Page 111 - Catalogue 2026
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Centre Culturel Bellegarde PROJECTIONS
Gabriella Sacco, Untitled (swing), 2025, 4’36 (IT)
Sans titre ou Balançoire ou une invitation à jouer du passage à l’autre ou « et si c’était pareil
» avec cet étonnant film sans lieu, avec ses deux figures, sans perspective/s – à prendre dans la
polysémie de technique d’illusion de la profondeur ou de projet d’avenir.
La dénomination « sans titre » peut rivaliser avec celle de Maître, usitée quand l’artiste ne figurant
pas sur le registre municipal ou une guilde était reconnu à partir de caractères spécifiques,
différentielles d’une œuvre qui se retrouvaient dont d’autres œuvres tout aussi anonymes. Ainsi on
note avec une apposition parenthétique, un élément reconnaissable dans le tableau, la musique,
et autres modes d’expression artistique. Cependant au « sans titre » souvent, par cette «horreur
du vide » et rarement, sous l’impulsion de l’artiste s’adjoint tel ou tel trait ou composant différent
selon le médium, pour aider au classement, à la vente ; ce sera La Vierge à la pastèque ou Nu
rouge avec feuilles bleues.
Quand l’artiste le choisit, la focalisation se fait sur l’œuvre, bien au-delà du thème voire en le
faisant prétexte plus qu’objectif à atteindre, celui-ci étant l’invention, l’écriture. Et ce «sans titre»
de Gabriella Sacco en est pleinement la preuve alors même que « balançoire » correspond à ce
projet de dépasser la limite écranique, la limite du plan, la limite du temps filmique.
L’enfant à la balançoire, en maillot de bain bleu, n’est pas la téméraire se jouant du vertige, pas
d’espace circonscrit, pas de haut ni de bas, de devant, de derrière. Elle est le mouvement dépassant
les notions dites liées à tel vouloir de réalisation, du type « ce plan c’est pour » ou « celui-ci s’impose
quand ». Assertions fort rapides, récitées, censées répondre à ce que certains disent « grammaire
cinématographique, » en oublieux de ce que la grammaire strictement réclame, par exemple, un
subjonctif après « avant que », et un subjonctif imparfait si la proposition dite « principale » est au
passé, le «ils» sujet réclament le pluriel etc.
Le plan, par ailleurs, est déjà plus qu’un mot, il est un tissu de signes entremêlés.
Voire, il refuse en expérimental, les codes et préceptes de l’écriture narrative.
Cependant, il se confronte à la limite, celle du voir. Celle du rendu visible parfois, par ailleurs grâce
au son que l’on dit off, porteur d’indices non vus mais que l'on pourrait voir avec un changement
d'axe. Ainsi se « voit » le train quand s'entend sa sonorité topique, malgré les changements de
technique et dès lors de sons de la réalité.
On se souvient que, selon les conseils de Méliès, les « cinématographistes » devaient noter par
un tracé sur les planches du jeu, la limite à ne pas franchir par les acteurs, et que les zones de
tournage ont suivi celles du théâtre, avec une énumération d’emplacement du premier au dernier
plan.
Certes, très vite, le cinéma – même narratif – a débordé les « obligations » ainsi le réjouissant
Une grande bouchée de Williamson, en 1901. Un passant refuse d’être filmé, ce qui se lit sur ses
lèvres et ses gestes alors qu’il avance vers l’opérateur, traversant l’échelle des plans jusqu’au flou
puisque sa bouche s’ouvre dans le trou noir de la proximité et avale celui qui voulait prendre son
image. L’irreprésentable avale l’image.
La balançoire déborde l’espace du visible, l’enfant disparaît, mais sans accident alors qu’elle
sursaute sans être attachée. La planche même du siège devient plancher non plancher puisque
sans position au sol, elle sature le champ, le dépasse ou se rétrécit en objet de jeu.
La vitesse est tout aussi inouïe, sans que le quiconque pousse la balançoire, la propulsion est sans
justification. Aucun axe, ni aucun angle de vue n’ouvrent de raison, d’explications, alors que la
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