Vendredi 13 mars 2026, 18h30-21h
Atelier Ombres Blanches
3 Rue de Mirepoix, 31000 Toulouse | Métro : Capitole | ÔVeloToulouse : Gambetta-Saint-Ursule
Vernissage
Entrée libre et en présence d’artistes
Exposition du 18 mars au 28 mars, du mercredi au samedi, (13h-18h30)
L’installation d’Alexandre Sune appelle les fantômes en phrases peintes en encre thermochrome, empruntées au Nosferatu de Murnau alors que, participative, elle guette les images des visiteurs apparaissant à peine sur un écran cathodique. Phantom Memories et Insoumuse prolongent cet entre-deux, mêlant hommage à Delphine Seyrig, footage et photographies avec réalité augmentée, voix féministe sur velours et décor. Julie Balguerie et Edoardo Mulato ajoutent à leur tour le souffle de la pellicule, ses bruits et mouvements, et l’immobilité solaire de plans médités, conjurant l’éphémère et la mémoire. Paysages picturaux et rappel de plans du cinéma. Impromptu musical, opératique et action itinérante ajoutent leur inattendu à la soirée de vernissage… invitant à une navette à pied d’un lieu à l’autre.
Installations
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- Michel Depatie – Insoumuse, 2025, Photographie (CA) * télécharger l’application Artivive sur Google Play ou AppStore
Impromptu musical

Marlène GASTON-EPITER – Chanteuse lyrique
Action-déambulation
Il a fallu raconter les gestes
La disparition des insectes
Les pare-brises propres
l’absence de bleu
Le feu
nuée est un geste, initié en compagnie de l’artiste Gaëlle Rouard, trace d’une vidéo ayant capté une performance actuée par Adèle Tourte, Gaëlle Rouard et Julie Balguerie à Lussas en 2023. Avec la composition sonore de Kefren Rivera et Julie Balguerie.
Insoumuse L’Immatérialité Révélée – Réarmer le Regard
Insoumuse n’est pas seulement un projet photographique ; c’est, pour moi, une intervention critique et visuelle qui engage un dialogue direct avec l’histoire du cinéma. À travers une série photographique immersive, mon projet cherche à démanteler les mécanismes de représentation du « male gaze »: le regard masculin en l’inversant radicalement. Je prends pour pivot la figure de Delphine Seyrig – actrice emblématique et militante féministe – afin de subvertir l’érotisation passive des corps féminins à l’écran. L’objet traditionnel de la fascination devient ici un sujet de résistance actif, rendu possible par l’intégration stratégique de la réalité augmentée (RA) et d’une intégration sonore ciblée.
La démarche artistique d’Insoumuse s’articule autour de trois objectifs: rendre visible l’invisible, réarmer le regard et activer la mémoire. J’invite le spectateur à une expérience interactive et intime où la photographie agit comme un portail vers des récits filmiques et militants, révélant toute la complexité de l’héritage de Seyrig.
Le cœur visuel du projet s’inscrit sur la reprise et la réinterprétation de constructions iconiques du cinéma, celles qui ont figé l’image de Delphine Seyrig, de L’Année dernière à Marienbad à Jeanne Dielman. Les clichés choisissent Seyrig de dos, souvent isolée ou dans des décors chargés, jouant sur des contrastes de lumière et de couleur. Ce dos tourné est un acte de résistance formel. Il refuse la frontalité convenue et la disponibilité attendue du corps féminin face au désir du spectateur. Il n’est pas une invitation, mais une affirmation d’absence et d’autonomie. L’œuvre force ainsi le regardeur à rompre avec la consommation passive de l’image pour s’engager dans une interrogation active de celle-ci.
La réalité augmentée est l’outil privilégié de cette subversion. Elle ne superpose pas, elle révèle les tensions sous-jacentes du champ lui-même et structure le parcours narratif de l’installation. Sur l’image 2, partant de la gauche, le dos de Seyrig dans un intérieur ornementé – celui de l’Hôtel de la Cité de Carcassonne, la RA plonge dans l’univers onirique de Marienbad, alors qu’en boucle se susurre en murmure « Laissez-moi. » Ce son résonne comme un refus et une rupture avec toute assignation de rôle. La quatrième photographie, partant de la gauche, le dos exposé dans la pièce rouge du Salon de la Villa la Sapinière de Carcassonne, est métamorphosée par la R.A. en une scène d’India Song, dévoilant la femme devant le piano avec le vice-consul. Le caractère éthéré et la langueur de la scène s’amplifient grâce à cette apparition, nourrissant la complexité des regards échangés. Image 5, la RA opère un glissement: l’image bascule vers une courte scène de Jeanne Dielman, quand s’épluchent longuement des pommes de terre. Cette juxtaposition confronte l’esthétisation à l’aliénation, célébrant la force silencieuse du quotidien féminin comme un acte de résistance en soi.
Au-delà de l’analyse formelle, Insoumuse s’avère un hommage au parcours militant de Delphine Seyrig. Son engagement féministe, notamment à travers le collectif Les Insoumuses, est indissociable de sa carrière et est ici mis en voix. L’Image Noire – au centre de l’installation- porte cette présence sonore. Ce silence iconique, cette absence visuelle n’est pas un vide mais un espace saturé de présence. Le public accède à des fragments d’interviews où Seyrig clame haut et fort son féminisme, affirmant sa stature de militante. Ce vide visuel devient le lieu d’écoute, une chambre d’écho où la voix politique résonne sans les distractions de la forme. L’actrice, ayant joué la muse fantasmée, se retourne, prend la parole et la caméra, pour devenir une force consciente et critique.
Insoumuse s’inscrit pleinement dans l’esprit de ces Rencontres Internationales Traverse en articulant l’immatériel et le geste critique et l’œuvre confronte l’immatérialité du fantasme filmique à la tangibilité d’une critique engagée et d’une action interactive.
Contexte de production
À l’été 2025 à l’invitation et avec le soutien de l’association photographique GRAPh – Cmi et le domaine viticole, Domaine de la Sapinière de Carcassonne j’ai eu la chance de réaliser une résidence artistique de 5 semaines et de poursuivre dans ce contexte une recherche créative et un projet déjà débuté à Val-David au Québec. L’un des volets de ce travail artistique est la mise en place de dispositifs de confrontation de ma propre fascination pour la grande comédienne que fut Delphine Seyrig. Le projet Insoumuse en est la première résultante.
De L’année dernière à Marienbad réalisé en 1961, par Alain Resnais, j’ai le souvenir de personnages intemporels se cherchant dans les couloirs d’un palace ou de jardins grandioses, et filmés dans le cadre d’une structure éclatée et/ou labyrinthique.
Dans les couloirs du temps, je les vois rejouant les mêmes scènes à l’infini, comme s’ils étaient des automates, des statues programmées pour redire les mêmes phrases, prendre les mêmes décisions. De ce rôle qu’ils avaient joué, ils ne pouvaient s’échapper.
La temporalité pouvant ainsi être considérée comme un véritable labyrinthe, toute la difficulté consistant à s’y retrouver.
The Altarpiece réinvente la forme sacrée du polyptyque médiéval. Les plans pris à Venise, Italie, l’une des villes les plus visitées et les plus représentées au monde, privilégient la foule comme nouveau sujet de dévotion, non pas les saints ou les martyrs, mais le corps inconscient des touristes qui arpentent la ville, portant la dignité tranquille d’un rituel quotidien. Le jour, Venise est une scène vivante ; la nuit, elle se désemplit dans le silence — ce rythme de spectacle et d’absence expose son âme fragile. Chaque geste, chaque regard participe à cette liturgie profane du regard.
Le poème Nello Sguardo/ Dans le regard, énoncé alternativement en italien et en français, fait écho à ce mouvement entre spectacle et intériorité. Il parle des masques que nous portons – les rôles, les gestes et les attitudes empruntées à travers lesquels nous cherchons un sens – et de la nécessité de regarder sans juger. Les touristes, déambulant dans la ville, deviennent le reflet de nous-mêmes : des êtres qui traversent la vie à moitié endormis, accomplissant des rituels hérités, aspirant à être vus non pas comme des apparences, mais comme des présences.
Visuellement, ce retable émouvant de fragments de Venise inspire le ralentissement, baignés d’une lumière dorée, échos des panneaux à la tempera des XIIIe et XIVe siècles. L’espace urbain se transforme en un seuil contemplatif, où le temps s’étire et où le regard devient une prière séculaire.
The Altarpiece offre une pause.
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The Altarpiece reimagines the sacred form of the medieval polyptych. Set in Venice, Italy — one of the most visited and performed cities in the world — the work turns its gaze toward the crowd as the new subject of devotion: not saints or martyrs, but the unknowing bodies of passing tourists moving through the city, bearing the quiet dignity of an everyday ritual. By day, Venice performs itself like a living stage; by night, it empties into silence — a rhythm of spectacle and absence that exposes its fragile soul. Each gesture, each glance, unfolds as part of a profane liturgy of seeing.
The poem Nello Sguardo (Within the Gaze), recited alternately in Italian and French, echoes this movement between spectacle and interiority. It speaks of the masks we wear — the roles, gestures, and borrowed attitudes through which we seek meaning — and of the need to look without judgment. The tourists, seen drifting through the city, become reflections of ourselves: beings moving through life half-awake, performing inherited rituals, longing to be seen not as appearances but as presences.
Visually, the work composes a moving altarpiece: fragments of Venice slow down, bathed in a golden light that recalls the tempera panels of the 13th and 14th centuries. The urban space turns into a contemplative threshold, where time expands and the gaze becomes a secular prayer.
The Altarpiece invites us to pause.
Sergueï Paradjanov transformait la matière en poésie : le collage et les gestes étaient sa manière de défendre la liberté et l’identité différente contre la répression politique. La figure féminine occupe une place prégnante dans son oeuvre – mystérieuses, fortes et libres, les femmes animent son univers visuel.
Dialogue des gestes choisit le Musée Sergueï Paradjanov pour espace. Une jeune femme traverse ses salles et y tourbillonne, s’arrêtant parfois devant ses œuvres, avant de pénétrer dans une pièce sombre où se projettent sur son corps les films de Paradjanov. Des fragments audio et visuels des tournages de l’artiste enrichissent le dialogue vivant entre passé et présent ainsi noué. Les mouvements simples et libres de la jeune fille répondent à ceux des figures féminines de Paradjanov qui composait une nouvelle réalité avec ses objets et des figures féminines mystérieuses. Le corps de la jeune fille fait le lien, la continuation de cette tradition liée à la liberté moderne.
Dialogue des gestes montre comment l’art peut préserver la mémoire de la liberté à travers la matière et le mouvement et créer un lien vivant entre les mondes féminins de Parajanov et le nôtre.
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Sergei Parajanov was an artist who transformed material objects into poetry : for him, assemblage and hand-made gestures became a way to defend freedom and identity against political repression. Women occupy a central place in his films and collages—mysterious, strong, and liberated figures who drive his visual universe.
This video was filmed in the Sergei Parajanov Museum. A young woman wanders and spins through the rooms, sometimes pausing before his works, sometimes entering a dark hall where projections of Parajanov’s films wash over her body. The film also uses audio and visual fragments taken from the filming of his films, creating a living dialogue between the past and the present.
Her light, free movements echo the gestures of Parajanov’s heroines. Just as he worked with everyday objects and female archetypes to create new realities, the young performer becomes a contemporary embodiment of that tradition—a gesture of artistic freedom that continues today.
Dialogue of Gestures shows how art can preserve the memory of freedom through material and movement and create a living connection between Parajanov’s feminine worlds and our own.
L’installation interactive IDM #2 (Invention De Morel) renverse le processus de l’œuvre littéraire qu’elle cite en son titre : L’invention de Morel d’Adolfo Bioy Casares, publié en 1940, où les personnages se retrouvent piégés dans la machine contre leur gré.
Morel devient, ici, l’inventeur fou d’une télévision dans laquelle la figure des visiteur.se.s apparaît et disparaît presque imperceptiblement, dans une neige cathodique qui rappelle les séries Z des années 90. IDM #1/ Intertitres Définitivement Métaphysiques, deux phrases du Nosferatu de Murnau rejouent le processus répété de l’apparition et de la disparition, réactivant ainsi la mémoire vivante du cinéma et de la littérature fantastique.
IDM #1 /Intertitres définitivement Métaphysiques, se compose de deux cadres de 30 x 30 cm dont l’un emprunte le : “Ne soyez pas si pressés…” en une encre à l’huile et peinture acrylique sur plaque d’aluminium alors que le second retient “Personne n’échappe à son destin…” en peinture thermochrome et qui devient transparente à la chaleur et encre à l’huile sur verre anti-reflets et peinture acrylique sur plaque d’aluminium alors que l’élément chauffant et électronique est programmé sur un cycle de chauffe et de refroidissement. Ces deux « cartons » accueillent et conditionnent à la temporalité de la pièce qui ne se saisit pas au premier regard, puisqu’il s’agit d’un processus d’apparition et de disparition, de présence et d’absence, de découverte et d’oubli. Jouant avec une apparente simplicité et une ambiguïté certaine, les deux phrases, fidèles à la typographie et aux couleurs des intertitres du Nosferatu le vampire de Friedrich Wilhelm Murnau, de 1922, instaurent un contexte et un dialogue avec l’autre élément de la pièce.
IDM #2 (Invention De Morel), 2025. tv cathodique et dispositif électronique relié à un service web.
S’y joue la vision d’une collection d’image fantomatiques apparaissant dans la neige cathodique. Le spectateur, s’il fait preuve de patience, voit se révéler des visages et autres formes humaines sur l’écran de la TV. S’il le souhaite, il participe en donnant son image/selfie par un site web spécialement dédié et accessible via le QR code sur le cartel et les badges NFC). À l’instar d’un réseau social ou l’on poste son image, le dispositif IDM enregistre et diffuse dans un bruit parasite, les photos données par les spectacteurs. À la fois visibles et invisibles, ces images deviennent des figures fantomatiques qui à peine vues, s’évanouissent déjà.
Je confie une sculpture à des personnes de rencontre
en leur demandant de la confier également à quelqu’un d’autre
et ainsi de suite, sans qu’il n’y ait de propriétaire définitif ni de point de chute final.
Je demande simplement à ce qu’on m’informe de l’histoire de la sculpture :
à qui elle a été confiée,
où elle se trouve et
quand s’est passée la transmission,
de façon à avoir un historique de l’œuvre itinérante.






