Page 106 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS ENSAV
de l’eau et de la brume. Un adieu est prononcé.
Sun Guaiwu avec ce couple reconnaît la filiation du Petit Prince, déjà sur terre et déjà très fragile...
Nul besoin d’avion, la forêt se suffit comme productrice de rencontres et l’enfant ne peut que
disparaître – comme chaque enfant en un homme. C’est ainsi le chemin de l’homme avec la
pomme mais sans la rose à aimer. Sans la femme tentatrice.
Cependant la quête ne peut offrir à qui cherche l’aventure ou seulement son chemin que de
pauvres hères et non, des êtres doués de pouvoir. Si son lieu avec ses sentes, ses frondaisons, sa
rivière, offre des espaces à la prouesse, elle n’est pas la forêt des chevaliers errants devant prouver
leurs qualités… Ainsi ce n’est pas par manque de la bonne question, que n’est pas reconnu le
Graal mais par manque même du Graal. Les objets restent quotidiens voire vils, géode, céramique
violette, sac rituel, tête sans visage, artefacts sans valeur morale, sans poids existentiel à l’image
de ce parcours sans réelle embûche. Errer, c'est proche d'erreur ou sans réponse.
Puisque les hommes n’ont plus de questionnement, il n'y a plus de solution à espérer pour enrichir
la quête. Le vieux prince et le petit prince en pérégrination à la veille de la disparition de l’humanité
seraient le même en images approchées des deux étapes : l’enfance et l’âge adulte. Et la faiblesse
de l’enfance n’est pas changée en force. Sun Guaiwu opte pour l’apologue afin de porter une
réflexion non sentencieuse sur la condition masculine, avec cette pulsion de domination qui
pousse les sociétés à répéter les mêmes cycles de destruction, parfois trouée d’une brève lucidité
aussitôt effacée. Le réfractaire serait l’homme à l’enfant qui poursuit (avec) cette enfance, ce
doute, ce désir de changement sans nulle assurance d’une rédemption mais peut-être avec celle
de poursuivre cet inutile recherche.
Traverse
Tomáš Rampula, SnowBlind, 2025, 8’51 (CZ)
« Il est un savoir qui excède les mots. »
« Et une langue gagne à rester incomprise. »
Cet exergue traduit le projet de Tomáš Rampula qui
reprend la seconde partie de l'unique roman de Edgar Allan
Poe, Les Aventures d'Arthur Gordon Pym, en s'inspirant
surtout du roman de Lovecraft, Les Montagnes hallucinées/
The Mountains of Madness. Les deux titres se suivent dans
deux plans semblables, en plongée, de la première page
d'un vieux grimoire. Seuls ces mots écrits restent compréhensibles, le langage, sabir entremêlant
des langues qui se font consonance entre elles, voue le sens à une impossible traduction, à une
impossible compréhension. Tout aussi définitivement indéchiffrable que le resta The Tekele-Li,
expression qui hanta Lovecraft après sa lecture de Poe.
La fascination suscitée par l'Antarctique a stimulé la plume de Poe, l'hypersensibilité au froid celle
de Lovecraft. Ils partageaient par là la fascination des lecteurs de leur temps pour les voyages vers
l'inconnu et les expéditions scientifiques. L'incipit suggère cet attrait par la vue d'une superbe
goélette prise au milieu des glaces, menacée par les vagues. Mais du log-book tenu par Arthur,
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