Page 36 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS ENSAV Prémices
Citron Lunardi, Kingdom Plantae, 2025, 4'03 (IT)
Kingdom Plantae, la traduction relève de l’anglais
– royaume – et du latin – des plantes – mais aussi de la
connaissance botanique puisque le syntagme « royaume
des plantes » est une désignation réunissant les mousses, les
fougères, les plantes florissantes et les conifères. S’y invite la
science et s’exclut l’homme.
Le film, très loin d’un documentaire comme d’un poème
sur la nature chantant les arbres et les fleurs de la terre,
transpose dans un futur sans humain, fait d’espèces hybrides
en constant changement. Tonnelles faites d’arbres eux-
mêmes composés numériquement ainsi que tout, – arbres, montagnes en mutation et vibration,
feuilles en dos animaux, corolles immenses au cœur-vase, filaments tremblants, forêt-eau-mont-
feuille puisque chaque forme se déforme et forme différemment en couleurs scintillantes, proche
du flicker, violet, bleu avec points brillants.
Corolles multipliées, domes-ramées luminescents dans un mouvement survolant ce non-pays
jusqu’à atteindre au milieu d’une eau marron connotatrice de pollution, un îlot où se dresse un
circuit imprimé et d’où sortent des câbles, tiges blanches apparentées à du métal et vers lequel le
zoom approche.
La promenade en lieu féerique, quoique sans êtres magiques, achoppe sur la déréliction. Ce n’est
qu’un ersatz de vie. La crainte ne préside cependant pas, s’y suggère un manifeste d’un monde
après le royaume humain, où l’homme aurait perdu sa suprématie sur l’existant, monde découverte
en cette perception diversifiée par la machine, hors des codes du regard humain puisque menée
avec l’implication de l’IA : la nature est celle composée par la machine qui la fait se déployer sans
cesse sous les sons, tout aussi artificiels, pour une régénération sans fin.
Ils disent :
« Dès le début de notre collaboration, notre code stylistique se caractérise par un exercice
d’imagination et d’échange, ou plutôt par une fusion entre matérialité et immatérialité, où chacun
se laisse imprégner par la recherche de l’autre. (…) Le projet a évolué en intégrant les courants
récents de la pensée posthumaniste.
Cette évolution nous a conduits à interroger la nature même de la condition humaine, de plus en
plus floue et façonnée par les nouvelles technologies. C’est précisément à cause de la frontière
entre nature et artifice que nous concevons l’art comme une relation, un flux de contamination
qui nous amène à créer, en binôme – le projet Citron | Lunardi – des œuvres individuelles
ou plutôt des « organismes » mêlant vidéo et sculpture en impression 3D, performance et
photogrammétrie. Cette contamination technique et conceptuelle nous conduit à imaginer
des mondes déjà affranchis de la catastrophe, où la position de l’homme, enfin décentralisée et
libérée de l’obsession d’être la mesure de toute chose, crée de nouvelles relations symbiotiques
entre différentes espèces et devient une composante hybride d’un tout en perpétuelle évolution,
toujours plus éloigné d’une perspective anthropocentrique. (...)
Inspiré par le concept biologique de sympoïèse – se-faire-avec –, le Chthulucène remet enfin en
cause la classification du vivant et le caractère exceptionnel de l'humain. Comme dans la théorie
cyborg, la spéculation et la Science Fiction jouent un rôle central. »
Simone Dompeyre
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