Page 33 - Catalogue 2026
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ENSAV Prémices  PROJECTIONS

Hiver 2025. Belgique – lieu inconnu.
Notes vidéo d'un voyage à vélo de sept jours.
Seuls le vent, la pluie, le pédalage et des lieux abandonnés, où le cinéaste passe son temps ou dort.
« Les lieux abandonnés ne me demandent rien.
Ils ne demandent rien à personne.
Ils ne demandent même pas à exister.
Ils sont, tout simplement.
Les lieux abandonnés existent dans un état de limbes –
Et ils entraînent tout ce qui s'y trouve dans le même état :
Intemporel, sans espace, sans identité – se rapprochant de ce que nous pourrions appeler la liberté.
Mais ils ne l'appellent pas ainsi.
Ils n'appellent rien ainsi.
J'ai un jour écrit une lettre à un tel bâtiment abandonné en Belgique :
Pour revenir à moi-même, je reviens à toi –
Toi qui ne reviens jamais nulle part,
Toi qui es toujours là :
Comme l'oubli. »

Charlotte Dalia, SPEECHLOSS, 2023, 15' (FR)

       Interloqué, sans voix, «  speechloss  » présage d’une
possible réaction provoquée par cet ovni visuel et sonore
éponyme, d'autant que s’y poursuivent divers types de sons
et de mots. Le «  sans voix  » s'avère celui de la réception :
puisque sa joggeuse monologue tout au long de sa course
jusqu’à l’essoufflement  ; puisque le bodybuilder chante
s’approchant d’une étrange fleur de métal vivante, que
deux chiens se font face, ouvrant la gueule pour ce souffle
nécessaire à chacun, eux immobiles, bien dressés, sur ce
haut de falaise de la Pointe aux Chèvres, désherbée, survolée
de deux drones au bruit topique, se croisant puis s’éloignant.
Quatre moments diversement «  habités  », inouïs à laisser effectivement «  sans voix  » mais en
sourires biaisés alors que s’y prononcent des mots d’amour et de mort, que souveraine s’y entend-
voit la respiration et poursuivant l’incongru, s'y inscrivent deux lobes de poumons où entre et sort
l’air, vivant seuls comme une seconde fleur monstrueuse qui s'amplifie jusqu’au gros plan, puis
très gros plan en coda allant jusqu’à l’ultime seconde du film. Le lobe pulmonaire sature, ainsi, le
champ – au risque d’induire l’homophonie de chant puisque sans le poumon malgré son aspect
de viscère, nous serions sans souffle, speechloss, sans voix.
Dès lors, ce sont quatre moments répondant diversement à ce que la coureuse exprime entre
deux essoufflements avant son arrêt pour le très gros plan de sa respiration, en buste, à savoir
l’être, la vie et ce que celle-ci provoque, des inquiétudes aux désirs pour qu’elle soit à vivre. Et
l’amour se chante à son tour, par l’homme en slip minimal du bodybuilding.

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