Vendredi 13 mars 2026, 14h-18h
ENSAV
56 Rue du Taur, 31000 Toulouse | Métro : Jeanne D’Arc | ÔVeloToulouse : Périgord
Entrée libre et en présence d’artistes
Projection
En ouverture, un footage en 16 mm des années 1970-90, films de l’agence d’emploi allemande exaltant le geste, devance des animations : l’une au graphisme clair et métaphorique, de l’égratignure à la musique, l’autre plus rude, existentielle. Des maisons réelles ou fantasmées, paysages urbains, glaces brisées par la guerre, forêts et rivières taries se dessinent. S’y inscrivent les corps éprouvés, les traumatismes — soviétiques, chinois, syriens, iraniens — et la fragilité de l’existence. Deux poèmes en IA prolongent ces récits, de Poe à un venu du XVe siècle anglais confronté au présent. Dessin, peinture, animation, 3D floue, glitch, 35 mm et 16 mm composent une matière d’images en transformation.
Exposition du 16 mars au 31 mars
du lundi au vendredi, 13h-18h
Installations
Dans la Tour Maurand, deux installations explorent lumière et algorithme : l’une tente de saisir l’orgasme féminin par IA, l’autre mêle estampes et images mouvantes; une boucle minimaliste joue des couleurs et des formes en hommage aux maîtres du cinéma expérimental. Les photographies fluo évoquent la Nuit caniculaire et les inquiétudes climatiques. Rejected (beta) transforme les images rejetées par un réseau de neurones en gravures sur cuivre, archives poétiques de l’erreur et du virtuel. Et les deux séances de films jouent de la diversité expérimentale.
Photographies et Impression UV sur cuivre
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Du rite et du tournoiement : des derviches tourneurs en transe à Chypre ; en Inde, le paysage de la montagne sacrée, autour de laquelle les pèlerins font tourner la roue des vies et du footage de films de famille, en Super 8, de la fin des années 40 en France perturbe la spirale du temps, bousculant chronologie et rythmes biologiques. Tournoiement dans le cercle limitant le champ, la montagne participe à ce monde à changements d’échelle, où chaque fait, macro ou micro façonne le rythme entraîné par la musique.
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Le film de found footage OVERWORK propose une réinterprétation personnelle d’un ensemble d’anciens films pédagogiques en 16 mm produits par l’Agence allemande pour l’emploi. Des années 1970 aux années 1990, l’Agence pour l’emploi de l’Allemagne de l’Ouest a réalisé de nombreux courts métrages éducatifs. Chacun de ces films documente avec une grande précision un métier spécifique de l’époque : opérateur de machines textiles, technicien forestier, technicien en exploitation hospitalière, assistant en audiométrie, ingénieur de précision, modeleur en céramique…
La représentation du travail dans les images originales est cohérente et directe. La voix off s’accorde parfaitement avec l’image : ce que l’on entend correspond exactement à ce qui est montré à l’écran.
En s’écartant de ces stratégies filmiques univoques, OVERWORK amplifie les gestes répétitifs afin de faire émerger des dimensions sous-jacentes du travail, où l’ennui et la violence sont en tension permanente, jusqu’à l’épuisement.
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The found-footage OVERWORK offers a personal reinterpretation of a collection of old instructional 16mm films from the German Employment Agency.
From the 1970s to the 1990s, the Employment Agency of Western Germany produced numerous educational short films in 16mm format. In great detail, each of these films documents a specific profession of that time: textile machine operator, forest technician, hospital operations technician, audiometry assistant, precision engineer, ceramic model maker…
The representation of work in the original footage is coherent and straightforward. The voice-over perfectly aligns with the image—what you hear is what is shown on screen. Departing from these unambiguous filmic strategies, OVERWORK amplifies repetitive gestures to bring to the surface underlying dimensions of work, where boredom and violence are in constant tension to the point of exhaustion.
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La culture des épines nécessite plusieurs étapes : mise en terre, pluie, patience et récolte.
L’Homme-Chapeau sème le fruit de sa cueillette sous les semelles des passants.
Un jour, un orage éclate et sème la pagaille dans son orchestration millimétrée.
J’ai longtemps eu une manière particulière de communiquer mes émotions et de prendre place dans un cercle social. Je ressentais un décalage qui me faisait me sentir mal à l’aise. Sans en avoir conscience, je dévalorisais ceux qui m’entouraient. Chez moi, cela passait par des sarcasmes, de l’ironie, des petits “piques” que je lançais aux autres. Je partageais mon malaise, tout en répondant à un besoin d’extérioriser mes émotions. D’une certaine manière, je me soulageais. Le temps, la communication avec mes proches et les répercussions de ce mode de communication m’ont fait réaliser qu’il avait un impact émotionnel sur les autres.
Cette prise de conscience m’a fait grandir et m’a permis de mieux me comprendre ainsi que ceux qui m’entouraient. Ce sentiment de décalage, dont j’ai conservé des traces, m’a toujours poussée à observer les différents modes de communication autour de moi.
Dans cette réflexion est né l’Homme-Chapeau, un personnage dont l’univers et le mode de vie sont adaptés à sa composition physique singulière : il ne voit et entend qu’à travers le prisme de son chapeau. Son champ de vision est réduit, mais ses autres sens tels que l’ouïe, le toucher sont accrus. Il vit la réalité confortablement dans son chapeau, comme dans une bulle. Comme il ne voit que les pieds des passants, L’Homme-Chapeau communique avec eux en semant des épines sous leurs semelles. Dans sa réalité, il s’agit d’un moyen d’interaction, il n’a pas les codes sociaux et ne réalise pas que les épines sont piquantes.
Pour tenter de comprendre l’Homme-Chapeau, je nous place au plus près de son point de vue, tout au long du film. J’ai envie que le spectateur expérimente intimement le rapport au monde et la différence de l’Homme-Chapeau. À la fin du film, nous prenons conscience en même temps que le personnage de son humanité et de celle des autres. L’Homme-Chapeau grandit littéralement, il se métamorphose et voit le monde différemment. Les épines se révèlent être des petits instruments qui émettent des notes agréables.
En les faisant tinter, les passants et l’Homme-Chapeau créent une musique ensemble. Il m’importe ici que l’Homme-Chapeau ne change pas radicalement. Il adapte sa manière d’interagir aux personnes qui l’entourent et à leur sensibilité, tout en restant fidèle à lui-même et sa propre singularité, à travers l’utilisation de ses épines. À travers la prise de conscience de l’Homme-Chapeau et
l’ambivalence des épines, je m’amuse à changer de perspective. Je joue avec la manière dont on perçoit les gens et les choses.
Je ne cherche pas à être moralisatrice mais plutôt à inviter le spectateur à partager l’onirisme de l’Homme-Chapeau, comme une expérience sensitive. Faire réfléchir avec comédie et poésie.
— Jeanne Girard
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Une caméra déambule dans une habitation surchargée d’éléments visuels mais dépourvue de toute présence humaine, si ce ne sont les traces d’un·e habitant·e potentiel·le. L’environnement, réalisé en modélisation 3D et simulé par un ordinateur, peine à s’afficher convenablement. Des zones de flou, résultant de l’interprétation de la machine, surchargent l’espace, le rendant difficile à percevoir, voire le faisant disparaître. Cette habitation, qui s’apparente à l’architecture de grange, peine à exister pleinement : elle n’est que le fruit d’une création numérique dotée de la fragilité d’une image surgie de nulle part.
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Après quelques semaines d’évacuation, j’ai reproduit mon appartement que j’ai dû laisser, à Vinnytsia, en Ukraine, le 24 février. La fragilité de la situation actuelle est reproduite avec un verre numérique. Le vase est une métaphore de l’installation, de la décoration intérieure et de la volonté de rester. Trop grand et trop fragile pour tenir dans un sac à dos d’urgence, il reste abandonné et perdu, passant d’objet physique à objet de mémoire. Glass House est un voyage à travers des objets de mémoire liés à la maison – archétypes de la maison, de l’arbre, du chemin, de la décoration intérieure – et une navigation et une errance dans un paysage virtuel métaphysique où se rencontre une altérité étrange, que l’on observe en tant que spectateur, en tant qu’archéologue du futur.
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After a couple of weeks of evacuation I reproduced my apartment left in Vinnytsia, Ukraine on February 24th. Fragility of current state reproduced with a digital glass. Vase is a metaphor of settlement, home decoration, and a willingness to stay. Too big and too fragile to fit an emergency backpack it stays abandoned and lost, transforming from Physical object to Memory object. “Glass House” is a trip around memory objects connected with home (archetypes of home, tree, way, home decoration) and navigating and wandering inside the metaphysical virtual landscape where you can meet weird and alien otherness, which you observe as a spectator, as an archeologist in the future.
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L’œuvre se compose d’une série de fragments vidéo issus d’archives personnelles constituées au fil des années. Chaque fragment a été altéré, dans le but de créer des compositions fondées sur l’erreur et une forte charge visuelle, d’une beauté frôlant l’abstraction. L’œuvre, empreinte d’une grande poésie, révèle les possibilités infinies inhérentes au paysage contemporain.
La vidéo explore la notion de paysage urbain. Conceptuellement, elle envisage le paysage comme une structure formelle, une surface d’abstraction narrative ou un champ de recherche socioculturelle. Le paysage a été transformé pour créer de nouveaux espaces d’une grande intensité visuelle, offrant une vision différente, plus personnelle, des lieux et de la société qui les habite.
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The work consists of a series of video fragments from a personal archive that I have been generating over several years. Each fragment has been glitched, with the intention of generating compositions based on error and a strong pictorial charge, with a beauty that borders on abstraction. The work, with a strong poetic charge, shows the infinite possibilities inherent in the contemporary landscape.
The video focuses on the idea of the urban landscape. Conceptually, it proposes the idea of landscape as a formal structure, a surface of narrative abstraction, or a field of sociocultural research. The landscape has been intervened to create new spaces of great visual intensity, presenting another, more personal vision of the places and the society that inhabits them.
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I live in Saarland, Germany. The place is surrounded by forests and I find it very beautiful and exotic. Almost like a Bob Ross painting. But while hiking I came across a bunker and realized that there were beasts lurking behind the happy trees. A short essay film about war and forest.
Je vis dans la Sarre, en Allemagne, dans un lieu entouré de forêts, ce que je trouve très beau et même très exotique. Presque comme une peinture de Bob Ross. Cependant, lors d’une randonnée, je suis tombé sur un bunker et me suis rendu compte que des bêtes m’épiaient derrière les joyeux arbres. Un bref essai sur la guerre et la forêt.
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Une collision de formes et de sens génère des aberrations et des distorsions proches du rêve hallucinatoire. S’y découvre un Paris – la ville où je suis née – transfiguré par le pays d’origine de mes parents, une Pologne fantasmée et colorée où s’invitent des animaux typiques des motifs folkloriques polonais ou encore les chevaux et les carrosses de la place de Cracovie.
Comme beaucoup d’enfants d’immigrés, mon rapport à la culture de mes parents comme à leur langue passait essentiellement par eux, sans autre filtre, malgré des visites régulières « au pays ». La Pologne qu’ils me transmettaient n’était déjà plus pour ainsi dire « réelle », elle devenait un autre espace, une « hybridation » rendue tangible par la forme et la technique collage.
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Cette courte animation approche les traumas, les effets du choc post-traumatique – TSPT. Elle répond à une fusillade, cela aurait pu être le viol, les oppressions. L’important est de continuer à vivre.
Un jour j’ai été dans une fusillade
Mon cerveau a pété un câble
Depuis j’apprends à vivre avec.
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This is a short animation on trauma and the effects of post-traumatic stress disorder (PTSD.) In this case, it concerns a shooting, but for others it may be sexual assault or oppression. The important thing is to continue living.
One day I was in a shooting
My brain went crazy
Since then, I’ve learned to live with it.
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À travers la voix collective de ses ancêtres, Simone Harris, de la septième génération marron en Jamaïque, devient Queen Nanny. Remuant cet héritage, elle rappelle par des implorations magiques les prouesses spirituelles de ce peuple qui a su résister à l’oppression coloniale patriarcale en déployant des techniques de guérilla et de camouflage où se mêlent des rites, des chants et des recettes médicinales.
TVpaint et dessin sur papier 2D
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Avec la trame sonore intense et obsessive de Radwan Ghazi Moumneh, La dureté du mental compose une odyssée spatio-sportive en CinémaScope 35 mm.
Transformant des films soviétiques de lutte et de saut à la perche olympiques des années 1980 en images expressives et picturales, le film s’avère un manifeste du cinéma argentique sous toutes ses formes, de la projection en direct à un travail alchimique.
La dureté du mental s’avère une élégie cinématographique du geste performatif, un décathlon du praticien sur pellicule.
Il a été commandé par la Cinémathèque québécoise.
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Que ressent-on lorsqu’on perd sa mère à cause du régime de quarantaine intrusif imposé par un État en pleine pandémie mondiale ? Dans Chrysanthemum, Luo Jingyuan aborde le cas d’une Chinoise qui s’est suicidée en sautant du haut d’un immeuble, qui vit et revit le traumatisme d’une mort rendue invisible par l’État qui en est responsable. À l’image de la fleur éponyme du deuil, sa contemplation est belle dans sa tristesse déchirante. En renvoyant le regard vers le spectateur, le film pose la question de savoir comment aborder la réalité de cette tragédie après qu’elle ait été éclipsée par le tumulte de la propagande et le silence de la censure.
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What does it feel like to lose one’s mother to the intrusive quarantine regime of a state amidst a global pandemic? In Chrysanthemum, Luo Jingyuan approaches the case of a Chinese « suicide jumper », living and reliving the trauma of a death made invisible by the state that had caused it. Like the eponymous flower of mourning, her contemplation is beautiful in its harrowing sadness. Returning the gaze to the viewer, the film asks how to relate to the reality of this tragedy after it has been eclipsed by the clamour of propaganda and the silence of censorship.
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Je m’efforce de capturer la beauté schizophrénique de l’existence humaine, dont la réalité est faite de paradoxes, tandis que la rationalité n’est qu’une anomalie subjective à la limite de la conscience. La beauté de la connaissance dans l’ignorance et de l’impuissance ultime, qui convergent en un seul moment éternel.
Base du film, il n’y a qu’une seule question : comment ? Captivé par la mécanique pure des principes cycliques dont nous sommes faits, sans avoir besoin de chercher des réponses personnelles, Howne s’intéresse pas au Qui ou au Pourquoi. Il s’interroge simplement, inspiré par la question elle-même. La pensée rationnelle qui est à la base de notre civilisation est l’histoire de l’acier et de la guerre, reconstituée à partir de nos victoires et des défaites d’autrui, jouée sans cesse dans des milliers de variantes qui se présentent comme de nouveaux conflits. Apparemment contradictoires, la poésie et l’art offrent la seule bouée de sauvetage à l’esprit humain.
La technique du dessin sur papier, en effaçant et en retirant la poudre de pastel du papier. Ouvrir le processus créatif au hasard, m’empêchant d’atteindre un contrôle total, impacté par les « erreurs » nées des matériaux naturels. Dans mon travail, j’évite de donner des conclusions claires.
Artistic intent:
In this film I strive to capture the schizophrenic beauty of human existence, whose reality is made up of paradoxes, while rationality is merely a subjective anomaly at the edge of consciousness. The beauty of knowledge in ignorance and of ultimate helplessness, as they converge in a single eternal moment. At the basis of the film is only one question – How? Captivated by the pure mechanics of the cyclical principles from which we are made, without the need to seek personal answers, How is not interested in Who or Why. It simply wonders, inspired by the question itself. Rational thought that is the basis of our civilization is the history of steel and war, patched together from our victories and other people’s defeats, repeatedly played out in thousands of variants that are presented as new conflicts. Seemingly contradictory, poetry and art offer the only lifeline to the human mind. The film was made using the technique of drawing on paper, by erasing and removing pastel powder from the paper. This approach allowed me to open the creative process to chance, preventing me from achieving complete control, impacted by the « errors“ born from natural materials. In my work, I avoid providing clear conclusions. I want to place the viewer in the role of the one who wonders, inquires and who opens themselves to an answer – which the film never offers, but the viewer may arrive at for themselves.
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En 2012, Mohamed voit son meilleur ami abattu par une milice armée aux abords de Damas, Syrie. Le sang se répand dans l’eau du lac et contamine la mémoire. Dix ans plus tard, les reflets des Laurentides rappellent le traumatisme de Mohamed, maintenant réfugié au Québec.
Tourné en 16mm noir et blanc, le film joue sur la porosité entre la surface de l’eau et celle de la pellicule, où chaque image semble porter la trace d’un passé indélébile. La surexposition, presque tactile, transmet le traumatisme de Mohamed comme une expérience haptique, envahissant le spectateur. Face à l’impossibilité de dire, le film se fait espace mémoriel tremblant, où chaque plan vacille entre souvenir et oubli.
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Une poignante tapisserie de chagrin se tisse à mesure que se dévoile le meurtre brutal du poète iranien Hamid Hajizadeh et de son jeune fils Karun. Le film reconstitue cette journée tragique à travers des entretiens avec la famille réalisés après le meurtre. Les fissures dans les murs de la maison familiale rappellent les souvenirs refoulés et créent un lien avec les fissures dans la terre, qui reflètent le fleuve Karun partiellement asséché.
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A poignant tapestry of grief is woven by unravelling the brutal murder of Iranian poet Hamid Hajizadeh and his young son Karun. The film reconstructs this tragic day through interviews with the family made after the murder. The cracks in the walls of the family house are a reminder of the repressed memories and create a link to the cracks in the earth, which reflect the partially dried-up Karun River.
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Ce film poursuit l’histoire du Petit Prince. On y suit le vieux prince et le petit prince dans leur voyage, à la veille de la disparition de l’humanité. Ils rencontrent différentes personnes et, confrontés à l’inéluctabilité de la fin des temps, chacun réfléchit à ses erreurs, renonce à ses désirs et présente ses sincères excuses au monde, comme si, la prochaine fois, les choses seraient différentes.
Il s’agit d’une fable sur les hormones androgènes. Les hommes sont habitués à s’excuser, mais, du fait de leurs limites, ils ont tendance à répéter les mêmes erreurs. À la suite d’une révélation décisive, lorsque des circonstances périlleuses surviennent, les individus sont contraints de reconnaître leurs erreurs et de présenter des excuses sincères. Cependant, il n’est pas certain que cette sincérité perdure.
L’œuvre adopte une approche d’installation pour le montage du film, en mettant l’accent sur l’interaction dynamique entre le contexte matériel et spatial. Le film présente de nombreux artefacts. Les personnages sont représentés comme des accessoires. Symboliques et interprétés dans un style minimaliste, ils offrent une expérience visuelle unique. Peut-être perçue comme une installation.
Elle découle de ma perplexité face à la situation actuelle de l’humanité. Après la Seconde Guerre mondiale, il semblait que l’humanité ait entrepris une profonde introspection et trouvé une voie à suivre. Pourtant, au cours de la dernière décennie, les erreurs du passé semblent avoir été oubliées, et nous semblons à nouveau pris au piège des mêmes cycles.
Je considère la société humaine comme une « condition masculine », façonnée par la testostérone, qui stimule le désir de puissance, de domination et de transformation des autres. Une véritable réflexion n’émerge qu’après un échec catastrophique. Mais cette réflexion est de courte durée, rapidement effacée par les mêmes pulsions qui ont causé les dégâts initiaux.
Le titre fait référence à la « période réfractaire », un moment de faiblesse et de récupération après un point culminant, symbolisant une période où la civilisation humaine semble temporairement adoucie et introspective. Le vieux prince est comme un sauveur dans un jeu : il cherche constamment une voie à suivre pour l’humanité, mais il est condamné à échouer à chaque fois et contraint de recommencer. Après ce dernier échec, tout le monde semble apaiser ses désirs, comme pour se préparer à quelque chose de mieux la prochaine fois. Mais les choses seront-elles vraiment différentes ?
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This short film continues the story The Little Prince. The story follows the old prince and the little prince as they head out on a journey on the eve of mankind’s farewell to the world. They meet different people, faced with the fact that mankind has to go, everyone reflects on their own mistakes, letting go of desires and sincerely apologizing to the world as if next time things will be different.
This is a fable about androgenic hormones. Men are very used to being apologetic, but due to their limitations, tend to repeat the same mistakes. Following a climactic revelation, when perilous circumstances arise, individuals are compelled to acknowledge their missteps and offer genuine apologies. However, it remains uncertain whether such sincerity will persist.
The work employs an installation-based approach to assembling film, with a particular focus on the dynamic interplay between material and spatial context. The film features numerous artifacts. The characters are portrayed as props within the film. The characters are symbolic and were performed in a minimalist style. This results in a visual experience of film that can be perceived as an installation.
It stems from my confusion about the current predicament of humanity. After World War II, it seemed as though mankind had undergone deep reflection and found a path forward. Yet in the past decade, past mistakes appear to have been forgotten, and we seem to be trapped in the same cycles once again.
I see human society as a “male condition”—one shaped by testosterone, which drives the desire for strength, dominance, and the transformation of others. Genuine reflection only emerges after catastrophic failure. But such reflection is short-lived, soon overwritten by the same impulses that caused the damage in the first place.
The title refers to the “refractory period”—a moment of weakness and recovery after a climax—symbolizing a time when human civilization seems temporarily softened and introspective. The Old Prince is like a savior figure in a game—constantly seeking a path forward for humanity, yet doomed to fail each time and forced to start over again. After this latest failure, everyone appears to be quieting their desires, as if preparing for something better next time. But will it really be any different?
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Dans ce court métrage fantastique et horrifique inspiré du récit d’Arthur Gordon Pym de Nantucket, un narrateur (dans une langue inconnue) décrit un voyageur solitaire qui s’aventure dans un royaume ancien et oublié où la réalité se dissout dans l’inconnu. Dans un vaste temple en ruines, des colonnes imposantes se tordent tels des serpents figés, et d’inquiétants hiéroglyphes se transforment au-delà de toute compréhension. Paralysé, l’homme voit de pâles tentacules ondulantes descendre d’un vide aveuglant, leurs mouvements lents et délibérés ressentant sa présence. À mesure que la lumière s’intensifie, les vrilles l’enveloppent, l’entraînant dans la blancheur, dans quelque chose au-delà du temps, au-delà de l’existence. Une méditation onirique sur le destin, la transformation et les mystères qui se trouvent juste au-delà de la perception humaine.
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In this horror fairy tale short film, inspired by The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, a storyteller (in unknown language) describes a lone traveler ventures into an ancient, forgotten realm where reality dissolves into the unknown. Within a vast, crumbling temple, towering columns writhe like frozen serpents, and eerie hieroglyphs shift beyond comprehension. Paralyzed, the traveler watches as pale, slithering tentacles descend from a blinding void above, their slow, deliberate movements sensing his presence. As the light intensifies, the tendrils envelop him, drawing him into the whiteness—into something beyond time, beyond existence. A dreamlike meditation on fate, transformation, and the mysteries that lie just beyond human perception.
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Cette courte œuvre vidéo réinvente le tableau du XVe siècle intitulé Saint Elizabeth’s Day Flood[i] (L’inondation du jour de la Sainte-Élisabeth), à la fois comme traumatisme historique et présage contemporain. Combinant des images générées par l’IA inspirées du tableau et des séquences vidéo modernes, le film efface les frontières temporelles : des églises gothiques côtoient des tours de verre, des villageois rament à côté d’androïdes, et des eaux boueuses déferlent à la fois sur des villes anciennes et des horizons contemporains.
À travers des oppositions saisissantes, Echoed in Water réfléchit à la violence répétée des catastrophes climatiques provoquées par l’homme. La fusion des époques suggère non seulement la continuité de la vulnérabilité environnementale, mais aussi la manière dont les progrès technologiques ont non seulement échoué à nous protéger contre la colère de la nature, mais ont également contribué à l’aggraver. Le passé médiéval, autrefois considéré comme lointain et sans rapport avec nos vies, devient le miroir de nos angoisses actuelles, d’autant plus que la montée des eaux, la destruction des infrastructures et les bouleversements écologiques font désormais partie de notre quotidien.
Cette œuvre offre une réflexion visuelle sur la fragilité, la mémoire et le mythe du progrès. Elle n’est pas seulement une éloge funèbre pour les victimes de la noyade, mais aussi un avertissement : l’histoire, comme l’eau, finit toujours par revenir.
Les deux panneaux représentant l’inondation de la Saint-Élisabeth illustrent la catastrophe du 19 novembre 1421 (jour de la fête de Sainte-Élisabeth). Le panneau de droite, plus complexe, présente un langage visuel unique, caractérisé par des perspectives et des proportions déformées. Il représente plusieurs histoires simultanément, qui construisent le récit global de l’événement. Ces caractéristiques intrigantes servent de modèle et de point de départ à une enquête visant à traduire et à transformer le tableau en un scénario qui anime une image des catastrophes écologiques passées et présentes.
[i] L’inondation de la Saint-Élisabeth, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, vers 1490 – vers 1495.
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This short video art piece reimagines the 15th-century painting, Saint Elizabeth’s Day Flood[i], —as both historical trauma and contemporary omen. Combining AI-generated shots inspired by the painting with modern video footage, the film collapses time: Gothic churches stand beside glass towers, villagers row past androids, and muddy floodwaters surge through both ancient towns and contemporary skylines.
Through haunting juxtapositions, Echoed in Water reflects on the repeated violence of human-induced climate disasters. The merging of eras suggests not only the continuity of environmental vulnerability but also how technological advancement has not only failed to safeguard against nature’s wrath but also contributed to it. The medieval past, once seen as distant and irrelevant to our lives, becomes a mirror for our present anxieties—especially as rising seas, broken infrastructures, and ecological displacement become daily realities.
The work offers a visual meditation on fragility, memory, and the myth of progress. It is not only an elegy for the drowned but also a warning: history, like water, finds its way back.
The Saint Elizabeth’s Day Flood two panels depict the flood on November 19th 1421 (the feast day of Saint Elizabeth). The right panel, which is more complex, has a unique visual language of distorted perspectives and proportions. It depicts multiple stories simultaneously, which construct the overall narrative of the event. These intriguing features serve as a template and starting point for an investigation aiming to translate and transform the painting into a storyboard that animates a picture of past and present ecological catastrophes.
[i] The Saint Elizabeth’s Day Flood, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, c. 1490 – c. 1495.
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Théogonie de l’orgasme artificiel réunit un film connaissant les codes de la science-fiction et une sculpture en résine, réalisée en impression 3D. Elle imagine l’orgasme féminin dans un monde régi uniquement par les mathématiques – comme le sont les mondes virtuels et surtout ceux créés avec l’IA. Et si l’orgasme est une fonction algorithmique, alors il devient créateur de mondes à son tour. Dès lors, on pourrait parler d’une théogonie, au sens donné, à l’Antiquité, par les Grecs : une création de l’univers, des dieux qui l’habitent et le façonnent à leur tour. Eurynôme, déesse primordiale créatrice du monde par le mouvement harmonieux, Gaïa, reine des cycles et dès lors des fonctions itératives, Nyx, figure de la nuit, du désordre ainsi que des des fonctions stochastiques, et enfin Mnémosyne, qui mémorise les calculs, seraient les figures tutélaires de ces planètes engendrées par le plaisir mathématique… À la recherche d’une métaphysique des algorithmes.
Au départ : une formule mathématique fictive élaborée avec une intelligence artificielle et ma propre pratique du code. Cette formule est impossible dans sa totalité, quoique composée d’éléments rigoureusement valides. Comme une phrase fausse faite de mots vrais, elle joue le rôle d’un artefact spéculatif et latent : elle figure le chaos primordial, une structure instable mais féconde, capable — sous certaines stimulations numériques — de générer des mondes de plaisir. Ces stimulations prennent la forme de calculs mis en tension, de séries d’opérations esthétiques et narratives mimant les phases d’un orgasme : excitation des calculs, montée, paroxysme, retour à l’équilibre.
À travers cette structure algorithmique du plaisir, une cosmogonie alternative se déploie, où chaque figure mythologique marque une étape du processus computationnel :
-Eurynôme, souffle originel, amorce le mouvement ;
-Gaïa donne corps au cycle, à l’itération comme principe créateur ;
-Nyx introduit le désordre, l’imaginaire, les variables complexes — elle éloigne le système d’une conception strictement mécanique ;
-Mnémosyne conserve les traces, mémorise les calculs, afin que se contruise le récit.
La sculpture, générée par impression 3D à partir de cette logique, condense physiquement cette fiction. Elle évoque une planète-organisme, un clitoris mythique, vestige tangible d’un monde né du code et du fantasme. Le film, quant à lui, donne voix à cette théogonie : une narration située entre l’intelligence artificielle et l’expérience humaine, entre corps et langage machine.
Entre science-fiction statistiquement probable, mythologie technologique et matérialisation numérique, Théogonie de l’orgasme artificiel explore la possibilité d’un lien entre désir et calcul, entre l’univers du plaisir et celui de l’algorithme. À travers ce geste, il s’agit de détourner les logiques de production de l’IA pour ouvrir un espace de trouble, d’émotion, de récit et de puissance. L’orgasme y devient narrateur : une voix qui fait naître, non pas des vérités, mais des mondes de plaisir.
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Déambuler entre le réel et l’imaginaire. Laisser la caméra entraîner le corps et s’abandonner à la poésie des formes incertaines qui rythment le paysage urbain. Là où le banal trouve des espaces remarquables pour enfin Poser les apparences. C’est dans le dialogue entre les images en mouvement et les estampes qui composent les « 7 mètres de vie en rose », dans cette respiration des enroulements du papier ; entre l’encre et la lumière que l’aléatoire surgit du viseur, comme pour inviter au déplacement de nos points de vue.
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Ce nouveau film d’Antoni Pinent fait l’aller-retour entre les limites de matériaux reconnaissables- footage hollywoodien-et les interventions réalisées à la main ou sans caméra.
STEREO FRAMEWORK / ASYNCHROMY repousse les limites des couleurs anaglyphiques 3D de multiples façons et dans divers contextes, allant des compositions géométriques aux abstractions conceptuelles et philosophiques, sans se priver de citations de maîtres de l’image animée Michael Snow, Morgan Fisher ou Norman McLaren.
Footage et humour font bon ménage.
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Antoni Pinent‘s new film project is a round trip between the limits of recognizable materials (Hollywood found footage), the unknown, and interventions made by hand or without a camera.
An experiential project that pushes the limits of 3D anaglyphic colors in multiple ways and contexts, from geometric compositions to conceptual and philosophical abstractions and quotes from masters of the moving image such as Michael Snow, Morgan Fisher or Norman McLaren.
A film of extreme pleasures for all viewers that doesn’t lose sight of the tradition of humor in experimental cinema.
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Ma photographie chatoyante représente une Transition qui s’inscrit depuis plus d’une décennie comme un discours.
Je souhaite montrer l’impact de la chaleur sur les murs et les corps, pour mettre en évidence le phénomène de surchauffe. Le procédé est une sorte de négatif couleur et fait penser à l’imagerie thermique des bâtiments.
Les orientations mondiales de l’urbanisation de nos villes mettent à profit « une science des villes » (Programme des Nations Unies*).
Les nouveaux quartiers deviennent une ligne de rencontre de différents horizons d’activités économique, scientifique, sociale… (Bruno Latour**).
4 thèmes, dont sont extraites les images, structurent ma recherche visuelle:
La climatologie urbaine (monitoring, modélisation et prévision)
Une architecture Avec ou Contre le soleil ? (Adaptation du bâti)
Où sont les vulnérabilités ? (Conditions du vivant)
Quelles sont les stratégies ? (Usages et urbanisation)
Exposition autoproduite par l’artiste, en collaboration avec la climatologue Julia Hidalgo du LISST-CNRS Université Jean-Jaurès.
* Programme des Nations Unies, Habitat III, signé à Quito, Équateur, 2016
** Bruno Latour, Le Parlement des choses, Écologie politique, n° 10, été 1994, repris dans Écologie & politique 2018/1 (N° 56), Éditions Le Bord de l’eau.
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Rejected (beta) est une série d’images issues d’un réseau de neurones antagonistes génératifs (GAN) entraîné sur le dataset ImageNet Mini. Plutôt que de retenir les productions validées par le Discriminateur – celles jugées « réussies », « vraisemblables » ou « apprises » – le projet s’attache aux images rejetées : les résidus de l’apprentissage, les fragments défaillants du visible algorithmique. Ces images « mal notées », « rejetées », ou encore «discriminées » par le Discriminateur constituent une forme d’archive de l’erreur, une collection de tentatives infructueuses, de naissances avortées dans le flux machinique de la vision artificielle. Imprimées sur des plaques de cuivre, ces images prennent un relief paradoxal où la matière noble, historiquement associée à la gravure, à la reproduction et à la diffusion de l’image, accueille ici des formes instables, incertaines, parfois illisibles. Mais le cuivre est aussi l’un des matériaux fondamentaux de l’électronique contemporaine, conducteur privilégié de l’information numérique, élément central des circuits imprimés et des infrastructures informatiques.
En choisissant ce support, Rejected (beta) superpose deux régimes d’image : celui de la gravure artisanale et celui du calcul algorithmique. Le cuivre devient alors le lieu d’une résonance entre l’histoire technique de l’image et celle de l’intelligence artificielle.
Ce transfert symbolique transforme la plaque de cuivre en interface critique puisqu’elle matérialise la tension entre le visible et le calculable, entre l’erreur d’un algorithme et la trace sensible qu’elle laisse sur un support chargé d’histoire. Le cuivre devient ainsi le révélateur matériel d’une esthétique du rejet, une mémoire conductrice de l’échec algorithmique.
Le titre Rejected (beta) souligne cette tension entre l’expérimentation technologique et la valeur esthétique. Il évoque à la fois le vocabulaire du développement logiciel – la version « bêta », non finalisée – et celui de la sélection artistique. Ces images ne sont pas seulement les rebuts d’un réseau neuronal, mais les témoins d’un apprentissage en cours, d’une intelligence encore hésitante, en train de se faire.
Ainsi, Rejected (beta) interroge la manière dont les systèmes d’intelligence artificielle apprennent à « voir », à « évaluer » et à « rejeter », révélant, en creux, nos propres critères de reconnaissance, de beauté et de validité. Le projet met en lumière ce qui échappe au filtre du Discriminateur, pour en faire le coeur même de l’oeuvre.
Du rite et du tournoiement : des derviches tourneurs en transe à Chypre ; en Inde, le paysage de la montagne sacrée, autour de laquelle les pèlerins font tourner la roue des vies et du footage de films de famille, en Super 8, de la fin des années 40 en France perturbe la spirale du temps, bousculant chronologie et rythmes biologiques. Tournoiement dans le cercle limitant le champ, la montagne participe à ce monde à changements d’échelle, où chaque fait, macro ou micro façonne le rythme entraîné par la musique.
Le film de found footage OVERWORK propose une réinterprétation personnelle d’un ensemble d’anciens films pédagogiques en 16 mm produits par l’Agence allemande pour l’emploi. Des années 1970 aux années 1990, l’Agence pour l’emploi de l’Allemagne de l’Ouest a réalisé de nombreux courts métrages éducatifs. Chacun de ces films documente avec une grande précision un métier spécifique de l’époque : opérateur de machines textiles, technicien forestier, technicien en exploitation hospitalière, assistant en audiométrie, ingénieur de précision, modeleur en céramique…
La représentation du travail dans les images originales est cohérente et directe. La voix off s’accorde parfaitement avec l’image : ce que l’on entend correspond exactement à ce qui est montré à l’écran.
En s’écartant de ces stratégies filmiques univoques, OVERWORK amplifie les gestes répétitifs afin de faire émerger des dimensions sous-jacentes du travail, où l’ennui et la violence sont en tension permanente, jusqu’à l’épuisement.
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The found-footage OVERWORK offers a personal reinterpretation of a collection of old instructional 16mm films from the German Employment Agency.
From the 1970s to the 1990s, the Employment Agency of Western Germany produced numerous educational short films in 16mm format. In great detail, each of these films documents a specific profession of that time: textile machine operator, forest technician, hospital operations technician, audiometry assistant, precision engineer, ceramic model maker…
The representation of work in the original footage is coherent and straightforward. The voice-over perfectly aligns with the image—what you hear is what is shown on screen. Departing from these unambiguous filmic strategies, OVERWORK amplifies repetitive gestures to bring to the surface underlying dimensions of work, where boredom and violence are in constant tension to the point of exhaustion.
La culture des épines nécessite plusieurs étapes : mise en terre, pluie, patience et récolte.
L’Homme-Chapeau sème le fruit de sa cueillette sous les semelles des passants.
Un jour, un orage éclate et sème la pagaille dans son orchestration millimétrée.
J’ai longtemps eu une manière particulière de communiquer mes émotions et de prendre place dans un cercle social. Je ressentais un décalage qui me faisait me sentir mal à l’aise. Sans en avoir conscience, je dévalorisais ceux qui m’entouraient. Chez moi, cela passait par des sarcasmes, de l’ironie, des petits “piques” que je lançais aux autres. Je partageais mon malaise, tout en répondant à un besoin d’extérioriser mes émotions. D’une certaine manière, je me soulageais. Le temps, la communication avec mes proches et les répercussions de ce mode de communication m’ont fait réaliser qu’il avait un impact émotionnel sur les autres.
Cette prise de conscience m’a fait grandir et m’a permis de mieux me comprendre ainsi que ceux qui m’entouraient. Ce sentiment de décalage, dont j’ai conservé des traces, m’a toujours poussée à observer les différents modes de communication autour de moi.
Dans cette réflexion est né l’Homme-Chapeau, un personnage dont l’univers et le mode de vie sont adaptés à sa composition physique singulière : il ne voit et entend qu’à travers le prisme de son chapeau. Son champ de vision est réduit, mais ses autres sens tels que l’ouïe, le toucher sont accrus. Il vit la réalité confortablement dans son chapeau, comme dans une bulle. Comme il ne voit que les pieds des passants, L’Homme-Chapeau communique avec eux en semant des épines sous leurs semelles. Dans sa réalité, il s’agit d’un moyen d’interaction, il n’a pas les codes sociaux et ne réalise pas que les épines sont piquantes.
Pour tenter de comprendre l’Homme-Chapeau, je nous place au plus près de son point de vue, tout au long du film. J’ai envie que le spectateur expérimente intimement le rapport au monde et la différence de l’Homme-Chapeau. À la fin du film, nous prenons conscience en même temps que le personnage de son humanité et de celle des autres. L’Homme-Chapeau grandit littéralement, il se métamorphose et voit le monde différemment. Les épines se révèlent être des petits instruments qui émettent des notes agréables.
En les faisant tinter, les passants et l’Homme-Chapeau créent une musique ensemble. Il m’importe ici que l’Homme-Chapeau ne change pas radicalement. Il adapte sa manière d’interagir aux personnes qui l’entourent et à leur sensibilité, tout en restant fidèle à lui-même et sa propre singularité, à travers l’utilisation de ses épines. À travers la prise de conscience de l’Homme-Chapeau et
l’ambivalence des épines, je m’amuse à changer de perspective. Je joue avec la manière dont on perçoit les gens et les choses.
Je ne cherche pas à être moralisatrice mais plutôt à inviter le spectateur à partager l’onirisme de l’Homme-Chapeau, comme une expérience sensitive. Faire réfléchir avec comédie et poésie.
— Jeanne Girard
Une caméra déambule dans une habitation surchargée d’éléments visuels mais dépourvue de toute présence humaine, si ce ne sont les traces d’un·e habitant·e potentiel·le. L’environnement, réalisé en modélisation 3D et simulé par un ordinateur, peine à s’afficher convenablement. Des zones de flou, résultant de l’interprétation de la machine, surchargent l’espace, le rendant difficile à percevoir, voire le faisant disparaître. Cette habitation, qui s’apparente à l’architecture de grange, peine à exister pleinement : elle n’est que le fruit d’une création numérique dotée de la fragilité d’une image surgie de nulle part.
Après quelques semaines d’évacuation, j’ai reproduit mon appartement que j’ai dû laisser, à Vinnytsia, en Ukraine, le 24 février. La fragilité de la situation actuelle est reproduite avec un verre numérique. Le vase est une métaphore de l’installation, de la décoration intérieure et de la volonté de rester. Trop grand et trop fragile pour tenir dans un sac à dos d’urgence, il reste abandonné et perdu, passant d’objet physique à objet de mémoire. Glass House est un voyage à travers des objets de mémoire liés à la maison – archétypes de la maison, de l’arbre, du chemin, de la décoration intérieure – et une navigation et une errance dans un paysage virtuel métaphysique où se rencontre une altérité étrange, que l’on observe en tant que spectateur, en tant qu’archéologue du futur.
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After a couple of weeks of evacuation I reproduced my apartment left in Vinnytsia, Ukraine on February 24th. Fragility of current state reproduced with a digital glass. Vase is a metaphor of settlement, home decoration, and a willingness to stay. Too big and too fragile to fit an emergency backpack it stays abandoned and lost, transforming from Physical object to Memory object. “Glass House” is a trip around memory objects connected with home (archetypes of home, tree, way, home decoration) and navigating and wandering inside the metaphysical virtual landscape where you can meet weird and alien otherness, which you observe as a spectator, as an archeologist in the future.
L’œuvre se compose d’une série de fragments vidéo issus d’archives personnelles constituées au fil des années. Chaque fragment a été altéré, dans le but de créer des compositions fondées sur l’erreur et une forte charge visuelle, d’une beauté frôlant l’abstraction. L’œuvre, empreinte d’une grande poésie, révèle les possibilités infinies inhérentes au paysage contemporain.
La vidéo explore la notion de paysage urbain. Conceptuellement, elle envisage le paysage comme une structure formelle, une surface d’abstraction narrative ou un champ de recherche socioculturelle. Le paysage a été transformé pour créer de nouveaux espaces d’une grande intensité visuelle, offrant une vision différente, plus personnelle, des lieux et de la société qui les habite.
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The work consists of a series of video fragments from a personal archive that I have been generating over several years. Each fragment has been glitched, with the intention of generating compositions based on error and a strong pictorial charge, with a beauty that borders on abstraction. The work, with a strong poetic charge, shows the infinite possibilities inherent in the contemporary landscape.
The video focuses on the idea of the urban landscape. Conceptually, it proposes the idea of landscape as a formal structure, a surface of narrative abstraction, or a field of sociocultural research. The landscape has been intervened to create new spaces of great visual intensity, presenting another, more personal vision of the places and the society that inhabits them.
I live in Saarland, Germany. The place is surrounded by forests and I find it very beautiful and exotic. Almost like a Bob Ross painting. But while hiking I came across a bunker and realized that there were beasts lurking behind the happy trees. A short essay film about war and forest.
Je vis dans la Sarre, en Allemagne, dans un lieu entouré de forêts, ce que je trouve très beau et même très exotique. Presque comme une peinture de Bob Ross. Cependant, lors d’une randonnée, je suis tombé sur un bunker et me suis rendu compte que des bêtes m’épiaient derrière les joyeux arbres. Un bref essai sur la guerre et la forêt.
Une collision de formes et de sens génère des aberrations et des distorsions proches du rêve hallucinatoire. S’y découvre un Paris – la ville où je suis née – transfiguré par le pays d’origine de mes parents, une Pologne fantasmée et colorée où s’invitent des animaux typiques des motifs folkloriques polonais ou encore les chevaux et les carrosses de la place de Cracovie.
Comme beaucoup d’enfants d’immigrés, mon rapport à la culture de mes parents comme à leur langue passait essentiellement par eux, sans autre filtre, malgré des visites régulières « au pays ». La Pologne qu’ils me transmettaient n’était déjà plus pour ainsi dire « réelle », elle devenait un autre espace, une « hybridation » rendue tangible par la forme et la technique collage.
Cette courte animation approche les traumas, les effets du choc post-traumatique – TSPT. Elle répond à une fusillade, cela aurait pu être le viol, les oppressions. L’important est de continuer à vivre.
Un jour j’ai été dans une fusillade
Mon cerveau a pété un câble
Depuis j’apprends à vivre avec.
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This is a short animation on trauma and the effects of post-traumatic stress disorder (PTSD.) In this case, it concerns a shooting, but for others it may be sexual assault or oppression. The important thing is to continue living.
One day I was in a shooting
My brain went crazy
Since then, I’ve learned to live with it.
À travers la voix collective de ses ancêtres, Simone Harris, de la septième génération marron en Jamaïque, devient Queen Nanny. Remuant cet héritage, elle rappelle par des implorations magiques les prouesses spirituelles de ce peuple qui a su résister à l’oppression coloniale patriarcale en déployant des techniques de guérilla et de camouflage où se mêlent des rites, des chants et des recettes médicinales.
TVpaint et dessin sur papier 2D
Avec la trame sonore intense et obsessive de Radwan Ghazi Moumneh, La dureté du mental compose une odyssée spatio-sportive en CinémaScope 35 mm.
Transformant des films soviétiques de lutte et de saut à la perche olympiques des années 1980 en images expressives et picturales, le film s’avère un manifeste du cinéma argentique sous toutes ses formes, de la projection en direct à un travail alchimique.
La dureté du mental s’avère une élégie cinématographique du geste performatif, un décathlon du praticien sur pellicule.
Il a été commandé par la Cinémathèque québécoise.
Que ressent-on lorsqu’on perd sa mère à cause du régime de quarantaine intrusif imposé par un État en pleine pandémie mondiale ? Dans Chrysanthemum, Luo Jingyuan aborde le cas d’une Chinoise qui s’est suicidée en sautant du haut d’un immeuble, qui vit et revit le traumatisme d’une mort rendue invisible par l’État qui en est responsable. À l’image de la fleur éponyme du deuil, sa contemplation est belle dans sa tristesse déchirante. En renvoyant le regard vers le spectateur, le film pose la question de savoir comment aborder la réalité de cette tragédie après qu’elle ait été éclipsée par le tumulte de la propagande et le silence de la censure.
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What does it feel like to lose one’s mother to the intrusive quarantine regime of a state amidst a global pandemic? In Chrysanthemum, Luo Jingyuan approaches the case of a Chinese « suicide jumper », living and reliving the trauma of a death made invisible by the state that had caused it. Like the eponymous flower of mourning, her contemplation is beautiful in its harrowing sadness. Returning the gaze to the viewer, the film asks how to relate to the reality of this tragedy after it has been eclipsed by the clamour of propaganda and the silence of censorship.
Je m’efforce de capturer la beauté schizophrénique de l’existence humaine, dont la réalité est faite de paradoxes, tandis que la rationalité n’est qu’une anomalie subjective à la limite de la conscience. La beauté de la connaissance dans l’ignorance et de l’impuissance ultime, qui convergent en un seul moment éternel.
Base du film, il n’y a qu’une seule question : comment ? Captivé par la mécanique pure des principes cycliques dont nous sommes faits, sans avoir besoin de chercher des réponses personnelles, Howne s’intéresse pas au Qui ou au Pourquoi. Il s’interroge simplement, inspiré par la question elle-même. La pensée rationnelle qui est à la base de notre civilisation est l’histoire de l’acier et de la guerre, reconstituée à partir de nos victoires et des défaites d’autrui, jouée sans cesse dans des milliers de variantes qui se présentent comme de nouveaux conflits. Apparemment contradictoires, la poésie et l’art offrent la seule bouée de sauvetage à l’esprit humain.
La technique du dessin sur papier, en effaçant et en retirant la poudre de pastel du papier. Ouvrir le processus créatif au hasard, m’empêchant d’atteindre un contrôle total, impacté par les « erreurs » nées des matériaux naturels. Dans mon travail, j’évite de donner des conclusions claires.
Artistic intent:
In this film I strive to capture the schizophrenic beauty of human existence, whose reality is made up of paradoxes, while rationality is merely a subjective anomaly at the edge of consciousness. The beauty of knowledge in ignorance and of ultimate helplessness, as they converge in a single eternal moment. At the basis of the film is only one question – How? Captivated by the pure mechanics of the cyclical principles from which we are made, without the need to seek personal answers, How is not interested in Who or Why. It simply wonders, inspired by the question itself. Rational thought that is the basis of our civilization is the history of steel and war, patched together from our victories and other people’s defeats, repeatedly played out in thousands of variants that are presented as new conflicts. Seemingly contradictory, poetry and art offer the only lifeline to the human mind. The film was made using the technique of drawing on paper, by erasing and removing pastel powder from the paper. This approach allowed me to open the creative process to chance, preventing me from achieving complete control, impacted by the « errors“ born from natural materials. In my work, I avoid providing clear conclusions. I want to place the viewer in the role of the one who wonders, inquires and who opens themselves to an answer – which the film never offers, but the viewer may arrive at for themselves.
En 2012, Mohamed voit son meilleur ami abattu par une milice armée aux abords de Damas, Syrie. Le sang se répand dans l’eau du lac et contamine la mémoire. Dix ans plus tard, les reflets des Laurentides rappellent le traumatisme de Mohamed, maintenant réfugié au Québec.
Tourné en 16mm noir et blanc, le film joue sur la porosité entre la surface de l’eau et celle de la pellicule, où chaque image semble porter la trace d’un passé indélébile. La surexposition, presque tactile, transmet le traumatisme de Mohamed comme une expérience haptique, envahissant le spectateur. Face à l’impossibilité de dire, le film se fait espace mémoriel tremblant, où chaque plan vacille entre souvenir et oubli.
Une poignante tapisserie de chagrin se tisse à mesure que se dévoile le meurtre brutal du poète iranien Hamid Hajizadeh et de son jeune fils Karun. Le film reconstitue cette journée tragique à travers des entretiens avec la famille réalisés après le meurtre. Les fissures dans les murs de la maison familiale rappellent les souvenirs refoulés et créent un lien avec les fissures dans la terre, qui reflètent le fleuve Karun partiellement asséché.
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A poignant tapestry of grief is woven by unravelling the brutal murder of Iranian poet Hamid Hajizadeh and his young son Karun. The film reconstructs this tragic day through interviews with the family made after the murder. The cracks in the walls of the family house are a reminder of the repressed memories and create a link to the cracks in the earth, which reflect the partially dried-up Karun River.
Ce film poursuit l’histoire du Petit Prince. On y suit le vieux prince et le petit prince dans leur voyage, à la veille de la disparition de l’humanité. Ils rencontrent différentes personnes et, confrontés à l’inéluctabilité de la fin des temps, chacun réfléchit à ses erreurs, renonce à ses désirs et présente ses sincères excuses au monde, comme si, la prochaine fois, les choses seraient différentes.
Il s’agit d’une fable sur les hormones androgènes. Les hommes sont habitués à s’excuser, mais, du fait de leurs limites, ils ont tendance à répéter les mêmes erreurs. À la suite d’une révélation décisive, lorsque des circonstances périlleuses surviennent, les individus sont contraints de reconnaître leurs erreurs et de présenter des excuses sincères. Cependant, il n’est pas certain que cette sincérité perdure.
L’œuvre adopte une approche d’installation pour le montage du film, en mettant l’accent sur l’interaction dynamique entre le contexte matériel et spatial. Le film présente de nombreux artefacts. Les personnages sont représentés comme des accessoires. Symboliques et interprétés dans un style minimaliste, ils offrent une expérience visuelle unique. Peut-être perçue comme une installation.
Elle découle de ma perplexité face à la situation actuelle de l’humanité. Après la Seconde Guerre mondiale, il semblait que l’humanité ait entrepris une profonde introspection et trouvé une voie à suivre. Pourtant, au cours de la dernière décennie, les erreurs du passé semblent avoir été oubliées, et nous semblons à nouveau pris au piège des mêmes cycles.
Je considère la société humaine comme une « condition masculine », façonnée par la testostérone, qui stimule le désir de puissance, de domination et de transformation des autres. Une véritable réflexion n’émerge qu’après un échec catastrophique. Mais cette réflexion est de courte durée, rapidement effacée par les mêmes pulsions qui ont causé les dégâts initiaux.
Le titre fait référence à la « période réfractaire », un moment de faiblesse et de récupération après un point culminant, symbolisant une période où la civilisation humaine semble temporairement adoucie et introspective. Le vieux prince est comme un sauveur dans un jeu : il cherche constamment une voie à suivre pour l’humanité, mais il est condamné à échouer à chaque fois et contraint de recommencer. Après ce dernier échec, tout le monde semble apaiser ses désirs, comme pour se préparer à quelque chose de mieux la prochaine fois. Mais les choses seront-elles vraiment différentes ?
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This short film continues the story The Little Prince. The story follows the old prince and the little prince as they head out on a journey on the eve of mankind’s farewell to the world. They meet different people, faced with the fact that mankind has to go, everyone reflects on their own mistakes, letting go of desires and sincerely apologizing to the world as if next time things will be different.
This is a fable about androgenic hormones. Men are very used to being apologetic, but due to their limitations, tend to repeat the same mistakes. Following a climactic revelation, when perilous circumstances arise, individuals are compelled to acknowledge their missteps and offer genuine apologies. However, it remains uncertain whether such sincerity will persist.
The work employs an installation-based approach to assembling film, with a particular focus on the dynamic interplay between material and spatial context. The film features numerous artifacts. The characters are portrayed as props within the film. The characters are symbolic and were performed in a minimalist style. This results in a visual experience of film that can be perceived as an installation.
It stems from my confusion about the current predicament of humanity. After World War II, it seemed as though mankind had undergone deep reflection and found a path forward. Yet in the past decade, past mistakes appear to have been forgotten, and we seem to be trapped in the same cycles once again.
I see human society as a “male condition”—one shaped by testosterone, which drives the desire for strength, dominance, and the transformation of others. Genuine reflection only emerges after catastrophic failure. But such reflection is short-lived, soon overwritten by the same impulses that caused the damage in the first place.
The title refers to the “refractory period”—a moment of weakness and recovery after a climax—symbolizing a time when human civilization seems temporarily softened and introspective. The Old Prince is like a savior figure in a game—constantly seeking a path forward for humanity, yet doomed to fail each time and forced to start over again. After this latest failure, everyone appears to be quieting their desires, as if preparing for something better next time. But will it really be any different?
Dans ce court métrage fantastique et horrifique inspiré du récit d’Arthur Gordon Pym de Nantucket, un narrateur (dans une langue inconnue) décrit un voyageur solitaire qui s’aventure dans un royaume ancien et oublié où la réalité se dissout dans l’inconnu. Dans un vaste temple en ruines, des colonnes imposantes se tordent tels des serpents figés, et d’inquiétants hiéroglyphes se transforment au-delà de toute compréhension. Paralysé, l’homme voit de pâles tentacules ondulantes descendre d’un vide aveuglant, leurs mouvements lents et délibérés ressentant sa présence. À mesure que la lumière s’intensifie, les vrilles l’enveloppent, l’entraînant dans la blancheur, dans quelque chose au-delà du temps, au-delà de l’existence. Une méditation onirique sur le destin, la transformation et les mystères qui se trouvent juste au-delà de la perception humaine.
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In this horror fairy tale short film, inspired by The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, a storyteller (in unknown language) describes a lone traveler ventures into an ancient, forgotten realm where reality dissolves into the unknown. Within a vast, crumbling temple, towering columns writhe like frozen serpents, and eerie hieroglyphs shift beyond comprehension. Paralyzed, the traveler watches as pale, slithering tentacles descend from a blinding void above, their slow, deliberate movements sensing his presence. As the light intensifies, the tendrils envelop him, drawing him into the whiteness—into something beyond time, beyond existence. A dreamlike meditation on fate, transformation, and the mysteries that lie just beyond human perception.
Cette courte œuvre vidéo réinvente le tableau du XVe siècle intitulé Saint Elizabeth’s Day Flood[i] (L’inondation du jour de la Sainte-Élisabeth), à la fois comme traumatisme historique et présage contemporain. Combinant des images générées par l’IA inspirées du tableau et des séquences vidéo modernes, le film efface les frontières temporelles : des églises gothiques côtoient des tours de verre, des villageois rament à côté d’androïdes, et des eaux boueuses déferlent à la fois sur des villes anciennes et des horizons contemporains.
À travers des oppositions saisissantes, Echoed in Water réfléchit à la violence répétée des catastrophes climatiques provoquées par l’homme. La fusion des époques suggère non seulement la continuité de la vulnérabilité environnementale, mais aussi la manière dont les progrès technologiques ont non seulement échoué à nous protéger contre la colère de la nature, mais ont également contribué à l’aggraver. Le passé médiéval, autrefois considéré comme lointain et sans rapport avec nos vies, devient le miroir de nos angoisses actuelles, d’autant plus que la montée des eaux, la destruction des infrastructures et les bouleversements écologiques font désormais partie de notre quotidien.
Cette œuvre offre une réflexion visuelle sur la fragilité, la mémoire et le mythe du progrès. Elle n’est pas seulement une éloge funèbre pour les victimes de la noyade, mais aussi un avertissement : l’histoire, comme l’eau, finit toujours par revenir.
Les deux panneaux représentant l’inondation de la Saint-Élisabeth illustrent la catastrophe du 19 novembre 1421 (jour de la fête de Sainte-Élisabeth). Le panneau de droite, plus complexe, présente un langage visuel unique, caractérisé par des perspectives et des proportions déformées. Il représente plusieurs histoires simultanément, qui construisent le récit global de l’événement. Ces caractéristiques intrigantes servent de modèle et de point de départ à une enquête visant à traduire et à transformer le tableau en un scénario qui anime une image des catastrophes écologiques passées et présentes.
[i] L’inondation de la Saint-Élisabeth, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, vers 1490 – vers 1495.
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This short video art piece reimagines the 15th-century painting, Saint Elizabeth’s Day Flood[i], —as both historical trauma and contemporary omen. Combining AI-generated shots inspired by the painting with modern video footage, the film collapses time: Gothic churches stand beside glass towers, villagers row past androids, and muddy floodwaters surge through both ancient towns and contemporary skylines.
Through haunting juxtapositions, Echoed in Water reflects on the repeated violence of human-induced climate disasters. The merging of eras suggests not only the continuity of environmental vulnerability but also how technological advancement has not only failed to safeguard against nature’s wrath but also contributed to it. The medieval past, once seen as distant and irrelevant to our lives, becomes a mirror for our present anxieties—especially as rising seas, broken infrastructures, and ecological displacement become daily realities.
The work offers a visual meditation on fragility, memory, and the myth of progress. It is not only an elegy for the drowned but also a warning: history, like water, finds its way back.
The Saint Elizabeth’s Day Flood two panels depict the flood on November 19th 1421 (the feast day of Saint Elizabeth). The right panel, which is more complex, has a unique visual language of distorted perspectives and proportions. It depicts multiple stories simultaneously, which construct the overall narrative of the event. These intriguing features serve as a template and starting point for an investigation aiming to translate and transform the painting into a storyboard that animates a picture of past and present ecological catastrophes.
[i] The Saint Elizabeth’s Day Flood, Meester van de Heilige Elisabeth-Panelen, c. 1490 – c. 1495.
Théogonie de l’orgasme artificiel réunit un film connaissant les codes de la science-fiction et une sculpture en résine, réalisée en impression 3D. Elle imagine l’orgasme féminin dans un monde régi uniquement par les mathématiques – comme le sont les mondes virtuels et surtout ceux créés avec l’IA. Et si l’orgasme est une fonction algorithmique, alors il devient créateur de mondes à son tour. Dès lors, on pourrait parler d’une théogonie, au sens donné, à l’Antiquité, par les Grecs : une création de l’univers, des dieux qui l’habitent et le façonnent à leur tour. Eurynôme, déesse primordiale créatrice du monde par le mouvement harmonieux, Gaïa, reine des cycles et dès lors des fonctions itératives, Nyx, figure de la nuit, du désordre ainsi que des des fonctions stochastiques, et enfin Mnémosyne, qui mémorise les calculs, seraient les figures tutélaires de ces planètes engendrées par le plaisir mathématique… À la recherche d’une métaphysique des algorithmes.
Au départ : une formule mathématique fictive élaborée avec une intelligence artificielle et ma propre pratique du code. Cette formule est impossible dans sa totalité, quoique composée d’éléments rigoureusement valides. Comme une phrase fausse faite de mots vrais, elle joue le rôle d’un artefact spéculatif et latent : elle figure le chaos primordial, une structure instable mais féconde, capable — sous certaines stimulations numériques — de générer des mondes de plaisir. Ces stimulations prennent la forme de calculs mis en tension, de séries d’opérations esthétiques et narratives mimant les phases d’un orgasme : excitation des calculs, montée, paroxysme, retour à l’équilibre.
À travers cette structure algorithmique du plaisir, une cosmogonie alternative se déploie, où chaque figure mythologique marque une étape du processus computationnel :
-Eurynôme, souffle originel, amorce le mouvement ;
-Gaïa donne corps au cycle, à l’itération comme principe créateur ;
-Nyx introduit le désordre, l’imaginaire, les variables complexes — elle éloigne le système d’une conception strictement mécanique ;
-Mnémosyne conserve les traces, mémorise les calculs, afin que se contruise le récit.
La sculpture, générée par impression 3D à partir de cette logique, condense physiquement cette fiction. Elle évoque une planète-organisme, un clitoris mythique, vestige tangible d’un monde né du code et du fantasme. Le film, quant à lui, donne voix à cette théogonie : une narration située entre l’intelligence artificielle et l’expérience humaine, entre corps et langage machine.
Entre science-fiction statistiquement probable, mythologie technologique et matérialisation numérique, Théogonie de l’orgasme artificiel explore la possibilité d’un lien entre désir et calcul, entre l’univers du plaisir et celui de l’algorithme. À travers ce geste, il s’agit de détourner les logiques de production de l’IA pour ouvrir un espace de trouble, d’émotion, de récit et de puissance. L’orgasme y devient narrateur : une voix qui fait naître, non pas des vérités, mais des mondes de plaisir.
Déambuler entre le réel et l’imaginaire. Laisser la caméra entraîner le corps et s’abandonner à la poésie des formes incertaines qui rythment le paysage urbain. Là où le banal trouve des espaces remarquables pour enfin Poser les apparences. C’est dans le dialogue entre les images en mouvement et les estampes qui composent les « 7 mètres de vie en rose », dans cette respiration des enroulements du papier ; entre l’encre et la lumière que l’aléatoire surgit du viseur, comme pour inviter au déplacement de nos points de vue.
Ce nouveau film d’Antoni Pinent fait l’aller-retour entre les limites de matériaux reconnaissables- footage hollywoodien-et les interventions réalisées à la main ou sans caméra.
STEREO FRAMEWORK / ASYNCHROMY repousse les limites des couleurs anaglyphiques 3D de multiples façons et dans divers contextes, allant des compositions géométriques aux abstractions conceptuelles et philosophiques, sans se priver de citations de maîtres de l’image animée Michael Snow, Morgan Fisher ou Norman McLaren.
Footage et humour font bon ménage.
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Antoni Pinent‘s new film project is a round trip between the limits of recognizable materials (Hollywood found footage), the unknown, and interventions made by hand or without a camera.
An experiential project that pushes the limits of 3D anaglyphic colors in multiple ways and contexts, from geometric compositions to conceptual and philosophical abstractions and quotes from masters of the moving image such as Michael Snow, Morgan Fisher or Norman McLaren.
A film of extreme pleasures for all viewers that doesn’t lose sight of the tradition of humor in experimental cinema.
Ma photographie chatoyante représente une Transition qui s’inscrit depuis plus d’une décennie comme un discours.
Je souhaite montrer l’impact de la chaleur sur les murs et les corps, pour mettre en évidence le phénomène de surchauffe. Le procédé est une sorte de négatif couleur et fait penser à l’imagerie thermique des bâtiments.
Les orientations mondiales de l’urbanisation de nos villes mettent à profit « une science des villes » (Programme des Nations Unies*).
Les nouveaux quartiers deviennent une ligne de rencontre de différents horizons d’activités économique, scientifique, sociale… (Bruno Latour**).
4 thèmes, dont sont extraites les images, structurent ma recherche visuelle:
La climatologie urbaine (monitoring, modélisation et prévision)
Une architecture Avec ou Contre le soleil ? (Adaptation du bâti)
Où sont les vulnérabilités ? (Conditions du vivant)
Quelles sont les stratégies ? (Usages et urbanisation)
Exposition autoproduite par l’artiste, en collaboration avec la climatologue Julia Hidalgo du LISST-CNRS Université Jean-Jaurès.
* Programme des Nations Unies, Habitat III, signé à Quito, Équateur, 2016
** Bruno Latour, Le Parlement des choses, Écologie politique, n° 10, été 1994, repris dans Écologie & politique 2018/1 (N° 56), Éditions Le Bord de l’eau.
Rejected (beta) est une série d’images issues d’un réseau de neurones antagonistes génératifs (GAN) entraîné sur le dataset ImageNet Mini. Plutôt que de retenir les productions validées par le Discriminateur – celles jugées « réussies », « vraisemblables » ou « apprises » – le projet s’attache aux images rejetées : les résidus de l’apprentissage, les fragments défaillants du visible algorithmique. Ces images « mal notées », « rejetées », ou encore «discriminées » par le Discriminateur constituent une forme d’archive de l’erreur, une collection de tentatives infructueuses, de naissances avortées dans le flux machinique de la vision artificielle. Imprimées sur des plaques de cuivre, ces images prennent un relief paradoxal où la matière noble, historiquement associée à la gravure, à la reproduction et à la diffusion de l’image, accueille ici des formes instables, incertaines, parfois illisibles. Mais le cuivre est aussi l’un des matériaux fondamentaux de l’électronique contemporaine, conducteur privilégié de l’information numérique, élément central des circuits imprimés et des infrastructures informatiques.
En choisissant ce support, Rejected (beta) superpose deux régimes d’image : celui de la gravure artisanale et celui du calcul algorithmique. Le cuivre devient alors le lieu d’une résonance entre l’histoire technique de l’image et celle de l’intelligence artificielle.
Ce transfert symbolique transforme la plaque de cuivre en interface critique puisqu’elle matérialise la tension entre le visible et le calculable, entre l’erreur d’un algorithme et la trace sensible qu’elle laisse sur un support chargé d’histoire. Le cuivre devient ainsi le révélateur matériel d’une esthétique du rejet, une mémoire conductrice de l’échec algorithmique.
Le titre Rejected (beta) souligne cette tension entre l’expérimentation technologique et la valeur esthétique. Il évoque à la fois le vocabulaire du développement logiciel – la version « bêta », non finalisée – et celui de la sélection artistique. Ces images ne sont pas seulement les rebuts d’un réseau neuronal, mais les témoins d’un apprentissage en cours, d’une intelligence encore hésitante, en train de se faire.
Ainsi, Rejected (beta) interroge la manière dont les systèmes d’intelligence artificielle apprennent à « voir », à « évaluer » et à « rejeter », révélant, en creux, nos propres critères de reconnaissance, de beauté et de validité. Le projet met en lumière ce qui échappe au filtre du Discriminateur, pour en faire le coeur même de l’oeuvre.























