Page 101 - Catalogue 2026
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ENSAV PROJECTIONS

monticules en bordure, la séparation – mythique mais sans Dieu – du ciel avec demi soleil et de
la terre ; la montée de collines, puis une route serpente dans un univers cependant désert ; les
montagnes sont esquissées, rien de précis en accord avec le « je ne sais pas » de la voix over. Et
dans l’anachronisme les arbres, rares puis multipliés et les plantes au sol connotant plus encore la
culture. Plus tard, le phare naît comme spontané sur l’avancée de terre.
Des taches, des virgules en mouvement oblique comme la pluie et la mer précèdent la vie. Cela
sans projet de généalogie scientifique mais très vite, avec des animaux emblématiques : la baleine
mammifère marin, fait ses sauts réputés hors de l’eau, la tortue, animal terrestre et aquatique, sort
de la limite inférieure du champ, et puis le dinosaure et la nature. De même les arbres deviennent
feuillus sans considération d’un climat donné.
L’inquiétude, l’appel à la réflexion refusent très sciemment de suivre la chronologie de l’histoire
d’avant l’histoire et de notre Histoire. Le bipède se redresse de plus en plus en, lance les bras
comme le fait un habitué de la marche, cela sans localisation ni artefacts. L’habitat de la petite
maison suit celui des buildings métropolitains, la ziggourat passe et s‘éclipse avec ses empilements
de terrasses.
Que la formation de la Terre date de 4,5 milliards d’années, la disparition des dinosaures de 66
millions, que la bipédie – dès 3,6 millions – ait devancé homo sapiens et que le caillou lancé
fasse écho au bâton lancé, si vite devenu arme depuis 2001 l’Odyssée de l’Espace de tels non-dits
ou raccourcis loin d’être erronés, spécifient une démarche pleinement artistique qui préfère la
métaphore, la condensation là où la connaissance précise et pointue n’efface pas la nécessité de
prise de conscience du non-spécialiste.

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Samy Benammar, Adieu Ugarit, 2024, 15’46 (CA)

« Un art qui se situe au-delà de la honte est-il possible ? »
– Geoffroy de Lagasnerie

       Dans son essai L'Art Impossible, paru aux PUF en
2020, G. De Lagasnerie débute sa réflexion par une
citation de La Douleur, le livre magnifique et éprouvant
que Marguerite Duras a consacré à l'évocation de l'attente
et du retour des camps de Robert Antelme, son mari. Elle
écrit à propos de « ce Journal (figurant) dans deux cahiers
des armoires bleues » retrouvés à Neauphle-le-Château: «
Le mot "écrit" ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant
des pages régulièrement pleines d'une petite écriture
extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée
devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n'ai pas osé toucher et au
regard de quoi la littérature m'a fait honte ».
Ce détour s’impose pour rendre compte du film très émouvant du réalisateur par la douleur qu'il
inscrit, relève et rédime.
Mohamad et Samy se sont rencontrés au Canada. Dédié à son ami Hussein, dont la disparition

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