Page 116 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS  Centre Culturel Bellegarde

   incrustations en une lenteur alentie et sous la musique de Michel Chion, les corps danseurs avec
   leur double, vacillent, se meuvent, lumineux. La Danse de l’Épervier, 1984.
   Les années d’avant le numérique ont saisi la dimension temporelle de l’art vidéo, le passage
   comme fondamental, l’espace redéfini, indéfini sans pouvoir ici, prolonger nos retrouvailles – en
   nos 29 ans tant de séances ont privilégié la vidéo-danse, le film en chorégraphie – rappeler les N+N
   Corsino qui abandonnant totalement la scène « théâtrale » ont spécifiquement chorégraphié pour
   la vidéo, le numérique, la 3D et désormais la réalité augmentée. Ils se meuvent capteurs sur des
   parties du corps ; les mouvements saisis en points lumineux sont enregistrés et dessinent cette
   danse, très loin d’une captation, parfois en clones-danseurs, parfois en installation participative
   quand le geste du spectateur transforme le visible. Ils enchantent.
   Tant d’images se bousculent, qu’il faut fermer les yeux et les rouvrir sur les trois films de cette
   édition, où ainsi le corps poursuit sa trace, sujet privilégié alors que la technologie entraînerait un
   processus de dématérialisation. Un corps non taxinomique mais un corps en expérience, pas un
   modèle mais un geste. Un geste filmique aussi.

                                                                                                              Simone Dompeyre

   Brigitte Valobra , Wald, Duet for 2, 2025, 5’19 (ES)

                                                      « Je me considérais, premièrement comme ayant un visage,
                                                      des mains, des bras, et toute cette machine composée d’os
                                                      et de chair. » – Descartes, Méditations Métaphysiques

                                                             Duet, cela fait deux, duo en plusieurs langues, ainsi
                                                      lui assigner « for two » induit sinon un pléonasme mais la
                                                      nécessité de l’actuer, de faire cet ensemble. Sans doute, le
                                                      rapprochement avec la signification en chimie n’est-il pas
                                                      forcé puisque la règle du duet implique qu’un atome ou un
                                                      ion est considéré comme stable lorsque sa couche externe
                                                      est remplie avec deux électrons.
                                                      Ils sont deux, tout au long, à de rares sorties du champ ou de
                                                      champ vide ; Elle et Lui, de dos, en costume strict noir, – comme
                                                      le film noir et blanc – cheveux plus ou moins ébouriffés, eux
                                                      seuls, en prise l’un l’autre. Sur fond sans fond blanc, espace
                                                      sans espace mais qui cinématographiquement, en réclame
   plusieurs, diptyque horizontal, ou polyécran, quand se rétrécissant la zone du haut devient deux,
   trois avec un rare superposé empiétant sur la vision de l’autre mouvement. Mouvements tous
   internes et restreints au plan taille. Si on tient à une trame, ce pourrait être celle d’un amour en
   embrassades rares, détours, refus, retours, ainsi les « oui, non/ l’enfant non/ le temps » de voix over
   y participent sans autre précision.
   Pas de dispersion dans l’espace ; ils s’agrippent, l’un tourne l’autre, penché/e se redressant, ils
   attrapent leurs cheveux ou l’un/e ceux de l’autre, ils s’empoignent par le cou ou s’accolent, le
   visage parfois passe inexpressif, écho rapide du Butoh puisque sans l’expression exacerbée du
   visage et sans saccades des gestes, lui parfois yeux fermés. Ainsi expriment-ils une tension dans
   cette danse non expansive mais combien impressive. Dans ce geste qui travaille à être de deux, en
   violence continue, mélancolique.
   Elle c’est Brigitte Valobra. Lui Wald.

                                                                                                              Simone Dompeyre
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