pas de bien supérieur ici-bas
Juste des fissures dans le béton usé
Où faire avec est la maigre récompense
Qui s'efface chaque nuit

Entre les trains
Les autoroutes
Et les collines mouvantes des morts
Ceux qui ont plié, forcé
Et porté avant
Qu'un autre jour ne finisse
Durement gagné et invisible
Comme des racines sous l'asphalte

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