FILMS
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- Jean-Michel Rolland – Chironomies : Vasily Petrenko ; Barbara Hannigan ; Fabio Luisi, 2025, installation (FR)
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- Marie Dauverné – Eight ways and more to get somewhere though I don’t know where this place is, 2014, film, 2’02 (CA)
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- Valeria Barbas & Gregor Stockmann – Collaboratory Distances/Distances Collaboratives, 2024, film, 4’16 (MD / FR / DE)
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- Sergey Shabohin – Atlas of Tectonic Landscapes: Through the Eclipse Corridor, 2023, film, 23’56 (BY)
INSTALLATIONS ET BOUCLES SUR ÉCRAN
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- Sergey Shabohin – Atlas of Tectonic Landscapes: Through the Eclipse Corridor, 2023, film, 23’56 (BY)
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- Michel Depatie – Insoumuse, 2025, Photographie (CA) * télécharger l’application Artivive sur Google Play ou AppStore
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- Jean-Michel Rolland – Chironomies : Vasily Petrenko ; Barbara Hannigan ; Fabio Luisi, 2025, installation (FR)
PERFORMANCES
PHOTOGRAPHIES
« La nature n’est pas uniquement ce qui est visible à l’œil – c’est aussi les images que l’âme s’en est faite » – Edvard Munch
J’ai développé une pratique analogique qui se fonde sur la pellicule ancienne.
Au départ, c’est mon intérêt pour la plasticité et le pictural qui m’a entraîné vers ces vieilles pellicules dont je quêtais les imperfections, les craquelures, l’instabilité, et sa vibration, plus mystérieuse tranche avec la netteté du numérique.
En impressionnant ces pellicules magiques, au pouvoir presque divinatoire, je cherche le revers négatif du réel.
Il a fallu raconter les gestes
La disparition des insectes
Les pare-brises propres
l’absence de bleu
Le feu
nuée est un geste, initié en compagnie de l’artiste Gaëlle Rouard, trace d’une vidéo ayant capté une performance actuée par Adèle Tourte, Gaëlle Rouard et Julie Balguerie à Lussas en 2023. Avec la composition sonore de Kefren Rivera et Julie Balguerie.
Mûr, une animation abstraite, créée à la main, explore la temporalité trans. Quand peut-on dire qu’une personne est devenue trans? Existe-t-il un point de maturité trans ? Cette œuvre abstraite répond à un poème de Sallie Fullerton et évoque la collectivité dans le devenir trans.
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Ripe is a short hand-made abstract animation film that explores the theme of trans temporality. When can it be said that one has become trans? Is there a point of trans ripeness? The abstract visual work responds to a poem by poet Sallie Fullerton and gestures towards collectivity in trans becoming.
Des fragments de films abstractivés et travaillés manuellement se métamorphosent en un paysage graphique, à la fois macabre et cyclique, où des acteurs, prisonniers du film, assistent au chaos qui s’étale tandis qu’ils sombrent dans un tourbillon de celluloïd.
Kaleidosprocket poursuit une exploration expérimentale de la reconfiguration de pellicules abandonnées, délabrées et orphelines en collages complexes, réalisés à la main, en récits fragmentaires et ambigus.
Des films 35 mm, 16 mm, standard et Super 8 mm sont montés, collés et fusionnés en une série de dix collages physiques de celluloïd, avant que l’animation image par image numérique ne leur redonne vie sous une nouvelle forme.
La bande-son est construite et arrangée à partir d’improvisations live, d’enregistrements de terrain et de documents audio trouvés.
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Disembodied movies fragments mutate into a handmade lurid looping graphical landscape where captive movie actors witness the ensuing disorder as they descend into a celluloid maelstrom.
‘Kaleidosprocket‘ continues an ongoing experimental exploration of reconfiguring abandoned, decaying and orphaned celluloid material into complex hand-built collages with ambiguous fragmentary narratives.
35mm, 16mm, standard and super 8mm gauge films are hand edited, taped and fused together into a series of 10 physical celluloid collages, before digital stop motion brings the material back to life in its new incarnation.
The soundtrack is constructed and arranged from improvised live performances, field recordings and found audio material.
Cette courte œuvre vidéo réinvente le tableau du XVe siècle intitulé Saint Elizabeth’s Day Flood[i] (L’inondation du jour de la Sainte-Élisabeth), à la fois comme traumatisme historique et présage contemporain. Combinant des images générées par l’IA inspirées du tableau et des séquences vidéo modernes, le film efface les frontières temporelles : des églises gothiques côtoient des tours de verre, des villageois rament à côté d’androïdes, et des eaux boueuses déferlent à la fois sur des villes anciennes et des horizons contemporains.
À travers des oppositions saisissantes, Echoed in Water réfléchit à la violence répétée des catastrophes climatiques provoquées par l’homme. La fusion des époques suggère non seulement la continuité de la vulnérabilité environnementale, mais aussi la manière dont les progrès technologiques ont non seulement échoué à nous protéger contre la colère de la nature, mais ont également contribué à l’aggraver. Le passé médiéval, autrefois considéré comme lointain et sans rapport avec nos vies, devient le miroir de nos angoisses actuelles, d’autant plus que la montée des eaux, la destruction des infrastructures et les bouleversements écologiques font désormais partie de notre quotidien.
Cette œuvre offre une réflexion visuelle sur la fragilité, la mémoire et le mythe du progrès. Elle n’est pas seulement une éloge funèbre pour les victimes de la noyade, mais aussi un avertissement : l’histoire, comme l’eau, finit toujours par revenir.
Les deux panneaux représentant l’inondation de la Saint-Élisabeth illustrent la catastrophe du 19 novembre 1421 (jour de la fête de Sainte-Élisabeth). Le panneau de droite, plus complexe, présente un langage visuel unique, caractérisé par des perspectives et des proportions déformées. Il représente plusieurs histoires simultanément, qui construisent le récit global de l’événement. Ces caractéristiques intrigantes servent de modèle et de point de départ à une enquête visant à traduire et à transformer le tableau en un scénario qui anime une image des catastrophes écologiques passées et présentes.
[i] L’inondation de la Saint-Élisabeth, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, vers 1490 – vers 1495.
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This short video art piece reimagines the 15th-century painting, Saint Elizabeth’s Day Flood[i], —as both historical trauma and contemporary omen. Combining AI-generated shots inspired by the painting with modern video footage, the film collapses time: Gothic churches stand beside glass towers, villagers row past androids, and muddy floodwaters surge through both ancient towns and contemporary skylines.
Through haunting juxtapositions, Echoed in Water reflects on the repeated violence of human-induced climate disasters. The merging of eras suggests not only the continuity of environmental vulnerability but also how technological advancement has not only failed to safeguard against nature’s wrath but also contributed to it. The medieval past, once seen as distant and irrelevant to our lives, becomes a mirror for our present anxieties—especially as rising seas, broken infrastructures, and ecological displacement become daily realities.
The work offers a visual meditation on fragility, memory, and the myth of progress. It is not only an elegy for the drowned but also a warning: history, like water, finds its way back.
The Saint Elizabeth’s Day Flood two panels depict the flood on November 19th 1421 (the feast day of Saint Elizabeth). The right panel, which is more complex, has a unique visual language of distorted perspectives and proportions. It depicts multiple stories simultaneously, which construct the overall narrative of the event. These intriguing features serve as a template and starting point for an investigation aiming to translate and transform the painting into a storyboard that animates a picture of past and present ecological catastrophes.
[i] The Saint Elizabeth’s Day Flood, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, c. 1490 – c. 1495.
Hiver 2025. Belgique – lieu inconnu.
Notes vidéo d’un voyage à vélo de sept jours.
Seuls le vent, la pluie, le pédalage et des lieux abandonnés, où le cinéaste passe son temps ou dort.
Winter, 2025. Belgium—unknown.
Video-notes from a seven-day bicycle tour.
Only wind, rain, pedaling, and abandoned places,
where the filmmaker spends his time or sleeps.
SPEECHLOSS, l’espace filmique en est traversé par des êtres solitaires, des figures en décalage et en quête de sens. Dans une ambiance maritime et étrange, court une joggeuse, chante un bodybuilder, se dévisagent des chiens et passe un étrange organe géant. Chacun.e d’eux, le long de quatre tableaux où soufflent le vent et un puissant désir de se dire vivant, porte la trace IA abandonnée, en attente d’activation, dont les gestes n’ont que le vent pour témoin.
Maspeth is America est une complainte semi-fictive de la classe ouvrière capturée dans les zones industrielles périphériques de New York, un no man’s land traditionnellement occupé par des diasporas en mouvement et des travailleurs pauvres, incluant les ancêtres des cinéastes. Tourné en noir et blanc sur Super 8, le film fait écho aux sentiments d’un ouvrier qui passe une nouvelle journée à travailler dans un cycle sans fin de travail générationnel.
Maspeth is America is a semi-fictional working class lamentation captured on the outskirt industrial areas of New York City – a no man’s land traditionally occupied by shifting diasporas and the working poor, including the filmmakers’ ancestors. Photographed on black and white Super 8, the film reverberates the sentiments of a worker grinding away another day in a never-ending cycle of generational labor.
Kingdom Plantae, fiction spéculative, imagine un avenir dans lequel l’humanité a disparu après avoir irréversiblement perturbé l’équilibre de la Terre. La nature, changée par l’anthropisation et contaminée par la technologie, vit sous une forme hybride : des écosystèmes reconstruits à partir de données et de pixels, des plantes luminescentes réduites à des simulacres, maintenues en vie par un générateur sur une plateforme naturelle/artificielle.
Née d’une collaboration entre les humains et l’intelligence artificielle, le film remet en question les perceptions anthropocentriques de la réalité et bouleverse les classifications biologiques traditionnelles, offrant une vision fluide de la biodiversité menacée. Au-delà de la dystopie, la vidéo devient un poème visuel où la nature et la technologie s’entremêlent dans un cycle de mutation et de régénération. Citron et Lunardi combinent écriture numérique, sons artificiels et fragments fossilisés pour créer des paysages suspendus entre le passé et le futur, évoquant un monde post-humain en constante évolution.
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Kingdom Plantae is a work of speculative fiction envisioning a future in which humanity has vanished after irreversibly disrupting Earth’s balance. Nature, marked by anthropization and contaminated by technology, re-emerges in a hybrid form: ecosystems reconstructed through data and pixels, luminescent plants reduced to simulacra, kept alive by a generator on a natural/artificial platform.
Born from a collaboration between humans and artificial intelligence, the piece challenges anthropocentric perceptions of reality and subverts traditional biological classifications, offering a fluid vision of endangered biodiversity. Beyond dystopia, the video becomes a visual poem where nature and technology intertwine in a cycle of mutation and regeneration. Citron et Lunardi combine digital processing, artificial sounds, and fossilized fragments to create landscapes suspended between past and future, evoking a posthuman world in constant evolution.
The Sun Through Trees s’écrit avec des fragments empruntés au téléphone portable de l’artiste et filmés à Minsk, par lui-même en 2020 lors de la Marche pour Les Libertés du 16 août ainsi que lors d’un voyage de groupe avec d’autres artistes à la ferme Kaptaruny, à l’occasion d’une séance de peinture en plein air à l’automne 2020. En outre, l’artiste a retenu des bribes de vidéos sans relation, ainsi que des plans pris par inadvertance lorsqu’elle avait oublié d’éteindre son téléphone. Le film est, par ailleurs, projeté sur l’écran cassé de son téléphone portable. Le film fait référence aux événements survenus en Biélorussie, aux manifestations de protestation et aux arrestations, comme autant d’indices de la vision personnelle de Zhanna Gladko sur ces événements.
Les mots « Cinéma » et « Kinésithérapie » proviennent de la même racine grecque «Kinèma » qui signifie « mouvement ».
Le cinéma vous permet de voir des images en mouvement.
La kinésithérapie soulage la douleur et la tension dans les mouvements de notre corps. Brouillant la limite entre réel et imaginaire, « KINEMA » communique des sensations visuelles, auditives et de multiples émotions afin de permettre au public d’en prendre conscience.
« Notre corps est le bateau qui nous transportera de l’autre côté de l’océan de la vie. Tu dois t’en occuper. » Swami Vivekananda.
Signaux réglementaires filmés en 16 mm avant d’être traités à la main avec du caffenol et soumis à une corrosion analogique et numérique alors que le son a été enregistré et manipulé à l’aide d’un géophone et de micros de contact. Ainsi EOJ réinvente-t-il l’anxiété provoquée par l’hypersensibilité à la caféine et la pression du conditionnement social. Il présente l’hypersensibilité non pas comme une faiblesse, mais comme une résistance, redirigeant l’énergie chaotique vers l’intérieur, vers un esprit rebelle qui défie la discipline du corps moderne.
Regulatory signs shot on 16mm, hand-processed with caffenol, and subjected to both analog and digital corrosion. Sound recorded and manipulated through geophone and contact mics. EOJ reimagines the anxiety induced by caffeine hypersensitivity and the pressures of social conditioning. It frames hypersensitivity not as weakness, but as resistance, redirecting chaotic energy inward to a disobedient mind that defies the discipline of the modern body.
https://www.instagram.com/alaricollection/
Un groupe d’amis passent ensemble la journée du samedi 15 mars 2025 au dimanche 16, mais ça aurait pu tout aussi bien être le mercredi 18 ou le vendredi 7 d’un autre mois d’une autre année. La banalité fait se ressembler les jours et endort l’attention. Mais sous l’évidence de la familiarité se dissimule une inquiétante étrangeté, celle évoquée par Freud, et qui s’éclaire d’un jour nouveau avec l’IA générative et sa “vallée de l’étrange”…
À première vue, rien de remarquable : un jour passe comme les autres. Cependant, cette apparente simplicité, cette familiarité troublante est grâce à l’IA générative. Sous cet écho particulier de l’“inquiétant familier” de Freud -”uncanny” en anglais- sourd le caractère acquis de la vie quotidienne. Derrière l’évidence du quotidien, se cachent l’arbitraire et l’étrange. En exploitant à outrance le banal, Samedi 15 – Dimanche 16 encourage à regarder le monde sous un prisme nouveau. Ce qui semble d’abord trivial ou prévisible révèle lentement son mystère tranquille.
L’IA porte le film : 95 % des vidéos qui le composent ont été générées par IA à partir de photos prises au cours de cette journée du samedi 15 mars, créant ainsi une sorte de pixilation continue. Ce processus a donné vie à l’ordinaire d’une manière troublante, évoquant l’effet psychologique de la « vallée de l’étrange » : plus un humain numérique ressemble à une personne réelle, plus l’expérience du spectateur est effrayante..
Il en résulte une tension entre l’immobilité et le mouvement, la présence et l’absence, qui fait écho à la question centrale du film, à savoir ce qui se cache sous la surface du quotidien. En animant le banal par des moyens artificiels, il cherche à réactualiser le concept d’étrangeté de Freud, tout en faisant un geste vers la perturbation de notre sens de la réalité par l’IA : ce que nous voyons est-il réel, une apparence ou quelque chose d’autre ? La technologie ne devient pas seulement un outil, mais une couche thématique – approfondissant l’exploration de l’étrangeté familière à la fois dans le contenu et dans la forme.
DEEP-SKIN – à fleur de peau choisit le genre de l’anticipation alors que deux figures engagés dans un dialogue en ligne ont la possibilité d’explorer un nouveau mode d’intimité où le toucher n’a plus de raison d’exister, mais où d’autres modes de relation existent grâce à une autre peau, plus à même de toucher émotionnellement et psychologiquement l’esprit humain : une sorte de peau encore plus tactile, connectée à des profondeurs émotionnelles nouvelles.
Si les nouveaux modes de relations en ligne ouvrent une quasi-réelle intimité, que révèle cette intimité aseptisée où les corps réels se transforment en corps-écrans ? Qu’est-ce qu’un sentiment de distance zéro entre des corps qui n’ont plus d’existence ? Qu’est-ce qui est manquant dans ce genre de relation et qu’est-ce qui est nouveau dans ce mode d’existence ?
La solitude des écrans menace-t-elle réellement nos vies réelles ? L’abandon du corps n’est-il pas ce que l’humanité a longtemps toujours désiré ? Nos identités numériques lisses et filtrées ne sont-elles pas le choix secret que nous avons fait ? Et si, au contraire, les identités numériques permettaient d’imaginer de nouvelles manières de s’inventer des corps et d’explorer de nouvelles manières d’être ?
Avec le soutien de Absolut Space AIR (Taïwan).
« Song of the Open Road / Chant de la route ouverte » s’inspire du poème éponyme de Walt Whitman. Une figure ailée – l’artiste elle-même – parcourt une minuscule planète, tandis que des fragments de vers de Whitman apparaissent au sol et dérivent dans le ciel.
Des dessins au fusain émergent des transformations progressives : les lignes s’animent, se condensent en planètes, se dissolvent à nouveau en visages, êtres hybrides et spirales de figures interconnectées. Par le jeu des techniques numériques 2D et 3D et de la vidéo à 360°, une métamorphose continue se déploie, reflétant à la fois l’aspiration humaine à la liberté et l’expérience des limites.
Ces transformations incessantes font écho à notre époque : menaces et crises qui perturbent des horizons en apparence sûrs, mais aussi moments inattendus de beauté, d’espoir et de solidarité. Le ciel apparaît non seulement comme un espace d’immensité et de transcendance, mais aussi comme une surface de projection pour nos peurs, nos désirs et notre besoin humain de connexion. Ainsi, une vision de solidarité et de fraternité se dessine – un voyage partagé sur la route ouverte de la vie.
« Song of the Open Road » is inspired by Walt Whitman’s poem of the same title. A winged figure – the artist herself – walks across a tiny planet, while text fragments of Whitman’s verses appear on the ground and drift through the sky.
From charcoal drawings emerge gradual transformations: lines begin to move, condense into planets, dissolve again into faces, hybrid beings, and spirals of interconnected figures. Through the interplay of 2D and 3D digital techniques and 360° video, a continuous metamorphosis unfolds, reflecting both the human longing for freedom and the experience of limitation.
These ongoing transformations mirror the condition of our time: threats and crises that break into seemingly secure horizons, but also unexpected moments of beauty, hope, and solidarity. The sky appears not only as a space of vastness and transcendence but also as a projection surface for our fears, desires, and the human need for connection. In this way, a vision of solidarity and togetherness emerges – a shared journey along the open road of life.
Pulsations est une œuvre processuelle qui explore l’identité à travers la transformation et l’interconnexion entre mon corps et le végétal. Ce projet repose sur l’idée d’autoportrait, où je détourne et transfigure ma propre image dans un rituel de métamorphose. À partir de ma photographie de passeport—une image rigide, normée, dépourvue de singularité—je développe une pratique de collage qui me permet d’habiter cette fixité et de la transformer. Depuis le confinement, j’ai progressivement intégré des fragments végétaux sur mon visage, abolissant les frontières entre mon corps et les plantes domestiques.
Mes yeux, seuls éléments qui conservent leur stabilité, deviennent le centre d’une subjectivité mouvante, un point d’ancrage au sein d’un flux organique. À travers ce processus, j’esquisse une identité hybride, en constante évolution, où le végétal s’entrelace avec ma peau, brouillant les limites du portrait traditionnel. Chaque séquence s’avère une pulsation, une respiration imprimée dans la matière vivante, révélant une identité qui ne cesse de se transformer.
Cet autoportrait mouvant et hybride dépasse le simple jeu esthétique pour devenir une réflexion sur la mémoire et la résilience. Les plantes, toujours en adaptation, évoquent une identité fluide et sensorielle qui se construit dans l’échange plutôt que dans une catégorisation figée. Elles insufflent une dimension tactile à l’image, prolongeant mon exploration du vivant et du mutisme de l’image figée.
Dans un monde saturé de portraits numériques formatés par les algorithmes, Pulsations se positionne à contre-courant en célébrant l’imprévisible et la transformation organique. Face aux enjeux écologiques et aux représentations figées de l’identité, mon travail cherche à réinventer le lien entre l’image et le vivant, offrant une vision où l’identité devient mouvement, porosité et fusion.
VIVIER, subst. masc.
« Bassin d’eau constamment renouvelée, aménagé pour la conservation, l’engraissement et l’élevage de poissons et/ou de crustacés.
Au fig. Milieu favorable au développement d’idées, d’idéologies ou de personnes. »
Avec Le Centre de Recherche Evasif qui réunit des artistes en un atelier dans un lieu improbable sur un temps donné. Le lieu choisi devient place et prétexte à la création d’une œuvre commune.
Catherine Burki, Jessy Gemayel, Mezli Vega & Gaëlle Villedary
et avec le soutien technique de Hatim Elmrini
zoo, fable dystopique et post-apocalyptique aux paysages sombres et surréalistes, mêlent des formes hybrides anthropomorphiques et zoomorphiques. Des bugs, de l’intelligence artificielle et des images prises à Internet, composent un collage numérique, métaphore de la dérive vers laquelle va la société contemporaine. Le changement climatique et les modes de vie extrêmes que nous sommes contraints d’adopter en conséquence généreront de nouvelles formes de subsistance et un monde de formes post-contemporaines.
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The video is a dystopian and post-apocalyptic fable of dark and surreal landscapes that mixes hybrid anthropomorphic and zoomorphic forms. The work has been generated with a mix of glitches, AI, and images taken from the internet, developing a digital collage that is a metaphor for the drift contemporary society is heading towards. Climate change and the consequent extreme ways of life that we are forced to adopt will generate new forms of subsistence and a whole world of post-contemporary forms.
TEXtrucTURAS (huMANas) continue la recherche artistique et instrumentale de l’artiste en collaboration avec l’intelligence artificielle. Il s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche en arts audiovisuels cherchant à transposer des concepts expressifs et émotionnels en images animées, et pour ce faire, se passe délibérément d’aspects formels, narratifs et structurels.
Dans ce qu’on appelle l’intelligence artificielle pour les graphiques, tous les modèles sont conçus pour répondre de manière réaliste et hyperréaliste à toute proposition faite, qu’il s’agisse de texte, d’image ou de vidéo.
Afin d’éviter certaines incohérences dans ce processus, de multiples outils sont ajoutés aux modèles pour renforcer l’apparence de réalité qui améliore les visages, les mains, les poses, les mouvements, etc.
TEXtrucTURAS (huMANas) résulte de la génération d’incohérences dans l’algorithme et dans le processus créatif (au moyen de textes, d’images et de vidéos) et dès lors, dans ses résultats graphiques, afin de générer abstraction, modulation et texturation.
TEXtrucTURAS (huMANas) est une tentative de domestication des outils de l’intelligence artificielle au service de l’expression artistique, et dans ce cas précis des arts audiovisuels.
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TEXtrucTURAS (huMANas) is an artistic_instrumental research work with Artificial Intelligence and is part of a research project, in Audiovisual Arts, that tries to transfer expressive and emotional concepts to the screen with moving images, so it deliberately lacks formal, narrative and structural aspects.
In the so-called Artificial Intelligence for graphics, all models are designed to respond in a realistic and hyper-realistic way to any proposal made, whether text, image, or video.
In order to avoid some incongruities in this process, multiple tools are added to the models to reinforce the appearance of reality that improve faces, hands, poses, movements, etc.
TEXtrucTURAS (huMANas) is the result of generating incongruities in the algorithm and in the creative process (by means of texts, images and videos) and therefore in its graphic results, to generate abstraction, modulation and texturisation.
TEXtrucTURAS (huMANas) is an attempt to domesticate the tools of Artificial Intelligence at the service of artistic expression, and in this case of the audiovisual arts.
« Chironomies » dénomme une série en cours de films s’intéressant de très près à l’esthétique de la gestuelle des chefs d’orchestre.
Les captations des œuvres musicales retenues sont travaillées, découpées afin que ne subsistent certains mouvements pertinentes. Les corps, délestés du superflu et démultipliés, font des traces qui dessinent des motifs propres à chaque chef d’orchestre pour autant de recompositions visuelles et musicales qui naviguent entre figuration et abstraction.
Vasily Petrenko, nommé directeur artistique de l’Orchestre symphonique de la fédération de Russie «Evgeny Svetlanov» en 2021, après en avoir été le principal chef invité depuis 2016 et le directeur artistique à partir de 2020, en démissionne le 2 mars 2022, pour protester contre la guerre menée par la Russie en Ukraine et annonce que sa décision ne sera pas remise en cause tant que la paix ne sera pas rétablie…
Barbara Hannigan, née le 8 mai 1971 à Halifax, Nouvelle-Écosse, au Canada, est et soprano et cheffe d’orchestre; elle dirige La Gaîté parisienne d’Offenbach et l’Orchestre philharmonique de Radio France.
Fabio Luisi est un chef d’orchestre italien, né à Gênes le 17 janvier 1959. Il dirige le Requiem de Verdi et l’orchestre symphonique du Danemark.
L’artiste dit : «Mon objectif : sublimer le geste pour donner naissance à de nouvelles représentations artistiques où est remise en question la frontière entre figuration et abstraction (…). Les vidéos originelles subissent des transformations colorimétriques, spatiales et temporelles : les couleurs superflues sont éliminées pour ne garder que celles essentielles à la composition, les corps sont démultipliés pour créer de nouveaux motifs à l’aide de jeux de miroirs, les vidéos originales sont ralenties, les différentes itérations des acteurs décalées dans le temps, et un effet de trace prolonge l’instant passé. Les bandes-son originales sont conservées mais subissent les mêmes déformations temporelles que les images.»
Un bocal à poissons comme métaphore du monde fragile et interconnecté dans lequel nous vivons. Trois poissons rouges y nagent paisiblement, figures d’innocence et d’harmonie. Le bocal est passé doucement de main en main, ce qui connote la coopération et le respect mutuel ; cependant, au fur et à mesure, les personnes tenant le bocal, deviennent possessives et agressives, transformant cet échange paisible en chaos. La lutte pour le contrôle s’intensifie, jusqu’à la chute du bocal qui se brise sur le sol. Sa rupture exprime la destruction de l’harmonie et de la stabilité causée par la cupidité et l’ego humains. Le film accuse les conflits et la quête du pouvoir de mener à la catastrophe, nous exhortant à valoriser la coopération, le respect et la compréhension afin de protéger notre monde commun.
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A fishbowl as a metaphor for the fragile, interconnected world we live in. Inside, three goldfish swim peacefully, symbolizing innocence and harmony. At first, the bowl is gently passed between hands, showing cooperation and mutual respect. But as the story progresses, people become possessive and aggressive, turning the gentle exchange into chaos. The struggle for control intensifies, leading to the bowl slipping and crashing to the ground. Its breakage represents the destruction of harmony and stability caused by greed and human ego. The film highlights how conflicts and the pursuit of power can lead to catastrophe, urging us to value cooperation, respect, and understanding to protect our shared world.
L’amertume, une rencontre intime entre deux paires de mains, l’une noire et l’autre blanche. Liées par des tissus wax noués, elles s’engagent dans un patient travail de libération. Chaque geste, empreint de tendresse et de délicatesse, tente de défaire ce qui entrave, de délier sans brusquer. Le wax, porteur d’une histoire et d’une mémoire collective, devient à la fois symbole de lien et d’attachement, mais aussi matière de réconciliation possible.
Avec « Amertume » comme titre, l’artiste convoque l’idée d’un héritage douloureux, inscrit dans les corps et les relations, mais que le soin mutuel et la volonté de se délier transforment en un acte d’espoir. Il invite à une méditation visuelle et sensible sur la fragilité des gestes de réparation, sur la possibilité de dépasser les nœuds de l’Histoire à travers l’attention réciproque et la bienveillance partagée.
À 10 ou 12 ans, j’étais en vacances avec ma grand-mère. En revenant d’une promenade, juste derrière la maison, à environ 10 mètres, j’ai remarqué une lueur inhabituelle. Un bruit accompagnait cette lueur. Après avoir observé ce miracle pendant un moment, je suis allé dans la maison pour appeler ma grand-mère et partager avec elle ce que j’avais vu. Mais lorsque nous sommes sortis, l’extérieur était déjà calme et paisible. Tout cela s’est passé un soir d’août, à la campagne, près de la rivière.
J’ai beaucoup travaillé sur ce que j’avais vu et j’ai réalisé une animation combinant la technique du dessin analogique sur film et un collage d’anciens décalcomanies. Le son est une improvisation originale créée avec un vieux synthétiseur et accélérée dans un programme informatique.
J’ai utilisé un style de dessin primitif, rappelant les peintures rupestres (pétroglyphes), et la manière obscure dont les peuples anciens représentaient des événements sur les parois des cavernes, ce qui est lié à l’hypothèse pseudoscientifique du paléocontact (paléonautique, anciens astronautes) dans laquelle je me suis plongé.
Du rite et du tournoiement : des derviches tourneurs en transe à Chypre ; en Inde, le paysage de la montagne sacrée, autour de laquelle les pèlerins font tourner la roue des vies et du footage de films de famille, en Super 8, de la fin des années 40 en France perturbe la spirale du temps, bousculant chronologie et rythmes biologiques. Tournoiement dans le cercle limitant le champ, la montagne participe à ce monde à changements d’échelle, où chaque fait, macro ou micro façonne le rythme entraîné par la musique.
Passage, film footage s’écrit par collage de diverses séquences pellicule 8 mm, de qualité et de degré de dégradation variables. S’y distingue des plans d’un auteur inconnu tout autant que son titre mais que nous avons désigné comme Na pruzi / Sur la voie ferrée. Le matériau lui-même, retenu parce que très porteur visuellement, quant à l’explicit, il est réalisé image par image, avec quelques astuces techniques. Ce matériau m’a inspiré pour exprimer la transition d’une réalité à une autre, avec le motif du chemin de fer et du carrefour. Je n’insiste pas sur une interprétation unique et sans équivoque ; le film n’a même pas été réalisé sur la base d’un récit clair, mais plutôt par l’enchaînement associatif de plans.
Passage is an experimental collage-type film, created using various found footage film material shot on 8mm film stock. The material is of different quality and degree of degradation. The core motif was provided by shots from a film by an unknown author whose title we do not know, but we internally call it Na pruzi (On the Railroad). The material itself is visually very striking, and the final shots of the film in which a man duplicates himself were actually created by shooting frame-by-frame, using in-camera tricks. The material inspired me to make a short film about the transition from one reality to another, utilizing the well-known symbols of the railroad and the crossroads. I do not insist on a single, unequivocal interpretation; the film was not even made with a clear narrative basis, but rather by the associative linking of shots.
En septembre 2023, Mathilde Schaub actue une performance aux Beaux-Arts de Paris, qu’elle orchestre en trois actes selon le triptyque : Enfer, Purgatoire et Paradis. Elle qualifie sa démarche de mystique, élevant par là la performance au rang de cérémonie, voire de rituel, alors qu’ODELA s’apparente à un voyage introspectif dans les profondeurs humaines, nos expériences vécues et imaginaires et l’expérience corporelle, exposant la violence inhérente à la confrontation de notre for intérieur, empreint de ses pulsions, besoins et traumas.
Dans mes archives, je retrouve une image numérique qui m’a toujours parlé, mais que je n’avais jamais su monter. Le même jour, plus tard, je retrouve dans ma cave une bobine 16 mm avec un plan que j’avais oublié avoir filmé. Un montage me vient à l’esprit, mais ce « raccord » ne peut avoir lieu ; il s’agit plutôt d’une « coupure » entre deux matérialités, un corps qui se déploie dans l’espace et une image qui se lit dans le temps.
Sur cette crête, entre deux mers, un chant survient en rafales. Puisque le film est projeté en numérique, nous dirons qu’il s’agit d’une comptine pour apprendre à compter au-delà de un. Il n’est pas certain qu’on y arrive.
D’une superficie d’à peine 1 km2, l’île Tromelin fut en 1761 le théâtre du naufrage de l’Utile, un navire négrier de la Compagnie des Indes ayant embarqué illégalement 160 esclaves malgaches.
En raison d’une erreur de navigation, le navire percuta la barrière de corail de l’île en pleine nuit. Vingt membres du personnel de bord ainsi que la moitié des esclaves périrent noyés.
Le reste de l’équipage s’affaira à construire une embarcation de fortune grâce à l’aide des esclaves et partit en leur promettant de revenir les chercher.
Le sauvetage n’arriva que 15 ans plus tard, retrouvant 7 survivantes et un enfant de huit mois.
Ma recherche plastique évolue ici autour de figures en argile émergeant d’un sable mouvant hanté, explorant l’île Tromelin comme un espace de lutte et de résilience.
Démarche artistique :
Ma pratique prend forme dans la tension entre présence au monde et isolement.
La photographie et la vidéo y occupent une place centrale, souvent traversées par un travail sonore ou en volume. Se déploie alors une quête d’espaces d’accueil et de refuge, qu’ils soient psychiques, sociaux, réels ou fictifs.
À travers l’autofiction, le portrait ou la mise en scène d’objets, mon travail explore les effets de la désolation, entre repli intérieur et expérience partagée.
Dans cette recherche, les gestes d’enveloppement, de recouvrement ou d’ensevelissement déploient une charge symbolique proche du rituel.
Mon approche formelle repose sur la frontalité et la répétition, imprégnée de désenchantement et d’une rigueur clinique. La photographie objective allemande constitue une influence centrale, privilégiant une approche systématique de l’image et une observation froide du réel. Mes plus récents travaux s’orientent vers une démarche performative, où l’acte de retrait devient le cœur même de la création.
Il s’agit ici d’explorer le retranchement, non comme une fuite, mais comme condition d’émergence d’un soi possible.
L’empreinte revisitée suppose des couches successives, des changements d’état du support comme si à chaque vague, à chaque mouvement de la mer, le cinéma gravait sur la pellicule la lecture de la trace du corps qui fut là un instant et n’a laissé qu’une empreinte, fluide à la fois par les effacements et les mouvements répétitifs mais aussi figée dans différentes matières l’interprétant.
Entre le château de sable, la prise d’empreinte entre nos deux corps, nous jouons à former une coquille entre nos peaux, la frontière de l’autre. Nous construisons une coquille, voire un coquillage pour deux nous protégeant ainsi du reste du monde.
Durant une performance physique, s’accrochant à l’autre, je me moule avec l’être aimé, gardant l’interstice entre deux corps, un moment intact dans le temps.
Le plâtre part du vivant, de la roche, de la matière minérale, du gypse, pour devenir un objet solide, stable dans le temps.
Une exploration audiovisuelle non-narrative à partir d’un fragment d’un poème de Patrice Desbiens.
La créativité est une force vitale qui stimule le changement et alimente le progrès. Quels que soient les défis auxquels le monde est confronté, la capacité à penser de manière créative, à développer des idées et à les concrétiser reste essentielle. Grâce à elle, nous imaginons de nouvelles possibilités, alors qu’elle inspire la société à évoluer. Grâce à elle, nous repoussons les limites, résolvons les problèmes de manière innovante et façonnons un avenir meilleur.
Lorsque nous partageons ouvertement nos idées et nous encourageons mutuellement, nous créons un espace propice à l’inspiration. Cet échange de points de vue conduit à la collaboration, à l’innovation et à une transformation significative. La créativité ne se limite pas aux artistes ou aux inventeurs, elle est chez tout un chacun. Que ce soit dans le domaine des sciences, de l’éducation, du militantisme ou de la vie quotidienne, la pensée créative nous aide à nous adapter, à créer des liens et à grandir. En période d’incertitude, elle est source d’espoir. Elle nous aide à réinventer le possible et à élaborer des solutions inclusives, tournées vers l’avenir. En cultivant la créativité en nous-mêmes et chez les autres, nous contribuons à créer un monde plus dynamique, plus résilient et plus compatissant.
Creativity is a vital force that drives change and fuels progress. No matter what challenges the world faces, the ability to think creatively, develop ideas, and bring them to life remains essential. It empowers individuals to imagine new possibilities and inspires society to evolve. Creative thinking allows us to break boundaries, solve problems in innovative ways, and shape a better future.
When we share ideas openly and encourage one another, we create a space where inspiration flourishes. This exchange of perspectives leads to collaboration, innovation, and meaningful transformation. Creativity is not limited to artists or inventors—it lives in everyone. Whether in science, education, activism, or everyday life, creative thinking helps us adapt, connect, and grow.
In times of uncertainty, creativity offers hope. It helps us reimagine what’s possible and build solutions that are inclusive and forward-thinking. By nurturing creativity in ourselves and others, we contribute to a more vibrant, resilient, and compassionate world.
En un souvenir d’enfance reconstitué à partir d’un assemblage de photos provenant de sources publiques, de scènes inventées et d’animation image par image, The Man Cave entraîne en un voyage bref et déroutant dans la vision commune de deux jeunes filles sur la masculinité. C’est un regard irrévérencieux d’enfant sur la sexualité masculine, à travers un prisme proto-féministe. L’espace masculin « sûr » de la « caverne des hommes » envahie par des filles, aboutit à un fantasme absurde et exubérant mais s’y glissent des éléments autobiographiques.
S’y emprunte une reprise de «You’ve Got Something There» de la comédie musicale «Varsity Show» des années 1930, avec l’accord de Warner Chappell.
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A childhood memory re-enacted through a mixture of publicly sourced photos, staged scenes, and stop motion animation, “The Man Cave” is brief, bewildering journey inside two young girls’ shared vision of manhood. It’s an irreverent child’s eye view of male sexuality, seen through a proto-feminist lens: the male “safe space” of the “man cave” invaded by girls, culminating in absurd, exuberant fantasy. Autobiographical in origin, it is a work of experimental non-fiction.
The music in the film, a cover of “You’ve Got Something There” from the 1930s musical “Varsity Show,” is used with the permission of Warner Chappell.
Une séance de thérapie fait resurgir des souvenirs de cinq lieux et époques différents ; ainsi des expériences traumatisantes resurgissent sous forme d’images expressives et suggestives. Cependant, peu à peu, le chaos s’apaise alors de nouveaux horizons et de nouvelles perspectives s’ouvrent, aidant à parler du passé douloureux. S’y exprime une perte mais paradoxalement en poussant à trouver force et espoir.
Therapy session opens memories from five different places and times. Traumatic experiences come back in expressive and suggestive images. Slowly, chaos becomes calmer and changes into peace. It shows new horizons and perspectives which is helpful to talk about the painful past. The film is a story about loss thanks to which is opportunity to find power and hope.
Création vidéo assistée par ordinateur. Ces courtes vidéos sont des éléments d’une démarche qui procède d’une réflexion sur l’articulation entre dessin et écriture automatique, et image (fixe ou animée) obtenue par l’Intelligence Artificielle générative. Dans ce cadre-là, les images proviennent dans un premier temps d’une analyse par un logiciel approprié de dessins automatiques qui sert de prompt à partir duquel sont générée les images dans un rapport dialogique permanent entre l’auteur, qui décide du Final Cut et l’IA. Plus globalement, le propos consiste à interroger l’IA générative comme outil au service de la création artistique.
Malgré ma profonde admiration pour Jeanne d’Arc, je n’ai jamais eu l’intention de retracer son histoire, de louer son courage ni de parler de son héroïsme. Je voulais la dépouiller de tout artifice, ne laissant derrière moi qu’une figure vide et impuissante, errant dans un vent froid et indifférent.
L’Exécution de Jeanne dans les Terres du Sud n’est pas un film sur le passé ; c’est un film sur le vide – un silence abyssal où aucun miracle ne se produit et où aucune prophétie n’ose espérer l’avenir.
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Despite my deep admiration for Joan of Arc, I never intended to retell her story, to praise her courage, or to speak of her heroism. I wanted to strip everything away from her tale, leaving behind only an empty, powerless figure, wandering in the cold, indifferent wind.
The Execution of Joan in the Southern Lands is not a film about the past; it is about a void — a hollow silence in which no miracle occurs, and no prophecy dares to await the future.
TIRESIAS est une méditation sur la cécité – à la fois organique et spirituelle comme manque de prévoyance – remettant en question la boucle de récurrence et de prévisibilité récursive de l’IA.
Dans la mythologie grecque, Tirésias était un oracle aveugle, dont la clairvoyance et les prophéties s’étendaient sur sept générations. Il était à la fois homme et femme, ce pourquoi les textes le caractérisent comme un être liminal, médiateur de « l’entre-deux » : l’humanité et les dieux, l’aveuglement et la vue, le présent et l’avenir, ce monde et les Enfers.
Le film créé avec TouchDesigner, GAN et Processing, imagine un monologue intérieur de Tirésias, qui ne peut même plus voir dans l’obscurité, car même elle a disparu et est remplacée par la récursivité, l’auto-réplication et une boucle de rétroaction infinie d’images en miroir. La cécité n’est, dès lors, plus l’incapacité de voir, mais l’état de submersion sous des reflets infinis ; non pas l’absence de vue, mais sa saturation. L’œuvre réfléchit sur la visibilité et l’invisibilité. La cécité est désormais produite par l’hypervisibilité. Sous le regard algorithmique, l’œil ne peut se reposer. Chaque geste est cartographié, chaque trace enregistrée, chaque possibilité réduite à des données. La lumière excessive aveugle. Être vu par la machine, c’est être surexposé, hypervisible, piégé dans des schémas sans fin. Pourtant, ce qui importe le plus – l’imprévisible, l’incertain, le pas encore imaginé – reste invisible. La cécité s’avère une forme de résistance, un refus de la logique algorithmique. À la fin, on ne sait pas si la voix appartient à Tirésias ou à une IA. La vision s’effondre sous l’abondance ; ce n’est qu’en retrouvant l’invisibilité et l’incertitude que l’imagination, la prophétie et l’avenir peuvent perdurer.
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TIRESIAS is a meditation on blindness—both spiritual blindness and blindness as lack of foresight—questioning the looping mirroring of AI recurrent and recursive predictability.
In Greek mythology, Tiresias was the blind prophet, known for clairvoyance and prophecies that spanned seven generations. Tiresias lived as both man and a woman and throughout literature are presented as a liminal being, mediating the “in between”: humankind and the gods, blind and seeing, present and future, this world and the Underworld.
The video, created using TouchDesigner, GAN, and Processing, imagines an inner monologue of Tiresias, who can no longer see in the dark, for even the dark has vanished—replaced by recursion, self-replication, and an infinite feedback loop of mirrored images. Here blindness is no longer the condition of not seeing, but of being overwhelmed by infinite reflection. It is not absence of sight but its saturation. Blindness is produced by hypervisibility. Under algorithmic vision, the eye cannot rest. Every gesture is mapped, every trace recorded, every possibility reduced to data. Excessive light blinds.
The work reflects on visibility and invisibility. To be seen by the machine is to be overexposed, hyper-visible, trapped in endless patterns. Yet what matters most—the unpredictable, the uncertain, the not-yet-imagined—remains invisible. Blindness here becomes resistance, a refusal of algorithmic logic. At the end, it is unclear if the voice belongs to Tiresias or an AI. Vision collapses into abundance; only by reclaiming invisibility and uncertainty can imagination, prophecy and future endure.
Les mouvements et les sensations de Silvia reprennent après qu’elle ait été touchée par Massimo sur la tête. Novi Sad Amorous Screams + Dreams a été réalisé en une improvisation et une seule prise, à Novi Sad le 7 mars 2025. Le toucher de Massimo est censé influencer les pensées et les gestes de Silvia : le lien entre le toucher corporel et les sentiments invisibles exprimés par des gestes visibles est imprévisible.
Le film a été retenu pour l’exposition organisée par Marek Rogulski, Ni-Hi-Hilizm, ICS Instytut Cybernetyki Sztuki Galeria Spiż 7 de Gdansk, en mai 2025.
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Silvia’s moves and feelings restart after being touched by Massimo on her head. This video figment is a one shot impro experiment made in Novi Sad on March 7 2025. Massimo’s touch is meant to influence Silvia’s thoughts + gestures: the link between the material touch and the invisible feelings expressed by visible gestures is unpredictable.
This video has been featured in Ni-Hi-Hilizm exhibition, ICS Instytut Cybernetyki Sztuki Galeria Spiż 7, Gdansk, curated by Marek Rogulski (May 2025).
The Sun Through Trees s’écrit avec des fragments empruntés au téléphone portable de l’artiste et filmés à Minsk, par lui-même en 2020 lors de la Marche pour Les Libertés du 16 août ainsi que lors d’un voyage de groupe avec d’autres artistes à la ferme Kaptaruny, à l’occasion d’une séance de peinture en plein air à l’automne 2020. En outre, l’artiste a retenu des bribes de vidéos sans relation, ainsi que des plans pris par inadvertance lorsqu’elle avait oublié d’éteindre son téléphone. Le film est, par ailleurs, projeté sur l’écran cassé de son téléphone portable. Le film fait référence aux événements survenus en Biélorussie, aux manifestations de protestation et aux arrestations, comme autant d’indices de la vision personnelle de Zhanna Gladko sur ces événements.
Je suis un homme trans. Cet autoportrait est une objection visuelle réagissant aux discours transphobes des TERFs. Je me déshabille dans un plan séquence au fur et à mesure que le discours des TERFs étale sa haine. Elles parlent d’opérations irréversibles. Moi je suis ravi de mes cicatrices. Mon corps est légitime. J’existe. Je les emmerde.
Après la 100e prise de ‘Testo du jeudi‘ (en anglais TTT), les références trilingues comme l’alphabet romain et coréen (Hangeul) et l’alphabet syllabique japonais (Katana) du mot TRANS sur un sketch de Kě.
After 100th The Thursday Testo, the tri-linguistical references such as the Roman and Korean (Hangeul)alphabets and the Japanese syllabic (Katana) alphabet.
J’ai rêvé de toi l’autre soir, tu étais là, tu m’observais sur un lit. À mon réveil, tu avais disparu. Les choses changent.
Tourné en Super 16mm et en caméra thermique et alternant entre les deux, Quelque chose s’est passé questionne à travers des paysages extérieurs comme intérieurs le retour à l’éveil après le rêve, la constatation d’une disparition et le silence qu’il engendre. Il ne reste plus qu’à voir et écouter ce qui nous entoure.
Dans mes propres archives, j’ai sélectionné un fragment de Dérive réalisée en 2015 : déambulation par une journée glaciale sur le Lac Champlain aux États-Unis. J’y ai intégré des éléments récents pour construire une histoire de voyage vers un monde onirique, monde d’ombres, monde de transformation.
Fantôme – et si c’était vrai se construit de ces documents d’archives et d’éléments récents pour faire ce voyage en temps réel mais aussi au temps passé, le film partant à la rencontre d’une femme au visage énigmatique, empruntée à la peinture de Petrus Christus et avec laquelle je trouve une filiation, malgré l’espace-temps qui nous sépare. Par ailleurs, le noir et blanc et le type d’images provoquent différentes couches de sens et une aura mystérieuse.
Je monte un escalier. En haut, je trouve une histoire.
Une petite fille d’une autre époque, dans une maison abandonnée, dans un lac disparu, dans un trou de mémoire.
Je fais partie de cette histoire, fantôme hésitant, perdu dans son propre imaginaire.
Je circule à pas de loup, tentant de localiser un souvenir évanescent. Mais ce souvenir en est-il vraiment un, ou m’est-il imposé par la redoutable vraisemblance de ce qu’on imagine, à toute heure du jour et de la nuit?
Notre imaginaire nous appartient-il ou bien est-ce nous qui lui appartenons?
I climb a staircase. At the top, I find a story.
A little girl from another era, in an abandoned house, on a vanished lake, in a hole of memory.
I am part of this story — a hesitant ghost, lost in her own imagination.
I move softly, trying to trace a fading memory.
But is it really a memory… or is it being imposed on me by the haunting believability of what we imagine, at all hours of the day and night?
Do we own our imagination, or does it own us?
Une IA tente de se constituer une mémoire en puisant dans les images et souvenirs d’anonymes. Des images d’anniversaires, de naissances, de vacances… Des images qu’en somme, tout un chacun possède et qui nous définissent comme être humain. En s’appropriant ces images, l’IA (« Je ») tente de trouver sa propre humanité. Mais ces images si communes et universelles soient-elles; reflètent-elles vraiment la vérité ?
De l’autre côté, super 8 sonorisé, s’inspire de film d’archives familiales et des classiques du ciné concert, Alice de l’autre côté. C’est une échappée musicale dans l’imaginaire d’un père et de sa fille qui mène à suivre l’enfant de 6 ans dans le jeu de sa vie sur son chemin pour devenir reine.
Et les êtres qu’ils rencontrent évoluent – logiquement pour qui se souvient de la source littéraire – sur un jeu d’échecs – et se pose la question de qui est en train de rêver…
Est-ce Alice qui découvre la lecture?
Est-ce son père qui la filme?
Est-ce son grand-père auquel Alice lit une histoire de Lewis Carroll?
L’histoire d’une jeune fille qui, voulant échapper à sa propre peur, se retrouve piégée avec elle dans une petite cabane au fond des bois. Enfermée entre quatre murs, sans issue, elle doit lutter contre la faim, le froid et la terreur de ce qui, jadis, voulait lui faire du mal… et qui gît désormais mort à ses côtés.
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A story about a girl who wanted to escape her own fear, but accidentally traps herself together with it in a small cabin in the woods. Locked inside four walls, with no way out, she has to deal with hunger, cold and the fear of something that once wanted to hurt her… but now lies dead beside her.
Ossature (2), de cette performance entamée en août 2017 à Lisbonne et s’achevant en 2018, le film garde la simplicité et le dénuement au cœur d’une série de manipulations qui se déploient dans un grand ralenti.
Un gros bonhomme blanchâtre, constitué de plusieurs tissus vaporeux et de papiers, gît sur une table. En short et camisole blanche, comme prête à soulever des altères, je manie, modèle et palpe la matière afin de me fondre en elle et être son double.
Plans rapprochés sur deux bouches voilées performant en lipsync un duo d’opéra sur un air absent auquel se substitue une trame sonore artificielle et détonante. Celle-ci suggère un hors-champ ancré dans la matérialité d’actions et de manipulations anodines. Cette rencontre incongrue vise à découvrir le corps dans son étrangeté, à travers ce qui excède et déborde d’une image convenue, lorsqu’une voix dissonante y résonne en écho.
Combinant différentes sources d’images avec des matériaux divers, un télescope en carton, un jeu de pliage d’enfant et des animations image par image, le film explore le cheminement étrange de se « définir » comme une personne, quand on ne sait pas vraiment ce que cela signifie.
https://www.givideo.org/collections/vendors?q=Marie%20Dauvern%C3%A9
Pic Pic révèle de manière métaphorique et conceptuelle une dimension érotique et exaltante du toucher. Le rapport haptique à l’écran d’épingles dévoile des formes et un langage primitif qui évoquent un rapport sensuel au dispositif.
La nature de nos outils est-elle également façonnée par la façon dont nous les utilisons?
Pellicule Super 8 développée à la main avec du caffenol afin d’adoucir les contours de l’environnement et de l’artiste en interaction avec celui-ci et ses outils ; microphones et haut-parleurs pris comme des instruments de musique pour la création sonore.
Un geste physique dans des espaces abandonnés rappelle des passés traumatiques.
Lacune : 1. un espace vide ou une pièce manquante; un interstice; une absence.
2. une discontinuité dans une structure anatomique.
Différentes textures de chagrin et d’acceptation émergent et l’œil de la caméra devient une lentille tournée vers l’intérieur. L’espace est habité par la mémoire; la mémoire devient un geste qui cherche le passé. Lacune en méditation poétique, navigue dans un paysage d’absence, de mémoire et de transformation par l’image et le son.
De l’espace rythmique de To The Nightingales, collage filmique, émerge une poétique audiovisuelle. Passant au crible des pellicules trouvées d’un ancien film coloré à la main, le film transporte dans un autre royaume, absorbé dans l’obscurité et lavé dans la lumière. Les sons superposés et les images texturées s’avèrent une sorte de rumination désinvolte sur les matériaux de l’artiste, sur la naissance et la mort, sur l’attention, la construction et la tension – une liste abstraite de ces choses que l’on ne peut obtenir.
Des bouts en super 8 mm et 16 mm et des cartouches périmées trouvées et tournées au Québec portent le reflet sur des mots écrits à Beyrouth pour créer une carte postale
mélancolique entre les deux mondes.
Lessons on Flight tourné en pellicule 16 mm N&B a été éco-développé avec des olives et coloré à la main sur place dans la campagne chilienne. Le film scrute les schémas de vol du colibri chilien, ainsi est-il un exercice de développement écologique sur site, dont le lieu même de tournage a également fourni les matériaux nécessaires pour le développement. Le film a été tourné dans la campagne chilienne, dans la maison d’enfance du père de la cinéaste, et a été développé avec des olives fraîchement cueillies dans le jardin.
Le film de found footage OVERWORK propose une réinterprétation personnelle d’un ensemble d’anciens films pédagogiques en 16 mm produits par l’Agence allemande pour l’emploi. Des années 1970 aux années 1990, l’Agence pour l’emploi de l’Allemagne de l’Ouest a réalisé de nombreux courts métrages éducatifs. Chacun de ces films documente avec une grande précision un métier spécifique de l’époque : opérateur de machines textiles, technicien forestier, technicien en exploitation hospitalière, assistant en audiométrie, ingénieur de précision, modeleur en céramique…
La représentation du travail dans les images originales est cohérente et directe. La voix off s’accorde parfaitement avec l’image : ce que l’on entend correspond exactement à ce qui est montré à l’écran.
En s’écartant de ces stratégies filmiques univoques, OVERWORK amplifie les gestes répétitifs afin de faire émerger des dimensions sous-jacentes du travail, où l’ennui et la violence sont en tension permanente, jusqu’à l’épuisement.
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The found-footage OVERWORK offers a personal reinterpretation of a collection of old instructional 16mm films from the German Employment Agency.
From the 1970s to the 1990s, the Employment Agency of Western Germany produced numerous educational short films in 16mm format. In great detail, each of these films documents a specific profession of that time: textile machine operator, forest technician, hospital operations technician, audiometry assistant, precision engineer, ceramic model maker…
The representation of work in the original footage is coherent and straightforward. The voice-over perfectly aligns with the image—what you hear is what is shown on screen. Departing from these unambiguous filmic strategies, OVERWORK amplifies repetitive gestures to bring to the surface underlying dimensions of work, where boredom and violence are in constant tension to the point of exhaustion.
La culture des épines nécessite plusieurs étapes : mise en terre, pluie, patience et récolte.
L’Homme-Chapeau sème le fruit de sa cueillette sous les semelles des passants.
Un jour, un orage éclate et sème la pagaille dans son orchestration millimétrée.
J’ai longtemps eu une manière particulière de communiquer mes émotions et de prendre place dans un cercle social. Je ressentais un décalage qui me faisait me sentir mal à l’aise. Sans en avoir conscience, je dévalorisais ceux qui m’entouraient. Chez moi, cela passait par des sarcasmes, de l’ironie, des petits “piques” que je lançais aux autres. Je partageais mon malaise, tout en répondant à un besoin d’extérioriser mes émotions. D’une certaine manière, je me soulageais. Le temps, la communication avec mes proches et les répercussions de ce mode de communication m’ont fait réaliser qu’il avait un impact émotionnel sur les autres.
Cette prise de conscience m’a fait grandir et m’a permis de mieux me comprendre ainsi que ceux qui m’entouraient. Ce sentiment de décalage, dont j’ai conservé des traces, m’a toujours poussée à observer les différents modes de communication autour de moi.
Dans cette réflexion est né l’Homme-Chapeau, un personnage dont l’univers et le mode de vie sont adaptés à sa composition physique singulière : il ne voit et entend qu’à travers le prisme de son chapeau. Son champ de vision est réduit, mais ses autres sens tels que l’ouïe, le toucher sont accrus. Il vit la réalité confortablement dans son chapeau, comme dans une bulle. Comme il ne voit que les pieds des passants, L’Homme-Chapeau communique avec eux en semant des épines sous leurs semelles. Dans sa réalité, il s’agit d’un moyen d’interaction, il n’a pas les codes sociaux et ne réalise pas que les épines sont piquantes.
Pour tenter de comprendre l’Homme-Chapeau, je nous place au plus près de son point de vue, tout au long du film. J’ai envie que le spectateur expérimente intimement le rapport au monde et la différence de l’Homme-Chapeau. À la fin du film, nous prenons conscience en même temps que le personnage de son humanité et de celle des autres. L’Homme-Chapeau grandit littéralement, il se métamorphose et voit le monde différemment. Les épines se révèlent être des petits instruments qui émettent des notes agréables.
En les faisant tinter, les passants et l’Homme-Chapeau créent une musique ensemble. Il m’importe ici que l’Homme-Chapeau ne change pas radicalement. Il adapte sa manière d’interagir aux personnes qui l’entourent et à leur sensibilité, tout en restant fidèle à lui-même et sa propre singularité, à travers l’utilisation de ses épines. À travers la prise de conscience de l’Homme-Chapeau et
l’ambivalence des épines, je m’amuse à changer de perspective. Je joue avec la manière dont on perçoit les gens et les choses.
Je ne cherche pas à être moralisatrice mais plutôt à inviter le spectateur à partager l’onirisme de l’Homme-Chapeau, comme une expérience sensitive. Faire réfléchir avec comédie et poésie.
— Jeanne Girard
Une caméra déambule dans une habitation surchargée d’éléments visuels mais dépourvue de toute présence humaine, si ce ne sont les traces d’un·e habitant·e potentiel·le. L’environnement, réalisé en modélisation 3D et simulé par un ordinateur, peine à s’afficher convenablement. Des zones de flou, résultant de l’interprétation de la machine, surchargent l’espace, le rendant difficile à percevoir, voire le faisant disparaître. Cette habitation, qui s’apparente à l’architecture de grange, peine à exister pleinement : elle n’est que le fruit d’une création numérique dotée de la fragilité d’une image surgie de nulle part.
Après quelques semaines d’évacuation, j’ai reproduit mon appartement que j’ai dû laisser, à Vinnytsia, en Ukraine, le 24 février. La fragilité de la situation actuelle est reproduite avec un verre numérique. Le vase est une métaphore de l’installation, de la décoration intérieure et de la volonté de rester. Trop grand et trop fragile pour tenir dans un sac à dos d’urgence, il reste abandonné et perdu, passant d’objet physique à objet de mémoire. Glass House est un voyage à travers des objets de mémoire liés à la maison – archétypes de la maison, de l’arbre, du chemin, de la décoration intérieure – et une navigation et une errance dans un paysage virtuel métaphysique où se rencontre une altérité étrange, que l’on observe en tant que spectateur, en tant qu’archéologue du futur.
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After a couple of weeks of evacuation I reproduced my apartment left in Vinnytsia, Ukraine on February 24th. Fragility of current state reproduced with a digital glass. Vase is a metaphor of settlement, home decoration, and a willingness to stay. Too big and too fragile to fit an emergency backpack it stays abandoned and lost, transforming from Physical object to Memory object. “Glass House” is a trip around memory objects connected with home (archetypes of home, tree, way, home decoration) and navigating and wandering inside the metaphysical virtual landscape where you can meet weird and alien otherness, which you observe as a spectator, as an archeologist in the future.
L’œuvre se compose d’une série de fragments vidéo issus d’archives personnelles constituées au fil des années. Chaque fragment a été altéré, dans le but de créer des compositions fondées sur l’erreur et une forte charge visuelle, d’une beauté frôlant l’abstraction. L’œuvre, empreinte d’une grande poésie, révèle les possibilités infinies inhérentes au paysage contemporain.
La vidéo explore la notion de paysage urbain. Conceptuellement, elle envisage le paysage comme une structure formelle, une surface d’abstraction narrative ou un champ de recherche socioculturelle. Le paysage a été transformé pour créer de nouveaux espaces d’une grande intensité visuelle, offrant une vision différente, plus personnelle, des lieux et de la société qui les habite.
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The work consists of a series of video fragments from a personal archive that I have been generating over several years. Each fragment has been glitched, with the intention of generating compositions based on error and a strong pictorial charge, with a beauty that borders on abstraction. The work, with a strong poetic charge, shows the infinite possibilities inherent in the contemporary landscape.
The video focuses on the idea of the urban landscape. Conceptually, it proposes the idea of landscape as a formal structure, a surface of narrative abstraction, or a field of sociocultural research. The landscape has been intervened to create new spaces of great visual intensity, presenting another, more personal vision of the places and the society that inhabits them.
I live in Saarland, Germany. The place is surrounded by forests and I find it very beautiful and exotic. Almost like a Bob Ross painting. But while hiking I came across a bunker and realized that there were beasts lurking behind the happy trees. A short essay film about war and forest.
Je vis dans la Sarre, en Allemagne, dans un lieu entouré de forêts, ce que je trouve très beau et même très exotique. Presque comme une peinture de Bob Ross. Cependant, lors d’une randonnée, je suis tombé sur un bunker et me suis rendu compte que des bêtes m’épiaient derrière les joyeux arbres. Un bref essai sur la guerre et la forêt.
Une collision de formes et de sens génère des aberrations et des distorsions proches du rêve hallucinatoire. S’y découvre un Paris – la ville où je suis née – transfiguré par le pays d’origine de mes parents, une Pologne fantasmée et colorée où s’invitent des animaux typiques des motifs folkloriques polonais ou encore les chevaux et les carrosses de la place de Cracovie.
Comme beaucoup d’enfants d’immigrés, mon rapport à la culture de mes parents comme à leur langue passait essentiellement par eux, sans autre filtre, malgré des visites régulières « au pays ». La Pologne qu’ils me transmettaient n’était déjà plus pour ainsi dire « réelle », elle devenait un autre espace, une « hybridation » rendue tangible par la forme et la technique collage.
Cette courte animation approche les traumas, les effets du choc post-traumatique – TSPT. Elle répond à une fusillade, cela aurait pu être le viol, les oppressions. L’important est de continuer à vivre.
Un jour j’ai été dans une fusillade
Mon cerveau a pété un câble
Depuis j’apprends à vivre avec.
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This is a short animation on trauma and the effects of post-traumatic stress disorder (PTSD.) In this case, it concerns a shooting, but for others it may be sexual assault or oppression. The important thing is to continue living.
One day I was in a shooting
My brain went crazy
Since then, I’ve learned to live with it.
À travers la voix collective de ses ancêtres, Simone Harris, de la septième génération marron en Jamaïque, devient Queen Nanny. Remuant cet héritage, elle rappelle par des implorations magiques les prouesses spirituelles de ce peuple qui a su résister à l’oppression coloniale patriarcale en déployant des techniques de guérilla et de camouflage où se mêlent des rites, des chants et des recettes médicinales.
TVpaint et dessin sur papier 2D
Avec la trame sonore intense et obsessive de Radwan Ghazi Moumneh, La dureté du mental compose une odyssée spatio-sportive en CinémaScope 35 mm.
Transformant des films soviétiques de lutte et de saut à la perche olympiques des années 1980 en images expressives et picturales, le film s’avère un manifeste du cinéma argentique sous toutes ses formes, de la projection en direct à un travail alchimique.
La dureté du mental s’avère une élégie cinématographique du geste performatif, un décathlon du praticien sur pellicule.
Il a été commandé par la Cinémathèque québécoise.
Que ressent-on lorsqu’on perd sa mère à cause du régime de quarantaine intrusif imposé par un État en pleine pandémie mondiale ? Dans Chrysanthemum, Luo Jingyuan aborde le cas d’une Chinoise qui s’est suicidée en sautant du haut d’un immeuble, qui vit et revit le traumatisme d’une mort rendue invisible par l’État qui en est responsable. À l’image de la fleur éponyme du deuil, sa contemplation est belle dans sa tristesse déchirante. En renvoyant le regard vers le spectateur, le film pose la question de savoir comment aborder la réalité de cette tragédie après qu’elle ait été éclipsée par le tumulte de la propagande et le silence de la censure.
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What does it feel like to lose one’s mother to the intrusive quarantine regime of a state amidst a global pandemic? In Chrysanthemum, Luo Jingyuan approaches the case of a Chinese « suicide jumper », living and reliving the trauma of a death made invisible by the state that had caused it. Like the eponymous flower of mourning, her contemplation is beautiful in its harrowing sadness. Returning the gaze to the viewer, the film asks how to relate to the reality of this tragedy after it has been eclipsed by the clamour of propaganda and the silence of censorship.
Je m’efforce de capturer la beauté schizophrénique de l’existence humaine, dont la réalité est faite de paradoxes, tandis que la rationalité n’est qu’une anomalie subjective à la limite de la conscience. La beauté de la connaissance dans l’ignorance et de l’impuissance ultime, qui convergent en un seul moment éternel.
Base du film, il n’y a qu’une seule question : comment ? Captivé par la mécanique pure des principes cycliques dont nous sommes faits, sans avoir besoin de chercher des réponses personnelles, Howne s’intéresse pas au Qui ou au Pourquoi. Il s’interroge simplement, inspiré par la question elle-même. La pensée rationnelle qui est à la base de notre civilisation est l’histoire de l’acier et de la guerre, reconstituée à partir de nos victoires et des défaites d’autrui, jouée sans cesse dans des milliers de variantes qui se présentent comme de nouveaux conflits. Apparemment contradictoires, la poésie et l’art offrent la seule bouée de sauvetage à l’esprit humain.
La technique du dessin sur papier, en effaçant et en retirant la poudre de pastel du papier. Ouvrir le processus créatif au hasard, m’empêchant d’atteindre un contrôle total, impacté par les « erreurs » nées des matériaux naturels. Dans mon travail, j’évite de donner des conclusions claires.
Artistic intent:
In this film I strive to capture the schizophrenic beauty of human existence, whose reality is made up of paradoxes, while rationality is merely a subjective anomaly at the edge of consciousness. The beauty of knowledge in ignorance and of ultimate helplessness, as they converge in a single eternal moment. At the basis of the film is only one question – How? Captivated by the pure mechanics of the cyclical principles from which we are made, without the need to seek personal answers, How is not interested in Who or Why. It simply wonders, inspired by the question itself. Rational thought that is the basis of our civilization is the history of steel and war, patched together from our victories and other people’s defeats, repeatedly played out in thousands of variants that are presented as new conflicts. Seemingly contradictory, poetry and art offer the only lifeline to the human mind. The film was made using the technique of drawing on paper, by erasing and removing pastel powder from the paper. This approach allowed me to open the creative process to chance, preventing me from achieving complete control, impacted by the « errors“ born from natural materials. In my work, I avoid providing clear conclusions. I want to place the viewer in the role of the one who wonders, inquires and who opens themselves to an answer – which the film never offers, but the viewer may arrive at for themselves.
En 2012, Mohamed voit son meilleur ami abattu par une milice armée aux abords de Damas, Syrie. Le sang se répand dans l’eau du lac et contamine la mémoire. Dix ans plus tard, les reflets des Laurentides rappellent le traumatisme de Mohamed, maintenant réfugié au Québec.
Tourné en 16mm noir et blanc, le film joue sur la porosité entre la surface de l’eau et celle de la pellicule, où chaque image semble porter la trace d’un passé indélébile. La surexposition, presque tactile, transmet le traumatisme de Mohamed comme une expérience haptique, envahissant le spectateur. Face à l’impossibilité de dire, le film se fait espace mémoriel tremblant, où chaque plan vacille entre souvenir et oubli.
Une poignante tapisserie de chagrin se tisse à mesure que se dévoile le meurtre brutal du poète iranien Hamid Hajizadeh et de son jeune fils Karun. Le film reconstitue cette journée tragique à travers des entretiens avec la famille réalisés après le meurtre. Les fissures dans les murs de la maison familiale rappellent les souvenirs refoulés et créent un lien avec les fissures dans la terre, qui reflètent le fleuve Karun partiellement asséché.
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A poignant tapestry of grief is woven by unravelling the brutal murder of Iranian poet Hamid Hajizadeh and his young son Karun. The film reconstructs this tragic day through interviews with the family made after the murder. The cracks in the walls of the family house are a reminder of the repressed memories and create a link to the cracks in the earth, which reflect the partially dried-up Karun River.
Ce film poursuit l’histoire du Petit Prince. On y suit le vieux prince et le petit prince dans leur voyage, à la veille de la disparition de l’humanité. Ils rencontrent différentes personnes et, confrontés à l’inéluctabilité de la fin des temps, chacun réfléchit à ses erreurs, renonce à ses désirs et présente ses sincères excuses au monde, comme si, la prochaine fois, les choses seraient différentes.
Il s’agit d’une fable sur les hormones androgènes. Les hommes sont habitués à s’excuser, mais, du fait de leurs limites, ils ont tendance à répéter les mêmes erreurs. À la suite d’une révélation décisive, lorsque des circonstances périlleuses surviennent, les individus sont contraints de reconnaître leurs erreurs et de présenter des excuses sincères. Cependant, il n’est pas certain que cette sincérité perdure.
L’œuvre adopte une approche d’installation pour le montage du film, en mettant l’accent sur l’interaction dynamique entre le contexte matériel et spatial. Le film présente de nombreux artefacts. Les personnages sont représentés comme des accessoires. Symboliques et interprétés dans un style minimaliste, ils offrent une expérience visuelle unique. Peut-être perçue comme une installation.
Elle découle de ma perplexité face à la situation actuelle de l’humanité. Après la Seconde Guerre mondiale, il semblait que l’humanité ait entrepris une profonde introspection et trouvé une voie à suivre. Pourtant, au cours de la dernière décennie, les erreurs du passé semblent avoir été oubliées, et nous semblons à nouveau pris au piège des mêmes cycles.
Je considère la société humaine comme une « condition masculine », façonnée par la testostérone, qui stimule le désir de puissance, de domination et de transformation des autres. Une véritable réflexion n’émerge qu’après un échec catastrophique. Mais cette réflexion est de courte durée, rapidement effacée par les mêmes pulsions qui ont causé les dégâts initiaux.
Le titre fait référence à la « période réfractaire », un moment de faiblesse et de récupération après un point culminant, symbolisant une période où la civilisation humaine semble temporairement adoucie et introspective. Le vieux prince est comme un sauveur dans un jeu : il cherche constamment une voie à suivre pour l’humanité, mais il est condamné à échouer à chaque fois et contraint de recommencer. Après ce dernier échec, tout le monde semble apaiser ses désirs, comme pour se préparer à quelque chose de mieux la prochaine fois. Mais les choses seront-elles vraiment différentes ?
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This short film continues the story The Little Prince. The story follows the old prince and the little prince as they head out on a journey on the eve of mankind’s farewell to the world. They meet different people, faced with the fact that mankind has to go, everyone reflects on their own mistakes, letting go of desires and sincerely apologizing to the world as if next time things will be different.
This is a fable about androgenic hormones. Men are very used to being apologetic, but due to their limitations, tend to repeat the same mistakes. Following a climactic revelation, when perilous circumstances arise, individuals are compelled to acknowledge their missteps and offer genuine apologies. However, it remains uncertain whether such sincerity will persist.
The work employs an installation-based approach to assembling film, with a particular focus on the dynamic interplay between material and spatial context. The film features numerous artifacts. The characters are portrayed as props within the film. The characters are symbolic and were performed in a minimalist style. This results in a visual experience of film that can be perceived as an installation.
It stems from my confusion about the current predicament of humanity. After World War II, it seemed as though mankind had undergone deep reflection and found a path forward. Yet in the past decade, past mistakes appear to have been forgotten, and we seem to be trapped in the same cycles once again.
I see human society as a “male condition”—one shaped by testosterone, which drives the desire for strength, dominance, and the transformation of others. Genuine reflection only emerges after catastrophic failure. But such reflection is short-lived, soon overwritten by the same impulses that caused the damage in the first place.
The title refers to the “refractory period”—a moment of weakness and recovery after a climax—symbolizing a time when human civilization seems temporarily softened and introspective. The Old Prince is like a savior figure in a game—constantly seeking a path forward for humanity, yet doomed to fail each time and forced to start over again. After this latest failure, everyone appears to be quieting their desires, as if preparing for something better next time. But will it really be any different?
Dans ce court métrage fantastique et horrifique inspiré du récit d’Arthur Gordon Pym de Nantucket, un narrateur (dans une langue inconnue) décrit un voyageur solitaire qui s’aventure dans un royaume ancien et oublié où la réalité se dissout dans l’inconnu. Dans un vaste temple en ruines, des colonnes imposantes se tordent tels des serpents figés, et d’inquiétants hiéroglyphes se transforment au-delà de toute compréhension. Paralysé, l’homme voit de pâles tentacules ondulantes descendre d’un vide aveuglant, leurs mouvements lents et délibérés ressentant sa présence. À mesure que la lumière s’intensifie, les vrilles l’enveloppent, l’entraînant dans la blancheur, dans quelque chose au-delà du temps, au-delà de l’existence. Une méditation onirique sur le destin, la transformation et les mystères qui se trouvent juste au-delà de la perception humaine.
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In this horror fairy tale short film, inspired by The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, a storyteller (in unknown language) describes a lone traveler ventures into an ancient, forgotten realm where reality dissolves into the unknown. Within a vast, crumbling temple, towering columns writhe like frozen serpents, and eerie hieroglyphs shift beyond comprehension. Paralyzed, the traveler watches as pale, slithering tentacles descend from a blinding void above, their slow, deliberate movements sensing his presence. As the light intensifies, the tendrils envelop him, drawing him into the whiteness—into something beyond time, beyond existence. A dreamlike meditation on fate, transformation, and the mysteries that lie just beyond human perception.
Cette courte œuvre vidéo réinvente le tableau du XVe siècle intitulé Saint Elizabeth’s Day Flood[i] (L’inondation du jour de la Sainte-Élisabeth), à la fois comme traumatisme historique et présage contemporain. Combinant des images générées par l’IA inspirées du tableau et des séquences vidéo modernes, le film efface les frontières temporelles : des églises gothiques côtoient des tours de verre, des villageois rament à côté d’androïdes, et des eaux boueuses déferlent à la fois sur des villes anciennes et des horizons contemporains.
À travers des oppositions saisissantes, Echoed in Water réfléchit à la violence répétée des catastrophes climatiques provoquées par l’homme. La fusion des époques suggère non seulement la continuité de la vulnérabilité environnementale, mais aussi la manière dont les progrès technologiques ont non seulement échoué à nous protéger contre la colère de la nature, mais ont également contribué à l’aggraver. Le passé médiéval, autrefois considéré comme lointain et sans rapport avec nos vies, devient le miroir de nos angoisses actuelles, d’autant plus que la montée des eaux, la destruction des infrastructures et les bouleversements écologiques font désormais partie de notre quotidien.
Cette œuvre offre une réflexion visuelle sur la fragilité, la mémoire et le mythe du progrès. Elle n’est pas seulement une éloge funèbre pour les victimes de la noyade, mais aussi un avertissement : l’histoire, comme l’eau, finit toujours par revenir.
Les deux panneaux représentant l’inondation de la Saint-Élisabeth illustrent la catastrophe du 19 novembre 1421 (jour de la fête de Sainte-Élisabeth). Le panneau de droite, plus complexe, présente un langage visuel unique, caractérisé par des perspectives et des proportions déformées. Il représente plusieurs histoires simultanément, qui construisent le récit global de l’événement. Ces caractéristiques intrigantes servent de modèle et de point de départ à une enquête visant à traduire et à transformer le tableau en un scénario qui anime une image des catastrophes écologiques passées et présentes.
[i] L’inondation de la Saint-Élisabeth, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, vers 1490 – vers 1495.
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This short video art piece reimagines the 15th-century painting, Saint Elizabeth’s Day Flood[i], —as both historical trauma and contemporary omen. Combining AI-generated shots inspired by the painting with modern video footage, the film collapses time: Gothic churches stand beside glass towers, villagers row past androids, and muddy floodwaters surge through both ancient towns and contemporary skylines.
Through haunting juxtapositions, Echoed in Water reflects on the repeated violence of human-induced climate disasters. The merging of eras suggests not only the continuity of environmental vulnerability but also how technological advancement has not only failed to safeguard against nature’s wrath but also contributed to it. The medieval past, once seen as distant and irrelevant to our lives, becomes a mirror for our present anxieties—especially as rising seas, broken infrastructures, and ecological displacement become daily realities.
The work offers a visual meditation on fragility, memory, and the myth of progress. It is not only an elegy for the drowned but also a warning: history, like water, finds its way back.
The Saint Elizabeth’s Day Flood two panels depict the flood on November 19th 1421 (the feast day of Saint Elizabeth). The right panel, which is more complex, has a unique visual language of distorted perspectives and proportions. It depicts multiple stories simultaneously, which construct the overall narrative of the event. These intriguing features serve as a template and starting point for an investigation aiming to translate and transform the painting into a storyboard that animates a picture of past and present ecological catastrophes.
[i] The Saint Elizabeth’s Day Flood, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, c. 1490 – c. 1495.
On se sent chez soi là où les arbres sont précieux. Pour certains, ces arbres sont de vieux amis quand d’autres sont prêts à les brûler pour conquérir la terre sur laquelle ils poussent.
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Home is where trees are dear. For someone these trees are ancient friends / and others are willing to burn them just to conquer the land they are growing on.
Une minuscule silhouette se balance à très grande vitesse sur une balançoire extrêmement haute.
L’espace autour d’elle est vaste et vide, rien d’autre qu’elle sur la balançoire n’est visible. Sa silhouette, dont les longs cheveux reflètent brièvement la lumière, atteint le point le plus bas de sa trajectoire à une vitesse dangereuse, frôlant le sol. À chaque oscillation, le risque qu’elle va chuter et s’écraser au sol, et ce, en divers axes et angles de prise de vue, et le changement constant de perspective d’un plan à l’autre empêche de voir le mouvement complet de l’enfant sur une balançoire, jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement. Parfois, d’autres scènes interrompent ce « jeu » : celle d’ un homme attaché aux cordes d’une plate-forme de saut à l’élastique qui se penche légèrement d’avant en arrière, au bord de la plate-forme de lancement, tandis que les cordes, d’une longueur alarmante, pendent dangereusement près du sol.
From afar, a tiny figure is swinging at high speed on an extremely high swing.
The surrounding space is vast and empty, with nothing else in sight. The figure, its long hair briefly catching the light, reaches the lowest point of its arc at a dangerous speed, skimming the grund. With each oscillation, it seems as though it might fall and crash to the ground. This only movement is recorded by different cameras set in various angles and positions.
As time passes, the constant shift in perspective across the various shots prevents the full motion of a child on a swing from being seen in its entirety, until it is completely lost. At various moments, other scenes interrupt the main one: a man is shown harnessed to the ropes of a bungee jumping platform. Slightly leaning back and forth, he is positioned at the edge of the launch platform, while the ropes, appearing alarmingly long, dangle precariously close to the floor.
TRA est une ode au cinéaste italien Pier Paolo Pasolini. Le film footage évoque la trame narrative de Teorema de 1968, en privilégiant ses moments interstitiels. L’acte de courir, récurrent tout au long du film, ainsi isolé en exposent les courants sous-jacents. Cette stratégie de montage de détachement de certains moments, s’inspire de certaines idées de Pasolini sur le cinéma comme moyen d’engager le social et le politique. Le montage trace de nouveaux chemins à travers et entre les images. «Tra » en italien signifie « entre » et implique généralement une distance spatiale ou temporelle. Il décrit aussi ce qui se déplace « à travers » quelque chose d’autre, ainsi que quelque chose « dans » ou « à l’intérieur » du temps. Ces concepts sous-tendent le projet de TRA, celui de créer des structures narratives plus spéculatives, révisées et ouvertes.
Pasolini définit un concept de montage cinématographique comme assimilation de relations spatiales et temporelles, qu’il nomme ritmema/ unité rythmique. Ce montage n’implique pas seulement des coupes techniques, mais aussi des jonctions significatives pour l’itération potentielle des subjectivités.
« Au lieu de s’organiser simplement en une succession, un film “pêche” continuellement dans les profondeurs, dans la matrice qu’est le monde des objets… Le monteur relie les plans par des “collages”, produisant un “non-existant significatif”. C’est dans cette fraction de temps incalculablement minimale (l’intervalle produit au point de coupe) qu’il faut calculer les “durées négatives”, c’est-à-dire celles qui n’existent pas, ni comme représentation matérielle audiovisuelle, ni comme abstraction mathématique ou rythmique. Dans la convention de la durée infinitésimale d’un collage, une durée réelle encore plus infinitésimale peut se produire ; inversement, une durée immense peut se produire – une vie, un siècle, un millénaire. »
— Pier Paolo Pasolini, Théorie des collages, 1971
Ce qui résonne particulièrement, c’est la notion pasolinienne de « durées négatives », où le temps trace le non encore visible. Par conséquent, le temps est extrait, comprimé, étiré, bouclé, figé, etc., autant de façons de créer un espace pour ce qui n’existe peut-être pas encore. Ces expériences de durée sont souvent liées au mouvement humain, comme la course à pieds dans TRA, qui marque le temps à travers le corps, mais pas nécessairement de façon linéaire.
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TRA is an ode to Italian filmmaker Pier Paolo Pasolini. The video synthesizes the narrative of his film Teorema (1968) by highlighting its interstitial moments. The act of running that appears throughout the film is isolated and deployed to expose the film’s subtextual currents. This editing strategy of isolating selected moments is inspired by some of Pasolini’s ideas about filmmaking as a means of engaging the social and the political. Through editing, new pathways can be traced through, and between, images. The word ‘tra’ in Italian means ‘between’ and generally implies a spatial or temporal distance. It can also describe something moving ‘through’ something else, as well as something ‘in’ or ‘within’ time. These concepts underpin TRA’s aim for more speculative, revised and open narrative structures.
Pasolini proposes a concept of cinematic montage that equates spatial and temporal relationships created by splicing with a ‘ritmema’ (a rhythm-unit). These splices are not just technical cuts but also significant junctures for the potential iteration of subjectivities.
« Instead of organizing itself simply as a succession, a film ‘fishes’ continuously in the deep, in the matrix that is the world of objects … The editor attaches shots to each other with ‘splices’ [producing] a ‘meaningful nonexistent’. It is in this incalculably minimal fraction of time (the interval produced at the cut point) that we should calculate the ‘negative durations,’ that is, those which do not exist, either as audiovisual material representation or as mathematical or rhythmic abstraction. In the convention of the infinitesimal duration of a splice an even more infinitesimal real duration can take place; conversely, instead, an immense duration can take place – a life, a century, a millennium. »
— Pier Paolo Pasolini Theory of Splices (1971)
What is particularly resonant is Pasolini’s notion of ‘negative durations’ where time is made to trace something that is not yet visible. Consequently, time is excerpted, compressed, extended, looped, frozen, etc., as ways of creating space for something that might not yet exist. These durational experiences are often also linked to human movement, such as the running in TRA which mark time through the body, but not necessarily in a linear fashion.
VIVIER, subst. masc.
« Bassin d’eau constamment renouvelée, aménagé pour la conservation, l’engraissement et l’élevage de poissons et/ou de crustacés.
Au fig. Milieu favorable au développement d’idées, d’idéologies ou de personnes. »
Avec Le Centre de Recherche Evasif qui réunit des artistes en un atelier dans un lieu improbable sur un temps donné. Le lieu choisi devient place et prétexte à la création d’une œuvre commune.
Catherine Burki, Jessy Gemayel, Mezli Vega & Gaëlle Villedary
et avec le soutien technique de Hatim Elmrini
Duet on camera. A slow interaction located on the lower half of the image repeats itself while growing fragmented and random at natural speed on the upper half, the construction being punctuated by a deliberately antinomic soundtrack (unintellible language). We let aesthetic and emotional feelings widely opened, . Brigitte Valobra , Wald: acting – making – voices soundtrack. Size 1:1, black and white.
Duo pour la caméra. Une interaction lente sur l’espace bas du champ se répète tout en se développant, fragmentée, aléatoire, en vitesse naturelle, sur l’espace haut. La construction est rythmée par une piste sonore volontairement antinomique (langage inintelligible) .Nous laissons libre cours à nos sentiments esthétiques et émotionnels. Brigitte Valobra , Wald : jeu d’acteur – réalisation – voix bande sonore. Format 1:1, noir et blanc.
Quels risques prendrez-vous ?
Une fine frontière entre un corps et un souffle.
Le rêve d’un regard adolescent.
Voir le monde à travers le prisme de votre chemin.
Voir la graine en contemplant la fleur.
Le toucher de la sensualité.
Le calme dans l’immobilité.
Le calme en vous-même.
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What chances will you take?
A thin line between a Body and a Breath of Air.
A dream of an adolescent look.
To see the world through the prism of your Way.
To see the Seed by looking at the Flower.
The Touch of Sensuality.
Calmness in a Halt.
Calmness in yourself.
Dès que je pénètre dans cet espace, j’ai l’impression de me mouvoir dans un brouillard laiteux et, pendant quelques secondes, je ne distingue rien.
Progressivement mon regard s’accoutume, je reconnais des formes et des contours.
Cela ressemble à des paysages mais la luminosité de l’ensemble est encore accrue.
Je perçois quelques frémissements légers, comme des vibrations atmosphériques fluides.
En m’approchant par ici, je découvre une activité liquide foisonnante. Les formes au sol sont toutes différentes. Ça remue de partout.
Etrangement je ne vois plus mes mains, ni aucune autre partie de mon corps. Je perds très vite toute notion de direction. Au moment où l’espace autour de moi se transforme en continu, je m’aperçois que je ne suis pas tout seul…
Jean-Paul Devin-Roux, 2025
« C’est l’histoire d’une aventure continue, comme au début de tout voyage, dont on ne sait pas vraiment où elle nous mènera. On approche du bord de l’horizon, on y pénètre, on descend jusqu’au fond. On le traverse – comme dans « Alice et le miroir » – on réapparaît dans le trou blanc, on se demande ce qui se passerait si le temps s’écoulait à l’envers… et puis finalement on en ressort pour voir les étoiles, les mêmes étoiles après un temps qui représente à la fois quelques instants et des millions d’années. »
Carlo Rovelli, physicien in Trous blancs, 2023.
Buseries se compose de films de danse, de textures, de glitchs et d’enregistrements de sons pris dans le bus. Le bruit déforme les souvenir des gestes des danseur•euses. Le passager rematerialise la scène dans les reflets de la vitre et le paysage.
C’est l’évocation des rêveries dans lesquelles on se laisse prendre dans un bus et de ce qui reste après un spectacle quand l’oeuvre déborde. Lorsqu’on apporte les images à bord, avec soi. Les sens déphasés par la vitesse, couplée d’immobilité, produisent superpositions d’images, rythmes hypnotisants, flux d’information non-hiérarchique et introspection trouble.
Ô Sonorités
En quête « d’illuminations ». Déambuler de nuit dans la ville. Marcher le long des voies, traverser les parcs, les parkings, les places, les ponts… filmer les éclairages urbains, les paysages qu’ils dessinent dans l’obscurité. Saisir au passage les feux des véhicules, les lumières des enseignes, les reflets sur la rivière… tout ce qui illumine. Suivre le même processus, rituel d’enregistrement et de déconstruction des images : filmer en vitesse accélérée et en bougeant l’appareil. Mouvements mécaniques répétés de haut en bas et à l’horizontal. Cruci-fiction pour le film à venir.
Ces images décalées et résiduelles de paysages urbains et de lumières, tressautent, vibrent, tremblent, tressaillent et se juxtaposent en flux saccadés. Les sonorités d’un orgue cristallin attisent le regard, soulignent le mouvement des images, scandent et battent la mesure du film. Chambre d’écho pour une approche filmique du tissu urbain et de la nuit, de la lumière et du mouvement.
The day after it all s’inquiète des conséquences de l’effondrement de l’esprit de la nature – l’essence même du sol, de l’air, de la Terre, en un récit à la fois environnemental et spirituel, dans un monde dominé par la cupidité et l’égoïsme.
Sans paroles, le film repose entièrement sur la puissance de ses images et sur une bande originale envoûtante composée par le groupe « Når verden slokner »/ »Quand le monde s’assombrit ». Cette musique en constitue la colonne vertébrale émotionnelle, guidant à travers une série d’images poétiques et saisissantes.
Le film ouvre, ainsi, une réflexion silencieuse mais urgente. Il pose une question essentielle: que se passe-t-il lorsque nous ignorons les avertissements de la Terre ? Pouvons-nous réapprendre à écouter, à prendre soin et à réparer ce qui a été brisé ?
The day after it all comme méditation visuelle sur le deuil environnemental, la responsabilité humaine et le fil fragile qui nous relie encore au monde, nous induit à choisir de nous y accrocher.
The day after it all is a short, dialogue-free film that explores what happens when the spirit of nature—the essence of the soil, the air, the earth itselt just collapes. It’s a story about environmental and the spiritual, set in a world where greed and egoism have overtaken all else.
With no spoken words, the film relies entirely on powerful visuals and an evocative original soundtrack by the band « Når verden slokner » (“When the world fades”). Their music forms the emotional backbone of the film, guiding the viewer through a series of stark, poetic images. The absence of dialogue allows for a more universal, sensory experience—inviting each viewer to interpret and feel the story on a personal level.
The film is ultimately a quiet but urgent reflection. It asks: What happens when we ignore the warnings of the earth? Can we relearn how to listen, to care, and to restore what has been broken?
The day after it all is a visual meditation on environmental grief, human responsibility, and the fragile thread that still connects us to the world around us—if we choose to hold on.
La distance peut être différente. Et la tienne, comment est-elle ?
serait la question posée dans cette exploration de la distance à travers différentes dimensions de perception et de compréhension. Valeria et Gregor, séparés par des frontières — géographiques ou physiques — partagent leur expérience de la distance par des rencontres forestières : Gregor depuis une forêt de Bavière, en Allemagne, et Valeria depuis la forêt voisine de son appartement à Chișinău, en Moldavie.
La forêt s’y envisage comme un lieu où explorer la nature et l’interconnexion, mais aussi comme un espace où chercher un chemin au-delà des traumatismes, de la dépression et de la solitude. Pensées, sons et forêts s’entrelacent, puisque les deux personnes sont reliées par la forêt comme connecteur, lien vivant qui rend les distances collaboratives.
À l’ère technologique, jusqu’où peut-on être proches sans toucher physique ?
//Distance can be different. How is yours?
An exploration of distance in different dimensions of perception and understanding. Valeria and Gregor disconnected by borders — whether geographical or physical — are sharing their experience of distance as forest encounters – Gregor from a forest of Bavaria, Germany, and Valeria from the forest next to her apartment in Chisinau, R. of Moldova. The forest is regarded as a site where one can explore nature and interconnectedness but also as a site to seek the path beyond traumas, depression and loneliness. Thoughts, sounds, and forests intertwine, the two being connected through the forest as a living bond, connecting and making distances collaborative.
In technologic era, How close can you be without a physical touch?
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Co-directing, animation : Gregor Stockmann (Germany)
En tant que plasticienne, j’aime révéler la peinture vivante, en mouvement ainsi ai-je superposé et mis en tension deux plans filmés afin de travailler avec les limites de la dématérialisation des images, pour créer une nouvelle présence plus symbolique. Le montage agrège deux espaces/temps en transparence, et crée un jeu de tension entres elles, de l’ordre de l’apparition et de la disparition.
« L’image est une création pure de l’esprit. Elle ne peut naître d’une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports entre les deux réalités rapprochées seront lointaines et justes, plus l’image sera forte – plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique (…) Ce qui est grand ce n’est pas l’image – mais l’émotion qu’elle provoque ; si cette dernière est grande on estimera l’image à sa mesure. » Pierre Reverdy, Revue Nord Sud n°13, Zurick, mars 1918.
Le printemps éclata, et j’errais, contemplant la joie de la Nature, ivre du plaisir que m’offraient fleurs, plantes, ciel et lumière. Promenades méditatives, en solitaire, et la tentation de prendre et puis rendre en partage, cette ivresse… Peu de choses à faire : la beauté, la magie de l’organisation végétale s’imposait d’elle-même, tout autour de moi et en moi, me ramenant à ce poème écrit il y a si longtemps.
Créé de manière artisanale sur la route, quelque part entre Notre-Dame-du-Portage et l’Islet-sur-mer, au Québec, Anomalies dans le paysage s’organise en quatre tableaux, quatre paysages audiovisuels qui défilent dans une totale étrangeté. Une ode aux paysages qui viendrait tout droit d’un lieu imaginaire. La construction du film se situe aux frontières d’une cartographie poétique, d’une étude chromatique sur les teintes naturelles et d’un exercice de création in situ sur les techniques d’éco-production du cinéma analogique. Outre les images et les sons captés sur place, ce sont les épices, les feuilles et les algues locales qui ont révélé et imprégné de leurs teintes la pellicule de ce film tourné et développé à même les rivages du Magtogoek/Saint-Laurent.
Réalisé et fabriqué à la main sans produit chimique, à partir d’herbiers cinématographiques obtenus par collectage de plantes et fleurs endémiques, à l’état sauvage ou domestiques, trouvées dans l’environnement méditerranéen tel que le laurier rose et avec la musique de Sylvia Monnier.
On se sent chez soi là où les arbres sont précieux. Pour certains, ces arbres sont de vieux amis quand d’autres sont prêts à les brûler pour conquérir la terre sur laquelle ils poussent.
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Home is where trees are dear. For someone these trees are ancient friends / and others are willing to burn them just to conquer the land they are growing on.
On the edge of the wild – À l’orée du sauvage, en une courte série visuelle, questionne notre relation avec le monde sauvage de nos sociétés contemporaines, entre mythe et réalité, fabrication et déni. Comment imaginer l’adaptation des espèces sauvages aux modifications environnementales humaines dans un monde futur de plus en plus artificiel ? La question de la perméabilité des identités entre humains et non-humains est le point central de cette vidéo.
Avec le soutien de la Fondation Anna Lindh, Euromed (co-fondé par l’Union Européenne) et l’Association Interkulti (Hongrie)
Une bobine 8mm d’un vieux western hollywoodien reprend à nouveau vie. Dès les premières notes du clairon, la cavalerie charge – rapide et chaotique – tandis que la pellicule fragile peine à suivre le rythme. Elle ondule, tremble et s’emmêle, prise dans le chaos des coups de feu et le grondement des sabots.
Cavalerie étourdie : une bobine 8mm d’un film hollywoodien, animé image par image sous la caméra.
Une petite fille sur un plateau d’échecs, dans le monde de l’espace et de la matière déployée. L’épisode avait été suffisamment bref pour qu’il se dissolve dans la bande-images des souvenirs et de la normalité la plus ordinaire, et qu’un basculement «de l’autre côté» n’advînt jamais. Ses pieds suivaient alors des lignes invisibles tout en évitant soigneusement certains espaces qu’elle était seule à voir, ou plus précisément à sentir. Ses mains s’attachaient à battre un rythme silencieux en touchant des objets selon un tempo par ailleurs imperceptible, dans un probable élan de ré-ordonnancement et d’harmonisation d’un monde qui lui avait toujours paru discordant, voire chaotique. Une tendance, enfin, à s’échapper hors du temps et de l’espace, en s’engouffrant par le point de fuite de la ligne d’horizon. Dans l’apparente promesse d’infini de la musique, ou dans les histoires qu’elle inventait. Ce sont précisément une musique, des paroles et une conversation familiale qui font ressurgir de tels TOC et ces fragments d’enfance en partie oubliés dans une forme stop … mais un «faux stop» sans enjeu de promotion. Et le «sonore» autant que mes propres souvenirs deviennent la source du mouvement des images.
En 1918, Mary Pickford interprète deux rôles opposés dans le film de Marshall Neilan : Stella Maris, la fille parfaite mais clouée au lit et Unity Blake qui a grandi dans un orphelinat, maltraitée par tous. Les miroirs dans le film sont un support pour ce double rôle, décliné dans la société des riches et des pauvres, de la bonté et de la méchanceté, des sentiments vrais et des vérités cachées. L’eau reflète le soleil et le ciel, les arbres soulignent leur verticalité par les ombres, les cascades marquent le passage du temps. Une peinture de Stefania Kenley de sa série Empreintes, « Étoile de mer, filets de pêche cassés et cordes d’amarrage » participe à la matérialité des images.
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Reflections
In 1918, Mary Pickford played two opposing parts in Marshall Neilan’s film: Stella Maris, the perfect but bedridden daughter, and Unity Blake, who grew up in an orphanage and was mistreated by everyone. The mirrors in the film support this dual role, which is played out in the society of the rich and the poor, goodness and badness, true feelings and hidden truths. The water reflects the sun and the sky, the trees underline their verticality with shadows, the waterfalls mark the passage of time. A painting by Stefania Kenley from her Imprints series, « Starfish, broken fishing nets and mooring ropes » echoes the materiality of images.
Dans Bubble Bath, une simple baignoire devient le théâtre d’un voyage insolite à travers l’histoire du cinéma. Du film noir au western, en passant par l’horreur et la comédie burlesque, un siècle d’images animées se dévoile dans une méditation visuelle sur la poésie cachée du quotidien.
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In Bubble Bath, a simple bathtub becomes the stage for an unusual journey through the history of cinema. From noir and western to horror and slapstick comedy, a century of moving images unfolds in a visual meditation on the hidden poetry of everyday life.
AUTO|BIOGRAPHIES exprime ce que signifie pointer une caméra vers la nature et comment l’objectif imite l’œil en tant qu’outil qui perpétue les préjugés implicites dans la vision humaine. En mêlant vidéo numérique et photographie analogique expérimentale animée, elle déconstruit le mécanisme de la caméra, comme substitut de l’œil. En une logique silencieuse, se construit un voyage immersif à travers des paysages verts mais sans verdure, des pellicules déchirées, des yeux arrachés et des cadavres végétaux, afin de redécouvrir les limites de sa propre vision et d’explorer de nouvelles façons de présenter la nature dépourvue du regard humain.
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AUTO|BIOGRAPHIES is an exploration of what it means to point a camera towards nature, and how the lens mimics the eye as a tool that perpetuates the biases implicit in human vision.
Through a mixture of digital video and animated experimental analog photographic work, the mechanism of the camera, proxy of the eye, is dismantled. With minimal silent narration, the film invites the viewer onto an immersive journey—across green landscapes devoid of green, torn film and torn out eyes, and vegetal corpses — to rediscover the limits of their own vision and explore novel ways of presenting nature devoid of the human gaze.
Glint compose des instants fugaces et des réalités fragmentées en un collage d’images éphémères et de sons disjoints qui capture le scintillement insaisissable de la mémoire.
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Glint is an exploration of fleeting moments and fractured realities. Through a collage of transient visuals and disjointed sounds, the video tries to capture the elusive shimmer of memory.
Fruit d’une collaboration entre KIM Yoonhee et KIM Saebom, This book is over trouve son origine dans des films expérimentaux tournés par Yoonhee. Ces séquences ont été développées avec des couches supplémentaires de son, d’images et de texte en réponse aux éléments visuels des films. Ce projet consiste à varier les formes et sa création a privilégié une manière intuitive improvisant en collages sonores avec des échantillons vocaux empruntés à différentes séquences de divers films.
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This film is created through collaboration between KIM Yoonhee and KIM Saebom. It has begun with experimental films shot by Yoonhee. This footage has been developed with additional layers of sound, image and text responding to the visual elements of the films. Our project is to deliver the visual contents of the films through different shapes to the viewer. This book is over, is created in intuitive and improvised way of playing with sound collage and voice samplings from different film footage. Because the video shows fragmentary images, sounds and words rather in abstract way, it allows the viewers to associate the elements with their own personal imaginations and interpretations.
Premier volume d’une collection tournée à Genève en Super 8, inspirée de Jiseiku, poèmes d’adieu à la vie, écrits par des samouraïs japonais aux 16e et 17e siècles de notre ère.
Quelque chose de ces textes m’a touché, surtout dans ce projet d’écrire un « dernier poème avant de mourir ».
Malgré l’immense différence de cultures et d’époques, quelque chose est passé de ces samouraïs à moi.
Disons que c’est ce « passage » que je recherche à créer avec les films ; ce qui, peu à peu, peut s’apparenter à un exercice de « dérive » ou de psychogéographie.
Entre contemplation, flux de pensées et autres expériences d’errance visuelle, j’essaie donc de composer des états d’âme partagés dans l’espace et le temps, à partir des impressions et émotions véhiculées par les textes.
« Captive de ses reflets, la cité se plie et se déplie au gré de nos passages.
Nous glissons entre les plis, au rythme d’une lente farandole, tenant la porte pour l’inconnu qui suit, pour en faire le complice d’un instant, dans une histoire qui reste à inventer.
inconsolable se focalise sur la chorégraphie des mains ; un jeu d’artefacts et des textures animées instaure une relation réversible entre l’écran des surfaces transparentes et l’écran de projection. »
« Traces de deux performances de résidences, SOPHIA (les Desseins du Corps) forme un tryptique de 9’30 soucieux de l’implication des gestes du corps en Peinture -Vidéo
« Fixer le mouvememt.
Parfois la discrétion est une fête.
Un geste du crayon à l’écran raconte l’élan qui le produit sans en recommander le but ; il danse.
Des bruits, des sons crissent sur le papier, se mêlent à d’autres indices spatiaux en présence. Les silences en suspens et les notes saisissent les hanches du danseur,
lui-même en perte vers l’avenir qu’il propose à la caméra.
Instantanément, je réintroduis, recycle mes propres images, doutes vibrants en transformation.
Inversant les valeurs, bousculant les polarités des couleurs, je cisaille le reel,
génère du mouvement qui s’auto-alimente vers la transe, où se boucle le poème.
Le film résulte d’un montage de performances uniques.
Le principe d’une session repose pour beaucoup sur l’improvisation. »
« Imaginez Démocrite, alors qu’il regardait, alors qu’il tendait son index et son pouce, la paume de sa main éclipsant la lentille de son œil. A-t-il hésité ? A-t-il gardé les yeux ouverts alors que ses doigts se refermaient sur son orbite ? L’image finale de son regard a-t-elle été gravée par la lumière dans son cerveau ? Ce travail photographique analogique expérimental animé se crée alors que l’émulsion de la pellicule et l’image photographique sont progressivement arrachées, pour un monde où l’appareil photo comme substitut de l’œil, est détruit. »
I see you est un voyage audiovisuel où poésie, musique et images fusionnent en une trame contemplative. La voix poétique évoque une perception intérieure du temps, tandis que des images superposées d’escaliers monumentaux, d’eau, de forêts et de colonnes se déploient en reflets vaporeux. L’œuvre devient une méditation sur la présence et la mémoire, invitant le spectateur à voir au-delà des apparences, là où la vision se mue en écoute et où chaque fragment révèle la densité du temps.
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I see you is an audiovisual journey where poetry, music, and imagery merge into a contemplative fabric. The poetic voice evokes an inner sense of time, while layered visuals of monumental stairs, water, forests, and columns unfold in dissolving reflections. The work becomes a meditation on presence and memory, inviting the viewer to see beyond appearances, where vision turns into listening and each fragment reveals the density of time.
Monumental est le dernier film d’une série de documentaires expérimentaux lo-fi tournés avec un smartphone vintage.
Le film a été réalisé à Spoletto, en Italie, et s’inspire du projet « Sculpture in the City » organisé par Giovanni Carandente à Spoletto en 1962, et plus particulièrement d’une grande sculpture stable d’Alexander Calder qui reste aujourd’hui encore une porte d’entrée symbolique de la ville.
Dans l’esprit du modernisme, force motrice de nombreux artistes participant au projet de sculpture, le texte utilisé dans le film est traduit et transformé en poésie en italien médiéval par l’IA.
La chanson qui accompagne le poème, composée dans le mode dorien, est interprétée par Nyla van Ingen, en résonance avec les anciens bâtiments pérusiens de la ville de Spoletto et le festival d’opéra annuel Dei Due Mondi.
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« Monumental » is the latest film of an series of experimental lo-fi documentaries filmed with a vintage smart phone.
The film is made in Spoletto Italy and is inspired by Sculpture in the City -project curated by Giovanni Carandente in Spoletto Italy in 1962 and more specifically a large Stabile by Alexander Calder which remains as a symbolic gateway to the town.
In the spirit of modernism, the leading force by many of the artists in the sculpture project, the text used in the film, is translated and turned into poetry in medieval Italian by AI.
The song setting of the poem in the Dorian mode is composed and performed by Nyla van Ingen, in resonance with the City of Spoleto’s ancient Perugian buildings and annual opera festival Dei Due Mondi.
Certaines figures, issues d’un imaginaire pictural, habitent un espace liminal continu. Leurs corps restent emprisonnés dans des images statiques, où toute tentative de transcendance se résout en une nouvelle forme d’immobilité. C’est dans cette même condition que se meut l’être humain, pris dans la tension constante entre ce qu’il est et ce qu’il aspire à devenir, avançant par approximations, à travers des solutions fragmentées et contradictoires. Sa quête de vérité ne peut jamais se révéler que partielle, limitée, mais profondément nécessaire.
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Some figures, evoked from a pictorial imaginary, inhabit a continuous liminal space. Their bodies remain imprisoned in static images, where every attempt at transcendence resolves into a new form of stillness. In this same condition moves the human being, caught in the constant tension between what they are and what they long to become, advancing through approximations, across fragmented and contradictory solutions. Their search for truth can only ever reveal itself as partial, limited—yet profoundly necessary.
Le français possède une expression plus positive que l’anglais pour désigner les objets égarés par leurs propriétaires. Toutes les images ont été générées par un logiciel d’intelligence artificielle utilisant des instructions vocales.
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French has a more upbeat term than English for items mislaid by their owners. All the images were generated with AI software that uses verbal prompts.
Evergreenest un film expérimental qui explore le lien entre l’homme et la forêt d’un point de vue personnel, politique et culturel. Le récit aborde les thèmes de la séparation forcée et de la perte. Le langage visuel du film s’inspire du paganisme biélorusse, qui dépeint le dieu de la forêt non pas comme une figure anthropomorphique, mais comme une entité métamorphosable qui unit toute la communauté forestière.
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Evergreenis an experimental film that explores the human connection with the forest from personal, political, and cultural perspectives. The narrative touches on themes of forced separations and loss. The film’s visual language draws inspiration from Belarusian paganism, which depicts a forest god as not an anthropomorphic figure but a shape-shifting entity that unites the entire forest community.
https://www.thealit.de/lab/coapparation/en/teil-3/yuliya-tsviatkova
Atlas of Tectonic Landscapes: Through the Eclipse Corridor construit une vision métaphysique de la guerre, de la crise et de la transformation dans les paysages d’Europe de l’Est. Avec l’éclipse solaire comme métaphore centrale, l’œuvre entremêle des images d’archives de destruction, des scènes crépusculaires naturelles et urbaines, et des formes suprématistes qui obscurcissent le soleil, réfléchissant sur l’effondrement de la lumière, de la connaissance et de l’humanisme. La partition originale de Christoph Ogiermann y transforme les harmonies romantiques en résonances industrielles, dans l’évocation d’un état de tension cosmique où la culture elle-même est le théâtre de changements irréversibles. Revisitant La Victoire sur le Soleil de Malevitch comme emblème de la volonté moderniste de domination, Shabohin explicite ses conséquences obsédantes dans le présent : une région tremblante sous le poids de la guerre, des déplacements et de l’épuisement historique. Le film fonctionne à la fois comme une archéologie des ténèbres et un diagnostic tectonique du temps, exposant les fractures spirituelles et politiques qui définissent l’époque contemporaine.
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The video Atlas of Tectonic Landscapes: Through the Eclipse Corridor constructs a metaphysical vision of war, crisis, and transformation within the landscapes of Eastern Europe. Using the solar eclipse as a central metaphor, the work intertwines archival footage of destruction, natural and urban twilight scenes, and Suprematist forms that obscure the sun, reflecting on the collapse of light, knowledge, and humanism. With an original score by Christoph Ogiermann that transforms Romantic harmonies into industrial resonance, the piece evokes a state of cosmic tension where culture itself becomes a site of irreversible shifts. Revisiting Malevich’s Victory over the Sun as a symbol of the modernist will to domination, Shabohin reveals its haunting aftermath in the present: a region trembling under war, displacement, and historical exhaustion. The video operates as both an archaeology of darkness and a tectonic diagnosis of time, exposing the spiritual and political fractures that define the contemporary epoch.
Lessons on Flight tourné en pellicule 16 mm N&B a été éco-développé avec des olives et coloré à la main sur place dans la campagne chilienne. Le film scrute les schémas de vol du colibri chilien, ainsi est-il un exercice de développement écologique sur site, dont le lieu même de tournage a également fourni les matériaux nécessaires pour le développement. Le film a été tourné dans la campagne chilienne, dans la maison d’enfance du père de la cinéaste, et a été développé avec des olives fraîchement cueillies dans le jardin.
Dans la mer, un homme nage. Au fur et à mesure de sa progression les souvenirs remontent à la surface. De sa petite enfance à sa vie d’homme, tous ses souvenirs sont liés à l’eau. Certains sont heureux, d’autres glorieux, d’autres traumatiques. Cette histoire sera celle de sa dernière nage.
Un bocal à poissons comme métaphore du monde fragile et interconnecté dans lequel nous vivons. Trois poissons rouges y nagent paisiblement, figures d’innocence et d’harmonie. Le bocal est passé doucement de main en main, ce qui connote la coopération et le respect mutuel ; cependant, au fur et à mesure, les personnes tenant le bocal, deviennent possessives et agressives, transformant cet échange paisible en chaos. La lutte pour le contrôle s’intensifie, jusqu’à la chute du bocal qui se brise sur le sol. Sa rupture exprime la destruction de l’harmonie et de la stabilité causée par la cupidité et l’ego humains. Le film accuse les conflits et la quête du pouvoir de mener à la catastrophe, nous exhortant à valoriser la coopération, le respect et la compréhension afin de protéger notre monde commun.
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A fishbowl as a metaphor for the fragile, interconnected world we live in. Inside, three goldfish swim peacefully, symbolizing innocence and harmony. At first, the bowl is gently passed between hands, showing cooperation and mutual respect. But as the story progresses, people become possessive and aggressive, turning the gentle exchange into chaos. The struggle for control intensifies, leading to the bowl slipping and crashing to the ground. Its breakage represents the destruction of harmony and stability caused by greed and human ego. The film highlights how conflicts and the pursuit of power can lead to catastrophe, urging us to value cooperation, respect, and understanding to protect our shared world.
L’Épouse Ancestrale est. Elle respire, elle voit, elle sait. Elle n’a ni commencement ni fin. Ses longs cheveux ondulaient lorsque la matière se formait, ses doigts sans chair nageaient au-dessus des galaxies naissantes, et dans son ventre insondable résonna le premier mot prononcé. Dans les arbres, dans la terre, dans l’air. Elle résonne, elle imprègne, elle attire. Sa nature nous échappe. Son omniprésence façonne notre perception. L’Épouse Ancestrale est un archétype aussi vieux que le Temps lui-même, extrêmement puissant, profondément enraciné et étrange dans son influence indétectable, et pourtant toujours présente, sur le comportement et la psyché humains.
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The Ancestral Bride is. It breathes, It sees, It knows. It has no beginning and no end. Its long hair were swaying when matter was forming, Its fleshless fingers were swimming over newborn galaxies, in Its fathomless womb echoed the first word that was uttered. In the trees, in the soil, in the air. It reverberates, It permeates, It allures. Its nature eludes us. Its omnipresence shapes our perception.
The Ancestral Bride is an archetype as old as Time itself, extremely powerful, deep-rooted and uncanny in its undetectable, yet ever-present influence on human behavior and psyche.
Et le ballet de galets de verre, eux seuls, animés en flicker pour un hypnotique voyage. Des séquences stop motion animent des morceaux de verre récoltés sur les rivages de la Méditerranée et qui ont été collectés dans une logique de « soin » des espaces naturels arpentés. Emblématique des forces de la nature qui nous dépassent et qui lentement transforment les traces que nous laissons derrière nous. Le titre renvoie à l’ouvrage éponyme de Marlene Haushofer, Murs invisibles qui décrit une Robinsonnade au féminin.
https://www.documentsdartistes.org/artistes/schonerstedt/page1.html
La catastrophe ultraviolette porte sur la virtualité de la matière. Science-fiction expérimentale et contemplative, l’animation 3D s’inspire d’une expérience de chimie quantique. Une forêt boréale s’y déploie, scrutée simultanément à des échelles macroscopique et microscopique. Graduellement, réalisme et abstraction fusionnent pour former des scènes hallucinées. Dédoublements, spectres lumineux et frétillements électroniques se propagent, dématérialisant le paysage numérique. Dans un bouleversement lent et à la limite de l’ésotérisme, il dévoile sa virtualité.
The Ultraviolet Catastrophe focuses on the virtuality of matter. The 3D animation is an experimental and contemplative science fiction inspired by a quantum chemistry experiment. A boreal forest unfolds, scrutinized simultaneously at macroscopic and microscopic scales. Gradually, realism and abstraction merge to form hallucinatory scenes. Doublings, light spectra, and electronic flutters propagate, dematerializing the digital landscape. In a slow, bordering on esoteric upheaval, it reveals its virtuality.
« La nature n’est pas uniquement ce qui est visible à l’œil – c’est aussi les images que l’âme s’en est faite » – Edvard Munch
J’ai développé une pratique analogique qui se fonde sur la pellicule ancienne.
Au départ, c’est mon intérêt pour la plasticité et le pictural qui m’a entraîné vers ces vieilles pellicules dont je quêtais les imperfections, les craquelures, l’instabilité, et sa vibration, plus mystérieuse tranche avec la netteté du numérique.
En impressionnant ces pellicules magiques, au pouvoir presque divinatoire, je cherche le revers négatif du réel.
La fissure ; crevasse, blessure, ligne frontière tracée entre la pierre et le corps organique.
La pierre ouverte vers le vide, le corps coupé et fragmenté entre la rationalité de la pensée et l’indéchiffrable du désir, de l’imagination. Derrière cette ligne, le corps marche fragile, escaladant la pierre sans savoir qu’à l’avant-garde, il s’approche toujours de l’abîme. Le corps et la pierre souffrent de la même blessure, formant un seul organe penché au-dessus du précipice. Des images qui échappent à l’idée, à la pensée, produits de la blessure. Ces mêmes images étant la fissure entre le monde, l’extérieur, l’idée, la pensée.
Faire partie de cet espace nébuleux qui fuit l’ordre. La fragmentation du temps, du son, du rythme… ce sont cela, des fragments, des fissures dans la crevasse. Où se cache l’imprécision de l’indéfini, de l’existant sans mot, de l’organique dans le minéral.
Atlas of Tectonic Landscapes: Through the Eclipse Corridor construit une vision métaphysique de la guerre, de la crise et de la transformation dans les paysages d’Europe de l’Est. Avec l’éclipse solaire comme métaphore centrale, l’œuvre entremêle des images d’archives de destruction, des scènes crépusculaires naturelles et urbaines, et des formes suprématistes qui obscurcissent le soleil, réfléchissant sur l’effondrement de la lumière, de la connaissance et de l’humanisme. La partition originale de Christoph Ogiermann y transforme les harmonies romantiques en résonances industrielles, dans l’évocation d’un état de tension cosmique où la culture elle-même est le théâtre de changements irréversibles. Revisitant La Victoire sur le Soleil de Malevitch comme emblème de la volonté moderniste de domination, Shabohin explicite ses conséquences obsédantes dans le présent : une région tremblante sous le poids de la guerre, des déplacements et de l’épuisement historique. Le film fonctionne à la fois comme une archéologie des ténèbres et un diagnostic tectonique du temps, exposant les fractures spirituelles et politiques qui définissent l’époque contemporaine.
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The video Atlas of Tectonic Landscapes: Through the Eclipse Corridor constructs a metaphysical vision of war, crisis, and transformation within the landscapes of Eastern Europe. Using the solar eclipse as a central metaphor, the work intertwines archival footage of destruction, natural and urban twilight scenes, and Suprematist forms that obscure the sun, reflecting on the collapse of light, knowledge, and humanism. With an original score by Christoph Ogiermann that transforms Romantic harmonies into industrial resonance, the piece evokes a state of cosmic tension where culture itself becomes a site of irreversible shifts. Revisiting Malevich’s Victory over the Sun as a symbol of the modernist will to domination, Shabohin reveals its haunting aftermath in the present: a region trembling under war, displacement, and historical exhaustion. The video operates as both an archaeology of darkness and a tectonic diagnosis of time, exposing the spiritual and political fractures that define the contemporary epoch.
Reconstruction de la mémoire entremêle des photographies analogiques prises dans la ville natale de l’artiste et la transparence du papier porcelaine, en un dialogue fragile entre ce qui reste visible et ce qui a été effacé. Sous forme de rétroprojection sur papier porcelaine, le film devient à la fois écran et surface, révélant les tensions matérielles du souvenir. Il médite sur la nostalgie en tant que patrimoine immatériel, une archive affective transmise à travers des images. En exposant les rayures, le grain du film et les imperfections matérielles, il reconnaît la physicalité et la vulnérabilité de la mémoire, invitant à habiter l’intervalle où la mémoire devient à la fois intime et inconnaissable, en une reconstruction façonnée autant par l’absence que par la présence.
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The Reconstruction of Memory interweaves analog photographs from the artist’s homeplace with the translucency of porcelain paper, forming a fragile dialogue between what remains visible and what has been erased. Presented as a back-projection onto porcelain paper, the film becomes both screen and surface, revealing the material tensions of remembering. It meditates on nostalgia as an intangible heritage – an affective archive carried forward through images. By exposing scratches, film grain, and material imperfections, the work emphasizes the physicality and vulnerability of memory. The film invites viewers to inhabit the interval where memory becomes both intimate and unknowable, a reconstruction shaped as deeply by absence as by prese.
Trois aquariums remplis d’eau, placés devant une fenêtre. Dans chacun d’eux, une structure en plastique est immergée. Quand on les regarde de côté, tout est transparent, limpide. Mais dès qu’on se place en face, un changement radical opère : le fond devient complètement noir et le plastique se pare d’irisations colorées intenses, révélant un entrelacs de motifs évocateurs de certaines structures cérébrales microscopiques.
Derrière cette installation, il y a l’envie de contempler, par le biais du tangible, une question : alors que les outils d’intelligence artificielle gagnent sans cesse en complexité, est-il possible qu’ils deviennent un jour conscients ? Ou est-ce qu’un autre phénomène, en quelque mesure analogue à la conscience, émergera ? Quelque chose de nouveau, d’unique à cette technologie. Une sorte de singulière murmuration -comportement typique des grands groupes d’oiseaux en vol, notamment visible chez les étourneaux et qui émerge seulement à partir d’un certain niveau de complexité.
Quand j’ai commencé à m’intéresser à ces questions, troublantes et fascinantes à la fois, il m’a semblé ne pouvoir compter que sur des textes et des images pour m’aider à les appréhender. Des ressources certes importantes et intéressantes, mais il me manquait quelque chose. Je regrettais l’absence d’objets, de matières, qui soient susceptibles de donner une dimension viscérale à ces réflexions, qui puissent ancrer l’apparente immatérialité d’un phénomène aussi impalpable que la conscience dans une matérialité bien concrète. J’avais envie de me retrouver face à des fragments substantiels, des bouts de choses plus à même de faire naître le vertige du réel.
J’en suis ainsi venu à créer ces structures, qui réunissent trois caractéristiques :
– D’une part, elles sont traversées par des motifs complexes, susceptibles de rappeler la configuration des réseaux neuronaux présents dans un cerveau humain, qui, sans que l’on sache encore par quels processus, donnent a priori naissance à la conscience. Ces motifs sont ici obtenus grâce à une propriété, la photoélasticité, qui, combinée à des polarisants, permet de visualiser les déformations subies par un matériau plastique.
– D’autre part, leur forme globale se réduit à une figure géométrique basique, un rectangle, un cercle, un cube. Comme une manière d’évoquer ici l’architecture numérique « simple » – un langage binaire de 1 et de 0 – et les composants inorganiques qui sous-tendent le fonctionnement des outils d’intelligence artificielle.
Prises ensemble, ces deux caractéristiques me semblent avoir le potentiel de convoquer ce que je cherchais : la possibilité d’être face à des fragments matériels évocateurs d’une intelligence artificielle. L’opportunité de s’approcher de ses structures anatomiques fines, à la fois analogues aux nôtres et profondément différentes.
– C’est pourquoi, enfin, elles sont présentées dans des aquariums, comme si elles faisaient partie des collections anatomiques d’un musée, rejoignant l’ensemble des spécimens et fragments de corps conservés dans le formol. J’ai déjà été bouleversé par certaines de ces collections. J’ai essayé ici de reproduire les conditions qui donnent à ce genre d’expériences une qualité bien particulière, une sorte de doux vertige suspendu qui continue de nous accompagner bien après avoir quitter les lieux.
Dans Specto, j’ai réutilisé des extraits d’un film que j’ai réalisé dans les années 70. Le filament tungstène incandescent d’un projecteur de film Specto est une image récurrente, tout comme les extraits retravaillés d’une troupe d’acteurs interprétant Le Jet de sang d’Artaud dans différents lieux de la ville de Lincoln. Vous verrez la cathédrale et un moulin délabré avec l’inscription UNSAFE 74 peinte sur son mur.
In Specto I’ve re-purposed clips from a film I made in the seventies. The hot tungsten filament of a Specto film projector is a recurring image, along with re-worked clips of a troupe of actors performing Artaud’s Jet of Blood at locations in the city of Lincoln. You’ll see the cathedral and a dilapidated mill with UNSAFE 74 painted on its wall.
Créée lors d’une résidence à la Factorie Maison de poésie en mars 2023.
je suis amoureuse de tout le monde foisonne de mains et de bouches : des mains que l’on croque, des bouches que l’on dépose sur une assiette, des mains que l’on gonfle… s’y dessine l’idée d’un désir sans fin, voire sans objet, quelque chose d’une soif de vie inépuisable et qui s’entendrait aussi dans une sorte de générosité universelle.
Divisée en trois chapitres, en stop-motion, je suis amoureuse de tout le monde déploie en différents tableaux performatifs un amour débordant et absurde.
D’une superficie d’à peine 1 km2, l’île Tromelin fut en 1761 le théâtre du naufrage de l’Utile, un navire négrier de la Compagnie des Indes ayant embarqué illégalement 160 esclaves malgaches.
En raison d’une erreur de navigation, le navire percuta la barrière de corail de l’île en pleine nuit. Vingt membres du personnel de bord ainsi que la moitié des esclaves périrent noyés.
Le reste de l’équipage s’affaira à construire une embarcation de fortune grâce à l’aide des esclaves et partit en leur promettant de revenir les chercher.
Le sauvetage n’arriva que 15 ans plus tard, retrouvant 7 survivantes et un enfant de huit mois.
Ma recherche plastique évolue ici autour de figures en argile émergeant d’un sable mouvant hanté, explorant l’île Tromelin comme un espace de lutte et de résilience.
Démarche artistique :
Ma pratique prend forme dans la tension entre présence au monde et isolement.
La photographie et la vidéo y occupent une place centrale, souvent traversées par un travail sonore ou en volume. Se déploie alors une quête d’espaces d’accueil et de refuge, qu’ils soient psychiques, sociaux, réels ou fictifs.
À travers l’autofiction, le portrait ou la mise en scène d’objets, mon travail explore les effets de la désolation, entre repli intérieur et expérience partagée.
Dans cette recherche, les gestes d’enveloppement, de recouvrement ou d’ensevelissement déploient une charge symbolique proche du rituel.
Mon approche formelle repose sur la frontalité et la répétition, imprégnée de désenchantement et d’une rigueur clinique. La photographie objective allemande constitue une influence centrale, privilégiant une approche systématique de l’image et une observation froide du réel. Mes plus récents travaux s’orientent vers une démarche performative, où l’acte de retrait devient le cœur même de la création.
Il s’agit ici d’explorer le retranchement, non comme une fuite, mais comme condition d’émergence d’un soi possible.
Entre le château de sable, la prise d’empreinte entre nos deux corps, nous jouons à former une coquille entre nos peaux, la frontière de l’autre. Nous construisons une coquille, voire un coquillage pour deux nous protégeant ainsi du reste du monde.
Durant une performance physique, s’accrochant à l’autre, je me moule avec l’être aimé, gardant l’interstice entre deux corps, un moment intact dans le temps.
Le plâtre part du vivant, de la roche, de la matière minérale, du gypse, pour devenir un objet solide, stable dans le temps.
Théogonie de l’orgasme artificiel réunit un film connaissant les codes de la science-fiction et une sculpture en résine, réalisée en impression 3D. Elle imagine l’orgasme féminin dans un monde régi uniquement par les mathématiques – comme le sont les mondes virtuels et surtout ceux créés avec l’IA. Et si l’orgasme est une fonction algorithmique, alors il devient créateur de mondes à son tour. Dès lors, on pourrait parler d’une théogonie, au sens donné, à l’Antiquité, par les Grecs : une création de l’univers, des dieux qui l’habitent et le façonnent à leur tour. Eurynôme, déesse primordiale créatrice du monde par le mouvement harmonieux, Gaïa, reine des cycles et dès lors des fonctions itératives, Nyx, figure de la nuit, du désordre ainsi que des des fonctions stochastiques, et enfin Mnémosyne, qui mémorise les calculs, seraient les figures tutélaires de ces planètes engendrées par le plaisir mathématique… À la recherche d’une métaphysique des algorithmes.
Au départ : une formule mathématique fictive élaborée avec une intelligence artificielle et ma propre pratique du code. Cette formule est impossible dans sa totalité, quoique composée d’éléments rigoureusement valides. Comme une phrase fausse faite de mots vrais, elle joue le rôle d’un artefact spéculatif et latent : elle figure le chaos primordial, une structure instable mais féconde, capable — sous certaines stimulations numériques — de générer des mondes de plaisir. Ces stimulations prennent la forme de calculs mis en tension, de séries d’opérations esthétiques et narratives mimant les phases d’un orgasme : excitation des calculs, montée, paroxysme, retour à l’équilibre.
À travers cette structure algorithmique du plaisir, une cosmogonie alternative se déploie, où chaque figure mythologique marque une étape du processus computationnel :
-Eurynôme, souffle originel, amorce le mouvement ;
-Gaïa donne corps au cycle, à l’itération comme principe créateur ;
-Nyx introduit le désordre, l’imaginaire, les variables complexes — elle éloigne le système d’une conception strictement mécanique ;
-Mnémosyne conserve les traces, mémorise les calculs, afin que se contruise le récit.
La sculpture, générée par impression 3D à partir de cette logique, condense physiquement cette fiction. Elle évoque une planète-organisme, un clitoris mythique, vestige tangible d’un monde né du code et du fantasme. Le film, quant à lui, donne voix à cette théogonie : une narration située entre l’intelligence artificielle et l’expérience humaine, entre corps et langage machine.
Entre science-fiction statistiquement probable, mythologie technologique et matérialisation numérique, Théogonie de l’orgasme artificiel explore la possibilité d’un lien entre désir et calcul, entre l’univers du plaisir et celui de l’algorithme. À travers ce geste, il s’agit de détourner les logiques de production de l’IA pour ouvrir un espace de trouble, d’émotion, de récit et de puissance. L’orgasme y devient narrateur : une voix qui fait naître, non pas des vérités, mais des mondes de plaisir.
Rejected (beta) est une série d’images issues d’un réseau de neurones antagonistes génératifs (GAN) entraîné sur le dataset ImageNet Mini. Plutôt que de retenir les productions validées par le Discriminateur – celles jugées « réussies », « vraisemblables » ou « apprises » – le projet s’attache aux images rejetées : les résidus de l’apprentissage, les fragments défaillants du visible algorithmique. Ces images « mal notées », « rejetées », ou encore «discriminées » par le Discriminateur constituent une forme d’archive de l’erreur, une collection de tentatives infructueuses, de naissances avortées dans le flux machinique de la vision artificielle. Imprimées sur des plaques de cuivre, ces images prennent un relief paradoxal où la matière noble, historiquement associée à la gravure, à la reproduction et à la diffusion de l’image, accueille ici des formes instables, incertaines, parfois illisibles. Mais le cuivre est aussi l’un des matériaux fondamentaux de l’électronique contemporaine, conducteur privilégié de l’information numérique, élément central des circuits imprimés et des infrastructures informatiques.
En choisissant ce support, Rejected (beta) superpose deux régimes d’image : celui de la gravure artisanale et celui du calcul algorithmique. Le cuivre devient alors le lieu d’une résonance entre l’histoire technique de l’image et celle de l’intelligence artificielle.
Ce transfert symbolique transforme la plaque de cuivre en interface critique puisqu’elle matérialise la tension entre le visible et le calculable, entre l’erreur d’un algorithme et la trace sensible qu’elle laisse sur un support chargé d’histoire. Le cuivre devient ainsi le révélateur matériel d’une esthétique du rejet, une mémoire conductrice de l’échec algorithmique.
Le titre Rejected (beta) souligne cette tension entre l’expérimentation technologique et la valeur esthétique. Il évoque à la fois le vocabulaire du développement logiciel – la version « bêta », non finalisée – et celui de la sélection artistique. Ces images ne sont pas seulement les rebuts d’un réseau neuronal, mais les témoins d’un apprentissage en cours, d’une intelligence encore hésitante, en train de se faire.
Ainsi, Rejected (beta) interroge la manière dont les systèmes d’intelligence artificielle apprennent à « voir », à « évaluer » et à « rejeter », révélant, en creux, nos propres critères de reconnaissance, de beauté et de validité. Le projet met en lumière ce qui échappe au filtre du Discriminateur, pour en faire le coeur même de l’oeuvre.
Déambuler entre le réel et l’imaginaire. Laisser la caméra entraîner le corps et s’abandonner à la poésie des formes incertaines qui rythment le paysage urbain. Là où le banal trouve des espaces remarquables pour enfin Poser les apparences. C’est dans le dialogue entre les images en mouvement et les estampes qui composent les « 7 mètres de vie en rose », dans cette respiration des enroulements du papier ; entre l’encre et la lumière que l’aléatoire surgit du viseur, comme pour inviter au déplacement de nos points de vue.
Ce nouveau film d’Antoni Pinent fait l’aller-retour entre les limites de matériaux reconnaissables- footage hollywoodien-et les interventions réalisées à la main ou sans caméra.
STEREO FRAMEWORK / ASYNCHROMY repousse les limites des couleurs anaglyphiques 3D de multiples façons et dans divers contextes, allant des compositions géométriques aux abstractions conceptuelles et philosophiques, sans se priver de citations de maîtres de l’image animée Michael Snow, Morgan Fisher ou Norman McLaren.
Footage et humour font bon ménage.
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Antoni Pinent‘s new film project is a round trip between the limits of recognizable materials (Hollywood found footage), the unknown, and interventions made by hand or without a camera.
An experiential project that pushes the limits of 3D anaglyphic colors in multiple ways and contexts, from geometric compositions to conceptual and philosophical abstractions and quotes from masters of the moving image such as Michael Snow, Morgan Fisher or Norman McLaren.
A film of extreme pleasures for all viewers that doesn’t lose sight of the tradition of humor in experimental cinema.
The Altarpiece réinvente la forme sacrée du polyptyque médiéval. Les plans pris à Venise, Italie, l’une des villes les plus visitées et les plus représentées au monde, privilégient la foule comme nouveau sujet de dévotion, non pas les saints ou les martyrs, mais le corps inconscient des touristes qui arpentent la ville, portant la dignité tranquille d’un rituel quotidien. Le jour, Venise est une scène vivante ; la nuit, elle se désemplit dans le silence — ce rythme de spectacle et d’absence expose son âme fragile. Chaque geste, chaque regard participe à cette liturgie profane du regard.
Le poème Nello Sguardo/ Dans le regard, énoncé alternativement en italien et en français, fait écho à ce mouvement entre spectacle et intériorité. Il parle des masques que nous portons – les rôles, les gestes et les attitudes empruntées à travers lesquels nous cherchons un sens – et de la nécessité de regarder sans juger. Les touristes, déambulant dans la ville, deviennent le reflet de nous-mêmes : des êtres qui traversent la vie à moitié endormis, accomplissant des rituels hérités, aspirant à être vus non pas comme des apparences, mais comme des présences.
Visuellement, ce retable émouvant de fragments de Venise inspire le ralentissement, baignés d’une lumière dorée, échos des panneaux à la tempera des XIIIe et XIVe siècles. L’espace urbain se transforme en un seuil contemplatif, où le temps s’étire et où le regard devient une prière séculaire.
The Altarpiece offre une pause.
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The Altarpiece reimagines the sacred form of the medieval polyptych. Set in Venice, Italy — one of the most visited and performed cities in the world — the work turns its gaze toward the crowd as the new subject of devotion: not saints or martyrs, but the unknowing bodies of passing tourists moving through the city, bearing the quiet dignity of an everyday ritual. By day, Venice performs itself like a living stage; by night, it empties into silence — a rhythm of spectacle and absence that exposes its fragile soul. Each gesture, each glance, unfolds as part of a profane liturgy of seeing.
The poem Nello Sguardo (Within the Gaze), recited alternately in Italian and French, echoes this movement between spectacle and interiority. It speaks of the masks we wear — the roles, gestures, and borrowed attitudes through which we seek meaning — and of the need to look without judgment. The tourists, seen drifting through the city, become reflections of ourselves: beings moving through life half-awake, performing inherited rituals, longing to be seen not as appearances but as presences.
Visually, the work composes a moving altarpiece: fragments of Venice slow down, bathed in a golden light that recalls the tempera panels of the 13th and 14th centuries. The urban space turns into a contemplative threshold, where time expands and the gaze becomes a secular prayer.
The Altarpiece invites us to pause.
De L’année dernière à Marienbad réalisé en 1961, par Alain Resnais, j’ai le souvenir de personnages intemporels se cherchant dans les couloirs d’un palace ou de jardins grandioses, et filmés dans le cadre d’une structure éclatée et/ou labyrinthique.
Dans les couloirs du temps, je les vois rejouant les mêmes scènes à l’infini, comme s’ils étaient des automates, des statues programmées pour redire les mêmes phrases, prendre les mêmes décisions. De ce rôle qu’ils avaient joué, ils ne pouvaient s’échapper.
La temporalité pouvant ainsi être considérée comme un véritable labyrinthe, toute la difficulté consistant à s’y retrouver.
Il a fallu raconter les gestes
La disparition des insectes
Les pare-brises propres
l’absence de bleu
Le feu
nuée est un geste, initié en compagnie de l’artiste Gaëlle Rouard, trace d’une vidéo ayant capté une performance actuée par Adèle Tourte, Gaëlle Rouard et Julie Balguerie à Lussas en 2023. Avec la composition sonore de Kefren Rivera et Julie Balguerie.
Sergueï Paradjanov transformait la matière en poésie : le collage et les gestes étaient sa manière de défendre la liberté et l’identité différente contre la répression politique. La figure féminine occupe une place prégnante dans son oeuvre – mystérieuses, fortes et libres, les femmes animent son univers visuel.
Dialogue des gestes choisit le Musée Sergueï Paradjanov pour espace. Une jeune femme traverse ses salles et y tourbillonne, s’arrêtant parfois devant ses œuvres, avant de pénétrer dans une pièce sombre où se projettent sur son corps les films de Paradjanov. Des fragments audio et visuels des tournages de l’artiste enrichissent le dialogue vivant entre passé et présent ainsi noué. Les mouvements simples et libres de la jeune fille répondent à ceux des figures féminines de Paradjanov qui composait une nouvelle réalité avec ses objets et des figures féminines mystérieuses. Le corps de la jeune fille fait le lien, la continuation de cette tradition liée à la liberté moderne.
Dialogue des gestes montre comment l’art peut préserver la mémoire de la liberté à travers la matière et le mouvement et créer un lien vivant entre les mondes féminins de Parajanov et le nôtre.
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Sergei Parajanov was an artist who transformed material objects into poetry : for him, assemblage and hand-made gestures became a way to defend freedom and identity against political repression. Women occupy a central place in his films and collages—mysterious, strong, and liberated figures who drive his visual universe.
This video was filmed in the Sergei Parajanov Museum. A young woman wanders and spins through the rooms, sometimes pausing before his works, sometimes entering a dark hall where projections of Parajanov’s films wash over her body. The film also uses audio and visual fragments taken from the filming of his films, creating a living dialogue between the past and the present.
Her light, free movements echo the gestures of Parajanov’s heroines. Just as he worked with everyday objects and female archetypes to create new realities, the young performer becomes a contemporary embodiment of that tradition—a gesture of artistic freedom that continues today.
Dialogue of Gestures shows how art can preserve the memory of freedom through material and movement and create a living connection between Parajanov’s feminine worlds and our own.
Insoumuse L’Immatérialité Révélée – Réarmer le Regard
Insoumuse n’est pas seulement un projet photographique ; c’est, pour moi, une intervention critique et visuelle qui engage un dialogue direct avec l’histoire du cinéma. À travers une série photographique immersive, mon projet cherche à démanteler les mécanismes de représentation du « male gaze »: le regard masculin en l’inversant radicalement. Je prends pour pivot la figure de Delphine Seyrig – actrice emblématique et militante féministe – afin de subvertir l’érotisation passive des corps féminins à l’écran. L’objet traditionnel de la fascination devient ici un sujet de résistance actif, rendu possible par l’intégration stratégique de la réalité augmentée (RA) et d’une intégration sonore ciblée.
La démarche artistique d’Insoumuse s’articule autour de trois objectifs: rendre visible l’invisible, réarmer le regard et activer la mémoire. J’invite le spectateur à une expérience interactive et intime où la photographie agit comme un portail vers des récits filmiques et militants, révélant toute la complexité de l’héritage de Seyrig.
Le cœur visuel du projet s’inscrit sur la reprise et la réinterprétation de constructions iconiques du cinéma, celles qui ont figé l’image de Delphine Seyrig, de L’Année dernière à Marienbad à Jeanne Dielman. Les clichés choisissent Seyrig de dos, souvent isolée ou dans des décors chargés, jouant sur des contrastes de lumière et de couleur. Ce dos tourné est un acte de résistance formel. Il refuse la frontalité convenue et la disponibilité attendue du corps féminin face au désir du spectateur. Il n’est pas une invitation, mais une affirmation d’absence et d’autonomie. L’œuvre force ainsi le regardeur à rompre avec la consommation passive de l’image pour s’engager dans une interrogation active de celle-ci.
La réalité augmentée est l’outil privilégié de cette subversion. Elle ne superpose pas, elle révèle les tensions sous-jacentes du champ lui-même et structure le parcours narratif de l’installation. Sur l’image 2, partant de la gauche, le dos de Seyrig dans un intérieur ornementé – celui de l’Hôtel de la Cité de Carcassonne, la RA plonge dans l’univers onirique de Marienbad, alors qu’en boucle se susurre en murmure « Laissez-moi. » Ce son résonne comme un refus et une rupture avec toute assignation de rôle. La quatrième photographie, partant de la gauche, le dos exposé dans la pièce rouge du Salon de la Villa la Sapinière de Carcassonne, est métamorphosée par la R.A. en une scène d’India Song, dévoilant la femme devant le piano avec le vice-consul. Le caractère éthéré et la langueur de la scène s’amplifient grâce à cette apparition, nourrissant la complexité des regards échangés. Image 5, la RA opère un glissement: l’image bascule vers une courte scène de Jeanne Dielman, quand s’épluchent longuement des pommes de terre. Cette juxtaposition confronte l’esthétisation à l’aliénation, célébrant la force silencieuse du quotidien féminin comme un acte de résistance en soi.
Au-delà de l’analyse formelle, Insoumuse s’avère un hommage au parcours militant de Delphine Seyrig. Son engagement féministe, notamment à travers le collectif Les Insoumuses, est indissociable de sa carrière et est ici mis en voix. L’Image Noire – au centre de l’installation- porte cette présence sonore. Ce silence iconique, cette absence visuelle n’est pas un vide mais un espace saturé de présence. Le public accède à des fragments d’interviews où Seyrig clame haut et fort son féminisme, affirmant sa stature de militante. Ce vide visuel devient le lieu d’écoute, une chambre d’écho où la voix politique résonne sans les distractions de la forme. L’actrice, ayant joué la muse fantasmée, se retourne, prend la parole et la caméra, pour devenir une force consciente et critique.
Insoumuse s’inscrit pleinement dans l’esprit de ces Rencontres Internationales Traverse en articulant l’immatériel et le geste critique et l’œuvre confronte l’immatérialité du fantasme filmique à la tangibilité d’une critique engagée et d’une action interactive.
Contexte de production
À l’été 2025 à l’invitation et avec le soutien de l’association photographique GRAPh – Cmi et le domaine viticole, Domaine de la Sapinière de Carcassonne j’ai eu la chance de réaliser une résidence artistique de 5 semaines et de poursuivre dans ce contexte une recherche créative et un projet déjà débuté à Val-David au Québec. L’un des volets de ce travail artistique est la mise en place de dispositifs de confrontation de ma propre fascination pour la grande comédienne que fut Delphine Seyrig. Le projet Insoumuse en est la première résultante.
Après la 100e prise de ‘Testo du jeudi‘ (en anglais TTT), les références trilingues comme l’alphabet romain et coréen (Hangeul) et l’alphabet syllabique japonais (Katana) du mot TRANS sur un sketch de Kě.
After 100th The Thursday Testo, the tri-linguistical references such as the Roman and Korean (Hangeul)alphabets and the Japanese syllabic (Katana) alphabet.
Création vidéo assistée par ordinateur. Ces courtes vidéos sont des éléments d’une démarche qui procède d’une réflexion sur l’articulation entre dessin et écriture automatique, et image (fixe ou animée) obtenue par l’Intelligence Artificielle générative. Dans ce cadre-là, les images proviennent dans un premier temps d’une analyse par un logiciel approprié de dessins automatiques qui sert de prompt à partir duquel sont générée les images dans un rapport dialogique permanent entre l’auteur, qui décide du Final Cut et l’IA. Plus globalement, le propos consiste à interroger l’IA générative comme outil au service de la création artistique.
Je suis un homme trans. Cet autoportrait est une objection visuelle réagissant aux discours transphobes des TERFs. Je me déshabille dans un plan séquence au fur et à mesure que le discours des TERFs étale sa haine. Elles parlent d’opérations irréversibles. Moi je suis ravi de mes cicatrices. Mon corps est légitime. J’existe. Je les emmerde.
Deux plans de l’océan se superposent, chacun cherchant à exister. Ce n’est plus le réel, mais son double spectral et poétique. Leur matérialité numérique s’entremêle, alors surgissent des couleurs inattendues : jaunes acides, verts, violets, oranges… donnant force à une mer autre, déroutée.
L’image en strates déploie une temporalité contemplative et étrange, où le visible se dissoudrait dans sa propre illusion.
Poétique, Endless Sea rappelle que la mer n’est plus bleue.
Cet instant fugace où la lumière est sur le point de définir la forme et de triompher des ténèbres, où l’âme tapie au cœur de chaque élément est prête à émerger et à s’identifier à une idée prête à donner sa forme. Floating in space tente une image de cet instant précis, à la frontière entre le monde intérieur et le monde extérieur, là où se rencontrent toutes les contradictions. C’est un acte de trêve, un armistice, une résolution, en ce sens qu’elle représente, exprime et dépeint, dans un mouvement gracieux et une progression harmonieuse, « notre vie, un flux permanent inscrit dans un cadre temporel stable ». Le mystère envoûtant des ténèbres face au mystère lumineux de la lumière, le chaos face à l’ordre, les innombrables possibilités de synthèse, tout cela est là, matière première à la disposition de l’homme…
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It is all about the flash like moment when light is about to define form and prevail over darkness, when the soul hidden inside every thing is ready to emerge and identify with an idea that will give it its form. It attempts a visual presentation of that very moment at the very boundaries between the inner and the outer world, where all the contraries touch. It is an act of truce, an armistice and a resolution, in the sense that it represents, expresses and displays, in graceful movement and harmonic progression, « our life a permanent flow inside a steady time frame ». The alluring mystery of darkness versus the illuminated mystery of light, chaos versus order, the innumerable possibilities of synthesis, are all there, available material for man to use…
Gorge, du latin « gurges » dénote le « tourbillon d’eau », le « gouffre, l’abîme » puis « le gosier ».
La gorge comme seuil entre notre corps et le monde. Se tenir au seuil de la parole, à l’endroit où ça remue, où ça brasse, où l’hésitation se fait entre laisser jaillir, déborder, ou se laisser glisser dans le gouffre du non-dire. Le silence creuse des trous, ouvre des précipices.
Toutes ces langues qu’on nous coupe.
Sur un fragment du texte « Dans le cas l’ablation de la gorge et du pharynx… » de L’ignorant et le fou de Thomas Bernhard.
Entre l’air et l’eau ? tout corps plongé… dans une société, dans le temps, dans une image, dans un mouvement, … subit une poussée égale au poids de l’insécurité permanente de part l’accélération du monde.
Tout corps plongé se souvient de L’Innommable de Beckett, du théâtre de Nathalie Sarraute, des réflexions de Zygmunt Bauman et de ma sensation de bien être, mon attirance pour le milieu aquatique, l’eau, la fluidité, l’intemporalité de cette matière. Un mouvement capté entre l’air et l’eau…
Émergeant de l’espace liquide entre mythe et simulacre, une sirène qui avait autrefois donné sa voix et son corps réapparaît multipliée sur des surfaces numériques. Son corps se fragmente et s’étend à travers des états de désir et de silence. Un écho, de l’écume et le fantôme d’une présence instable. Elle déploie une hybridité agitée, hantée par des rôles scénarisés et la métamorphose pour exister à l’ère de l’hyperréalité.
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Emerging from the liquid space between myth & simulacrum, a mermaid w̶h̶o̶ ̶o̶n̶c̶e̶ ̶g̶a̶v̶e̶ ̶u̶p̶ ̶h̶e̶r̶ ̶v̶o̶i̶c̶e̶ ̶&̶ ̶t̶a̶i̶l̶ ̶ reappears multiplied across digital surfaces, where the body fragments & expands through states of desire & silence. an echo, foam & ghost of an unstable presence. it unfolds a restless hybridity, haunted by scripted roles & metamorphosis to exist in t̶h̶e̶ ̶a̶g̶e̶ ̶o̶f̶ hyperreality.
Dans Bubble Bath, une simple baignoire devient le théâtre d’un voyage insolite à travers l’histoire du cinéma. Du film noir au western, en passant par l’horreur et la comédie burlesque, un siècle d’images animées se dévoile dans une méditation visuelle sur la poésie cachée du quotidien.
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In Bubble Bath, a simple bathtub becomes the stage for an unusual journey through the history of cinema. From noir and western to horror and slapstick comedy, a century of moving images unfolds in a visual meditation on the hidden poetry of everyday life.
Cette courte œuvre vidéo réinvente le tableau du XVe siècle intitulé Saint Elizabeth’s Day Flood[i] (L’inondation du jour de la Sainte-Élisabeth), à la fois comme traumatisme historique et présage contemporain. Combinant des images générées par l’IA inspirées du tableau et des séquences vidéo modernes, le film efface les frontières temporelles : des églises gothiques côtoient des tours de verre, des villageois rament à côté d’androïdes, et des eaux boueuses déferlent à la fois sur des villes anciennes et des horizons contemporains.
À travers des oppositions saisissantes, Echoed in Water réfléchit à la violence répétée des catastrophes climatiques provoquées par l’homme. La fusion des époques suggère non seulement la continuité de la vulnérabilité environnementale, mais aussi la manière dont les progrès technologiques ont non seulement échoué à nous protéger contre la colère de la nature, mais ont également contribué à l’aggraver. Le passé médiéval, autrefois considéré comme lointain et sans rapport avec nos vies, devient le miroir de nos angoisses actuelles, d’autant plus que la montée des eaux, la destruction des infrastructures et les bouleversements écologiques font désormais partie de notre quotidien.
Cette œuvre offre une réflexion visuelle sur la fragilité, la mémoire et le mythe du progrès. Elle n’est pas seulement une éloge funèbre pour les victimes de la noyade, mais aussi un avertissement : l’histoire, comme l’eau, finit toujours par revenir.
Les deux panneaux représentant l’inondation de la Saint-Élisabeth illustrent la catastrophe du 19 novembre 1421 (jour de la fête de Sainte-Élisabeth). Le panneau de droite, plus complexe, présente un langage visuel unique, caractérisé par des perspectives et des proportions déformées. Il représente plusieurs histoires simultanément, qui construisent le récit global de l’événement. Ces caractéristiques intrigantes servent de modèle et de point de départ à une enquête visant à traduire et à transformer le tableau en un scénario qui anime une image des catastrophes écologiques passées et présentes.
[i] L’inondation de la Saint-Élisabeth, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, vers 1490 – vers 1495.
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This short video art piece reimagines the 15th-century painting, Saint Elizabeth’s Day Flood[i], —as both historical trauma and contemporary omen. Combining AI-generated shots inspired by the painting with modern video footage, the film collapses time: Gothic churches stand beside glass towers, villagers row past androids, and muddy floodwaters surge through both ancient towns and contemporary skylines.
Through haunting juxtapositions, Echoed in Water reflects on the repeated violence of human-induced climate disasters. The merging of eras suggests not only the continuity of environmental vulnerability but also how technological advancement has not only failed to safeguard against nature’s wrath but also contributed to it. The medieval past, once seen as distant and irrelevant to our lives, becomes a mirror for our present anxieties—especially as rising seas, broken infrastructures, and ecological displacement become daily realities.
The work offers a visual meditation on fragility, memory, and the myth of progress. It is not only an elegy for the drowned but also a warning: history, like water, finds its way back.
The Saint Elizabeth’s Day Flood two panels depict the flood on November 19th 1421 (the feast day of Saint Elizabeth). The right panel, which is more complex, has a unique visual language of distorted perspectives and proportions. It depicts multiple stories simultaneously, which construct the overall narrative of the event. These intriguing features serve as a template and starting point for an investigation aiming to translate and transform the painting into a storyboard that animates a picture of past and present ecological catastrophes.
[i] The Saint Elizabeth’s Day Flood, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, c. 1490 – c. 1495.
Les êtres vivants, comme les termites, tracent des itinéraires au-dessus de lieux auparavant inhabitables : ils doivent réinventer les façons de s’empiler. Aussi aléatoire et isolé que soit leur microcosme, même ce qui semblait vide est désormais plein de possibilités de corruption. Un baiser de l’ère de la reproductibilité technique à celle de la dématérialité.
Dans ce court métrage fantastique et horrifique inspiré du récit d’Arthur Gordon Pym de Nantucket, un narrateur (dans une langue inconnue) décrit un voyageur solitaire qui s’aventure dans un royaume ancien et oublié où la réalité se dissout dans l’inconnu. Dans un vaste temple en ruines, des colonnes imposantes se tordent tels des serpents figés, et d’inquiétants hiéroglyphes se transforment au-delà de toute compréhension. Paralysé, l’homme voit de pâles tentacules ondulantes descendre d’un vide aveuglant, leurs mouvements lents et délibérés ressentant sa présence. À mesure que la lumière s’intensifie, les vrilles l’enveloppent, l’entraînant dans la blancheur, dans quelque chose au-delà du temps, au-delà de l’existence. Une méditation onirique sur le destin, la transformation et les mystères qui se trouvent juste au-delà de la perception humaine.
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In this horror fairy tale short film, inspired by The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, a storyteller (in unknown language) describes a lone traveler ventures into an ancient, forgotten realm where reality dissolves into the unknown. Within a vast, crumbling temple, towering columns writhe like frozen serpents, and eerie hieroglyphs shift beyond comprehension. Paralyzed, the traveler watches as pale, slithering tentacles descend from a blinding void above, their slow, deliberate movements sensing his presence. As the light intensifies, the tendrils envelop him, drawing him into the whiteness—into something beyond time, beyond existence. A dreamlike meditation on fate, transformation, and the mysteries that lie just beyond human perception.
« Un regard vidéo sur une oeuvre en acte dans un atelier d’artiste, celui de Nadine Lahoz-Quilez à Saint-Etienne, comme une mise en abyme de l’acte créatif. Le geste de l’artiste est à prendre au sens propre comme au sens figuré : qu’est-ce qu’un geste artistique? Dans l’univers de Nadine Lahoz-Quilez, où réseaux, interstices de la peau, stimulations du corps humain sont transposés dans la matière, le verre expose ses variations lumineuses et sa résistance. Dans In-visible senses s’engage une lutte entre l’artiste et son matériau : derrière une apparence tranquille se trament des déchirures. L’altérité s’impose : comment créer à l’intérieur de l’oeuvre de l’autre? Les gestes de deux artistes : la plasticienne et la vidéaste, n’ont rien de prétentieux, ils évoquent des moments-clé dans le processus créatif des artistes, posant comme ambiguïté la possibilité ou l’impossibilité d’une diégèse. Et je dirais que, à l’instar de Jean-Luc Godard : «Il y a une pensée qui forme, parce qu’il y a une forme qui pense ». »
Par une pratique protéiforme, Nadine Lahoz-Quilez questionne les attributs du paraître avec ce qu’ils dévoilent de notre relation sociale et politique du corps. Par des entrée multiples : l’enveloppe, le tatouage, la pilosité, les membranes… Elle aborde son intimité et tente de révéler ce que nous avons de plus indicible.
Le corps est un espace mémoriel. Penser dans ses épaisseurs, la surface se construit par le dedans. L’espace du dehors procède par irrigation et empreinte pour constituer notre singularité. Cette singularité se constitue aussi sur du commun, une existence collective.
Accordage emprunte ce terme à la musique : accorder son instrument, être en accord. Par métaphore accorder son corps à l’environnement dans lequel il se déploie.
L’installation Accordages aborde l’importance des fascias. Ces membranes cellulaires ubiquistes soutiennent les éléments constitutifs du corps (organes, muscles, nerfs…). Ces peaux ont un rôle majeur dans la structuration, l’équilibre du corps et finalement notre relation au monde. Le corps est pris ici comme une interface poreuse entre ce qui le constitue et ce qui l’entoure.
L’usage du verre est lié à la notion de porosité. Grâce à sa transparence il laisse entrevoir ce qui se développe au-delà de sa surface. Le fracasser le charge d’une multitude de micro fissures s’organisant en réseau et traduisant la nature communicante des membranes fasciales.
L’exploration des peaux comme espace liminal permet de réévaluer notre relation au corps, de stimuler notre perception pour éveiller et réactiver notre sensibilité et notre réceptivité au vivant.
« Chironomies » dénomme une série en cours de films s’intéressant de très près à l’esthétique de la gestuelle des chefs d’orchestre.
Les captations des œuvres musicales retenues sont travaillées, découpées afin que ne subsistent certains mouvements pertinentes. Les corps, délestés du superflu et démultipliés, font des traces qui dessinent des motifs propres à chaque chef d’orchestre pour autant de recompositions visuelles et musicales qui naviguent entre figuration et abstraction.
Vasily Petrenko, nommé directeur artistique de l’Orchestre symphonique de la fédération de Russie «Evgeny Svetlanov» en 2021, après en avoir été le principal chef invité depuis 2016 et le directeur artistique à partir de 2020, en démissionne le 2 mars 2022, pour protester contre la guerre menée par la Russie en Ukraine et annonce que sa décision ne sera pas remise en cause tant que la paix ne sera pas rétablie…
Barbara Hannigan, née le 8 mai 1971 à Halifax, Nouvelle-Écosse, au Canada, est et soprano et cheffe d’orchestre; elle dirige La Gaîté parisienne d’Offenbach et l’Orchestre philharmonique de Radio France.
Fabio Luisi est un chef d’orchestre italien, né à Gênes le 17 janvier 1959. Il dirige le Requiem de Verdi et l’orchestre symphonique du Danemark.
L’artiste dit : «Mon objectif : sublimer le geste pour donner naissance à de nouvelles représentations artistiques où est remise en question la frontière entre figuration et abstraction (…). Les vidéos originelles subissent des transformations colorimétriques, spatiales et temporelles : les couleurs superflues sont éliminées pour ne garder que celles essentielles à la composition, les corps sont démultipliés pour créer de nouveaux motifs à l’aide de jeux de miroirs, les vidéos originales sont ralenties, les différentes itérations des acteurs décalées dans le temps, et un effet de trace prolonge l’instant passé. Les bandes-son originales sont conservées mais subissent les mêmes déformations temporelles que les images.»
Pendant la durée exacte d’un vrai repas, Pégase, par une bouche virtuelle — un moulin — avale le mélange de la pomme d’or et de la pomme empoisonnée.
Avaler devient un diagnostic spirituel :
ce qu’il mâche, c’est la langue même du mythe.
Entre ses dents, la déesse et le monstre se confondent.
Qui a tracé la ligne entre la pureté et la chute, entre la mère et la créature ?
Elles n’ont jamais été séparées :
elles respirent dans un même flux d’énergie, entre le corps et la machine,
où l’or et le poison partagent la même source d’inspiration. »
Une représentation d’un «déjeuner» dans le temps physique d’un déjeuner : Pegasus mange ses fourrages et utilise un moulin pour simuler une sorte de mastication, combinant les côtés dorés et noirs de la pomme en un seul. Il utilise la purée pour peindre, en laissant sur un tissu blanc.
« Je crée des œuvres d’art ancrées dans le mouvement corporel et les rencontres quotidiennes, prenant mon corps pour explorer comment ma famille et moi utilisons nos espaces habités pour les activités quotidiennes de subsistance et d’abri. J’ai, ainsi, porté une attention particulière à la pratique quotidienne du piano de mon fils, car sa musique imprègne notre maison de rythme et de mouvement. En moi, parent, soutien et mentor, sa pratique suscite une gamme de réactions : concentrant mon énergie et mon attention, j’écoute les erreurs, essayant d’équilibrer l’implication émotionnelle et le détachement intellectuel, l’ennui et le plaisir, la surprise et l’anticipation, apprenant à comprendre ses schémas de respiration, ses variations et ses hésitations à chaque nouveau morceau qu’il aborde. Les films qui sont nés de ces années d’écoute sont composées d’images superposées et d’enregistrements manipulés. Fruit Hands / Lively Dance prolonge mon expérience de l’ennui et du plaisir jusqu’à l’absurde ; je retiens des objets courants qui m’entourent (des fruits), le mouvement de la caméra fixée sur mon corps et une perspective subjective pour surmonter l’irritation générée par la répétition constante par la fantaisie et le jeu. Qu’ils soient empreints d’amour, oniriques ou insensés, mes films sont des méditations sur l’accumulation de strates d’expérience sensorielle dans un espace habité par ceux que j’aime. »
« I make art grounded in bodily movement and quotidian encounters, using my body to explore how my family and I use our inhabited spaces for the everyday activities of sustenance and shelter. I have paid particular attention to my son’s daily piano practice, as his music making infuses our home with rhythm and movement. As his parent, cheerleader, and coach, his practice provokes a range of reactions in me: focusing my energy and attention, I listen for mistakes, trying to balance emotional involvement with intellectual detachment, boredom with enjoyment, surprise with anticipation, coming to understand his patterns of breath, variation, and hesitation with each new piece he tackles. The video works that have grown from my years of listening are composed of overlapping images and manipulated recordings. Fruit Hands / Lively Dance extends my experience of boredom and enjoyment into absurdity; I use common objects around me (fruits), the movement of the camera attached to my body, and a first-person perspective to overcome the irritation generated by constant repetition with silliness and play. Whether loving, dreamlike, or foolish, my videos are meditations on the accumulation of layers of sensory experience in a space inhabited by those I love. »
Eté 1985 devant une peinture de l’école hollandaise à Venise, avec des corps, certains dressés, un autre mort. Réflexion d’Anaïs devant le sang qui s’échappe de la tête de celui qui est mort: « on dirait une grenade ». Cela y ressemblait beaucoup.
2014, Paris, mes mains écorchent et démontent une grenade.
Au montage, je retire mon corps des images : je n’ai rien fait.
Ne restent que les soubresauts heurtés du fruit qui se défait.
La musique s’y juxtapose, dans un jeu de balancements et de déséquilibres.
Le désordre de l’image échappe à la rigueur de Bach.
Le fruit est chair et arme à la fois.
De la chair qui explose, doucement, presque en silence.
Je m’en lave les mains.
BreaRth titre une série de tableaux interactifs empruntant les motifs de la nature morte afin d’amener par le regard et l’esthétique à s’interroger sur les questions géo-écolo-politiques actuelles.
En hauteur, un écran géant encadré de bois évoque immédiatement une peinture monumentale composée d’éléments pourris, fanés, fondus.
Alors que le regardeur.se s’approche, un faisceau de lumière éclaire le tableau. La peinture s’anime : les pétales s’envolent pour se rattacher à leur tige, la pourriture s’annule et les fruits retrouvent leurs couleurs. Quelques notes de clavecin s’égrènent.
Les déplacements devant la pièce dirigent le faisceau qui éclaire différents composants qui reprennent alors vie, mais se fanent ou pourrissent à nouveau dès que la lumière les quitte.
Un.e second.e visiteur.se s’approchant, un autre faisceau apparaît sur la peinture. Ensemble, les spectacteurs.trices provoquent plus de vie alors que la musique s’enrichit et devient plus mélodique.
BreaRth attire l’attention sur les problèmes environnementaux.
Son interactivité confronte tout un chacun à ses responsabilités, l’induit à se questionner sur son engagement
Le rythme de son animation apaise tout en insufflant confiance.
L’installation interactive IDM #2 (Invention De Morel) renverse le processus de l’œuvre littéraire qu’elle cite en son titre : L’invention de Morel d’Adolfo Bioy Casares, publié en 1940, où les personnages se retrouvent piégés dans la machine contre leur gré.
Morel devient, ici, l’inventeur fou d’une télévision dans laquelle la figure des visiteur.se.s apparaît et disparaît presque imperceptiblement, dans une neige cathodique qui rappelle les séries Z des années 90. IDM #1/ Intertitres Définitivement Métaphysiques, deux phrases du Nosferatu de Murnau rejouent le processus répété de l’apparition et de la disparition, réactivant ainsi la mémoire vivante du cinéma et de la littérature fantastique.
IDM #1 /Intertitres définitivement Métaphysiques, se compose de deux cadres de 30 x 30 cm dont l’un emprunte le : “Ne soyez pas si pressés…” en une encre à l’huile et peinture acrylique sur plaque d’aluminium alors que le second retient “Personne n’échappe à son destin…” en peinture thermochrome et qui devient transparente à la chaleur et encre à l’huile sur verre anti-reflets et peinture acrylique sur plaque d’aluminium alors que l’élément chauffant et électronique est programmé sur un cycle de chauffe et de refroidissement. Ces deux « cartons » accueillent et conditionnent à la temporalité de la pièce qui ne se saisit pas au premier regard, puisqu’il s’agit d’un processus d’apparition et de disparition, de présence et d’absence, de découverte et d’oubli. Jouant avec une apparente simplicité et une ambiguïté certaine, les deux phrases, fidèles à la typographie et aux couleurs des intertitres du Nosferatu le vampire de Friedrich Wilhelm Murnau, de 1922, instaurent un contexte et un dialogue avec l’autre élément de la pièce.
IDM #2 (Invention De Morel), 2025. tv cathodique et dispositif électronique relié à un service web.
S’y joue la vision d’une collection d’image fantomatiques apparaissant dans la neige cathodique. Le spectateur, s’il fait preuve de patience, voit se révéler des visages et autres formes humaines sur l’écran de la TV. S’il le souhaite, il participe en donnant son image/selfie par un site web spécialement dédié et accessible via le QR code sur le cartel et les badges NFC). À l’instar d’un réseau social ou l’on poste son image, le dispositif IDM enregistre et diffuse dans un bruit parasite, les photos données par les spectacteurs. À la fois visibles et invisibles, ces images deviennent des figures fantomatiques qui à peine vues, s’évanouissent déjà.
Les ruines circulaires met en scène la lente érosion d’une colonnade de sel, vestige d’un temple imaginaire. Pensée comme un décor, l’installation devient l’amphithéâtre possible où se rejoue le conte de Jorge Luis Borges. Son titre renvoie directement à l’histoire de l’écrivain argentin, dans laquelle un homme venu de loin se réfugie dans un temple en ruine pour accomplir une entreprise singulière : rêver un être humain afin de le faire exister. L’installation explore les frontières entre apparition et disparition, entre matérialité et illusion, entre le temps de la ruine et celui du rêve. D’une durée de 1h50, elle est conçue comme un tableau qui se découvre au fil du temps.
Ce triptyque floral exalte une figure mythologique de la culture slave de mes origines, les Wilis ou Wily, popularisées par Heinrich Heine et qui inspirèrent par la suite en France le ballet Giselle composé par Adolphe Adam.
Tantôt esprits, tantôt nymphes ou fées, ces femmes-créatures aux longs cheveux ornés de couronnes de fleurs peuplaient les lacs, les forêts et les airs où elles étaient condamnées à errer. Elles pouvaient être des fiancées mortes avant leur nuit de noces qui se rassemblaient sur les routes à minuit pour attirer les hommes et les faire danser jusqu’à la mort. En Serbie, elles étaient de jeunes filles maudites par Dieu. En Pologne, c’étaient des femmes « clouées au pilori » pour leur légèreté dans leur vie passée. Représentations féminines ambivalentes, elles étaient tour à tour bienveillantes avec les humains ou au contraire rendues responsables de diverses catastrophes, comme la destruction des récoltes. La Wilis convoquée dans ce collage en trois actes par une communauté d’humains avide de magie se prête volontiers au jeu qui lui est demandé, mais ce, non sans un certain flegme, voire un soupçon de provocation et d’ironie, peut-être aussi désenchantée que le monde contemporain qui fait appel à elle…
Entre improvisation et composition, cette recherche continue sur la performance électroacoustique repose sur l’interdépendance entre le patch électronique et la clarinette basse. Mettant en avant les basses fréquences et des atmosphères enveloppantes, mémoire vive s’écoute, se voit et se ressent.
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Between improvisation and composition, this ongoing research on electro acoustic performance is based on the co dependance between the electronic patch and the bass clarinet. Highlighting low frequencies and grounding atmospheres, mémoire vive is to be heard – seen and felt.
https://minten.art/
crédit photo : Jérémie Luke
Troubad fait de ses mouvements la source d’énergie de sa musique jouée avec de vieux jouets cabossés, rendus fous par l’électricité qui les traverse; ils la rendent palpable, directement audible dans un slow-tech.
Digestion du traumatisme de ma guitare-manette, ayant vu ses ancêtres jetées dans un volcan, elle se figure leur conception, par des petites mains d’humains et de machines attentives. Toutes ces modifications de la matière, ces efforts, finies dans la lave et elle qui sert encore. Encore longtemps ?
Anātta est une performance graphique et sonore, un voyage immersif pour une expérience sensorielle collective plongeant le public dans un état méditatif. En Pâli, Anātta signifie « absence de soi ». Cet état où le soi est absent – ou état d’union – peut être expérimenté de diverses manières : lors d’états de conscience modifiée, en méditation profonde ou durant la création d’une œuvre artistique. Ici, il s’agit de « laisser la place » au geste pour permettre à la peinture de prendre la relève.
Dans cette performance, derrière un voile lui servant de toile, Leïla Rose Willis laisse les pinceaux agir d’eux-mêmes en résonance avec la musique expérimentale, les lieux et le public présent. Habillée de blanc, la peintre s’efface graduellement, à mesure que la peinture à l’encre apparait, dans une danse graphique abstraite et ambidextre. En état de pleine conscience, elle capte les vibrations et retranscrit les résonances de l’instant par une gestuelle inconnue d’elle-même, concentrée, entre maitrise et lâcher-prise.
« Les dieux condamnèrent Sisyphe à pousser éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, d’où la pierre redescendait sous son propre poids. Ils pensaient, avec une certaine raison, qu’il n’y a pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir » — Camus.
Sisyphe est condamné à une action répétitive éternelle, pousser le rocher qui va rouler en bas de la pente. Encore et encore, sans répit. Sisyphe ne pousse pas seulement le rocher ; il pousse le poids de sa propre répétition, il se pousse lui-même dans une action absurde, une action dépourvue de sens.
L’homme et le rocher se confondent, le corps devenant le rocher lui-même. Sisyphe est pris au piège de l’esclavage de la répétition, mais il n’est pas un automate, il est conscient et conscient de l’absurdité et, malgré cela, il conserve la volonté de ramasser et de monter le rocher, même s’il sait qu’il retombera. Et c’est dans ce déni et ce deuil – du non-sens et de l’absurdité de l’action- que réside la volonté de refuser d’être une victime, et en refusant d’être une victime, il devient un survivant, et dans ce désir de survie se trouve
le germe de la rébellion et avec elle l’espoir du changement – du sens de la vie.
Le geste s’actue devant une projection dans laquelle Sisyphe est saisi dans un décor naturel, luttant avec son rocher. Ce Sisyphe de l’écran se matérialise dans la salle en interagissant avec le rocher. Son corps souffre sous le poids de celle-ci et exprime son désir de s’approprier ce poids et de le dominer. Sa capacité à comprendre (finalement) que cette action absurde est une imposition étrangère à sa volonté, et que cette pierre fait partie de son essence.
En écho au métier de noueuse exercé par son arrière-grand-mère, l’artiste engage son corps comme un outil de production immobile, assimilé à un métier à tisser. Appuyée contre un mur, elle demeure fixe tandis qu’une chaîne de tissus prend naissance dans une mèche de ses cheveux. Le public est invité à nouer entre eux des fragments textiles, activant ainsi la performance. Le geste du nouage, à la fois constructeur et éphémère, génère une forme collective, immatérielle et évolutive. L’œuvre interroge la transmission des gestes, la construction du lien, la rencontre à travers une action partagée et temporaire.
Ma photographie chatoyante représente une Transition qui s’inscrit depuis plus d’une décennie comme un discours.
Je souhaite montrer l’impact de la chaleur sur les murs et les corps, pour mettre en évidence le phénomène de surchauffe. Le procédé est une sorte de négatif couleur et fait penser à l’imagerie thermique des bâtiments.
Les orientations mondiales de l’urbanisation de nos villes mettent à profit « une science des villes » (Programme des Nations Unies*).
Les nouveaux quartiers deviennent une ligne de rencontre de différents horizons d’activités économique, scientifique, sociale… (Bruno Latour**).
4 thèmes, dont sont extraites les images, structurent ma recherche visuelle:
La climatologie urbaine (monitoring, modélisation et prévision)
Une architecture Avec ou Contre le soleil ? (Adaptation du bâti)
Où sont les vulnérabilités ? (Conditions du vivant)
Quelles sont les stratégies ? (Usages et urbanisation)
Exposition autoproduite par l’artiste, en collaboration avec la climatologue Julia Hidalgo du LISST-CNRS Université Jean-Jaurès.
* Programme des Nations Unies, Habitat III, signé à Quito, Équateur, 2016
** Bruno Latour, Le Parlement des choses, Écologie politique, n° 10, été 1994, repris dans Écologie & politique 2018/1 (N° 56), Éditions Le Bord de l’eau.
Tour à tour oiseau, sujet de curiosité, balloté dans l’immensité de l’Océan, rêveur, empreint de nostalgie, parfois joueur, j’ai baladé le Livre au gré de mes voyages, au travers des 4 éléments et des saisons.
Passeur de nos connaissances, de nos découvertes, témoin de notre Histoire autant que de nos folies humaines, le Livre atteste d’une Terre nourricière qui endure les mauvais traitements qui lui sont infligés mais qui aussi rue avec la brutalité rageuse de ceux qui ont trop longtemps fait acte de patience.
Noyade mentale cherche l’invisible et à l’intangible, en figurant ce qui ne peut être vu ni touché, mais qui habite intensément l’expérience humaine : une sensation diffuse, troublante, celle de la perte de soi. Ce n’est pas une disparition brutale, mais un effacement progressif, presque silencieux, comme si l’identité se diluait lentement dans un espace sans contours.
Le corps n’y est plus un repère stable mais englouti, absorbé, comme aspiré par un vide ou un fluide mental. Les limites physiques floues, incertaines. La chair se confond, les formes se dérobent. C’est une noyade intérieure, lente, étouffante, non pas dans l’eau, mais dans un espace mental aliénant, abstrait, où le réel perd sa consistance.
Il y s’agit de rendre visible l’état de dérive identitaire, cette impression d’étrangeté à soi-même, de flottement, de glissement hors de son propre corps. en interrogeant la frontière entre ce qui est perçu et ce qui échappe, entre la présence physique et l’absence intérieure.







































































































































