Page 41 - Catalogue 2026
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Chapelle des Cordeliers PROJECTIONS
Stuart Pound, Specto, 2025, 3’18 (GB)
Specto, de toutes ses acceptions du latin garde,
privilégie celle de « regarder souvent, ou longtemps » en
accord avec le nom donné au « spectateur », sans omettre
les autres variations de sens usités par le latin : « contempler,
avoir vue sur, viser, considérer, tenir compte de et faire
l’essai».
Ce court essai de Stuart Pound ne s’en lasse pas, jusqu’à y
intégrer l’œil en gros plan, en écho d’un précédent film dont
le très gros plan de l’œil est le sujet et en variation, il y invite
le filament tungstène incandescent du projecteur censé
faire voir ce film et clin d'œil, il y monte le son topique de
l’appareil, tout au long, clin d'œil, puisque le film n'est plus
que rarement projeté en pellicule et celui-ci précisément,
numérique rassemble ces sources dont il modifie certaines
images. Le cercle récurrent cerne le filament, en autre variation de la forme de l’œil et en
reconnaissance de cet apport de chaleur et lumière, de cette énergie nécessaire au filmage et au
visionnage du spector.
Il décline ce « specto » par l’option du footage autogène, puisqu’il puise dans ses propres films,
les regardant différemment, ainsi un film de 1974 inachevé déjà repris pour Amperstand en 1978,
devient celui-ci en 2025 avec inclusion de plans 16 mm revus et plus qu’inattendus du théâtre
d’Artaud Jeu de sang, joué à Lincoln en 1974. Des avertissements peints à même le mur – UNSAFE
/ KEEP CLEAR – datent ces jeux d’acteurs habillés en comédie voire en farce shakespearienne
passé à l’aulne du désir pasolinien. Le prêtre – évêque selon les bagues à baiser – libidineux
s’approchant du jeune homme souriant mais refusant tant ses approches que celles d’une femme
tout aussi hardie. S’y intègrent un vagabond dévorant – chevalier de Artaud – une nonne excitée
et les arbres d’un bosquet et les murs de grosses pierres d’une église, et le cloître de la cathédrale,
indices d’une mise en scène hors-scène. Théâtre en liberté. Film en liberté.
Dans l’infra-mince vert et autres pâleurs, une jeune fille sourit tout aussi subreptice que ce coffret
de marqueterie flanqué d’un ange.
Les plans varient, farandole impossible au théâtre, le corps de l’acteur se fait lieu du désir du
«specto» ; les bouches sensuelles s’entrouvrent, les très gros plans de dents prêtes à mordre, à
belles dents !
Et la sagesse d’un plan descriptif est dépassée par des changements numériques ; les pas dans
la forêt distinguent des sautes, des ébauches de morphing bousculent les visages et les corps
jusqu'aux sentes du bosquet. Le soleil embrasse l’arène devenue pasolinienne.
Cela Stuart Pound l’opère en ses divers médiums, il essaie au sens du penseur ; il le fait en gestes
artistiques, cette fois revenant à ses propres images-films mais aussi à Stuart peintre pour Private
View / Visite Privée, conviant d’abord à la création d’une peinture à l’huile puis sur le tournage
d’une vidéo s’approchant au plus près de la surface de la toile qui y devient lieu de mouvements,
de changements, ce qui provoque un autre regard, un autre « specto ».
Simone Dompeyre
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