Page 38 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS ENSAV Prémices
Jean-Paul Devin-Roux, KINEMA, 2025, 5'27 (FR)
Dans son approche multiforme du cinéma et du corps
en mouvement, Jean-Paul Devin-Roux s’engage dans le
jeu des étymons : cinéma et kinésithérapie, puisque tous
deux adoptent au grec, kine / le mouvement, l’un comme
écriture, trace, empreinte, l’autre comme soin, anti-douleur
ou apaisement des tensions.
Il le fait en cinéma en mouvant les images et les sons, en
adoptant la structure de la bande de Möbius puisque il y
compose l'interpénétration du sujet dans le mode d’écriture,
impossible dissociation.
D’emblée, cependant, c’est la main chiro en très gros plan, dont les lignes se distinguent… même
si ce n’est pas là une étude comparée de pratiques médicales à portée de mains – chiropracteur
/ kinésithérapeute. Visage au plus près touché, caressé, lèvres malléables, dos nu ou habillé d’au
moins deux personnes voire mains bénéficient du passage, de l’appui, de la pression des doigts ou
des mains serrées dans le sourire esquissé ou du moins serein.
Parfois métaphorique, en superposition des files de points comme un feu d’artifice des couleurs
ou des fils fins et concentriques signifient cette rencontre comme le fait ou plus étonnamment
de l’eau quelque peu croupie puisque en algues vertes sur laquelle volette une libellule et le globe
terrestre en zoom avant et des flottants jaunes maritimes comme des pensées dérivées sous ces
heureuses mains. Les formes attirent les objets ou leur mouvement.
Un objet insolite s’immisce dans ce parallèle, musical celui-là, une cymbale métallique en gris ou
rutilante en cuivre ; d’abord entrevue puis nettement productrice de la sonnerie entraînante ainsi
scandée. Elle-même, prise par le mouvement, déborde la rigidité du métal ; d’abord c’est une bille
puis deux de couleurs vives qui tournent dans le cône de l’instrument renversé, prises sautillantes,
elles apportent le mouvement interne ; y participe plus encore son cercle de métal, aux raies
visibles, qui tapé par une baguette devient virevoltant, mouvant comme une jupe dansante.
Dans ce mouvement impossible à l’œil nu, avec cette transformation en autre matière, se rappelle
le cinéma des premiers temps et sa liaison entre projets scientifiques et cinéma pur sans histoire,
ni acteur mais en mouvement et rythmes. Ainsi la bulle d’eau de Lucien Bull, merveilleuse figure
prise en vue ultrarapide de 1400images/seconde et projetée à environ 20 images dépassait la
réelle goutte bue en un ballet kinématographique.
Désormais les caméras et banc de montage actuels aident à de telles mutations mais le cinéma de
Jean-Paul Devin-Roux se fait sur cette même attirance du rythme alors pense comme « l’élément
primordial et esthétique de toute la vie, comme de tous les arts, comme de toutes les émotions »
selon Paul Ramain, qui né avec le cinéma en 1895, cumula les domaines de sens, de recherches,
d’art puisque médecin, mélomane, cinéphile et œnologue, entomologiste et mycologue, il écrivit
des critiques sur le cinéma, parce que la curiosité des mouvements /κίνημα, kínêma du monde
recherche des échos… ce que fait le cinéma de Jean-Paul Devin-Roux.
Simone Dompeyre
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