Page 112 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS  Centre Culturel Bellegarde

précision du trait et la luminosité règnent. Une ritournelle quelque peu alentie, quelques bruits ne
font pas explication.
Si une autre figure, un homme portant un harnais élastique rouge attaché à ses pieds, se penche
depuis la petite avancée d’un téléphérique, ni rien ne les assemble que le vide, le vertige, le non
rapport ou le danger de leur geste et la reprise du même. Un temps sans temps.
Si sa balançoire à elle et elle sur la balançoire s’agitent, lui, tête penchée reste immobile à part
d’imperceptibles avancées des pieds ; la cabine ne tient sur rien, elle ne tient à rien puisque les
films aériens censés le faire avancer, n’ont pas d’accroche ; le passage pour y parvenir n’existe
pas hormis une échelle mal posée, impossible à emprunter. De même, les cordes qui pendent en
dessous n’aboutissent à rien ; un saut à l’élastique sans fond. « Même pas peur » car l’enjeu de ce
sans titre est ailleurs.
Du plus proche au plus lointain, sans histoire mais dans la question de la limite du possible du
voir, de ce que peut le film numérique quand le champ n’est plus dans le cadre qu’il n’est ni vue, ni
tableau, ni scène, qu’il est débordement.

                                                                                                          Simone Dompeyre

   John Di Stefano & Cathy Lee Crane, TRA, 2024, 5’35 (CA)

                                                             Si le footage approche des films, il s’en approche
                                                      diversement, en exaltation, fascination, critique jusqu’à
                                                      la destruction, matériologique en travaillant la pellicule,
                                                      décomposant ses couches, structurel et métafilmique, en
                                                      variant les composants analytiquement ou en produisant
                                                      d’autres figures, en révélant le sous-texte et/ou l’idéologie
                                                      sous-jacente.
                                                      TRA en ode à Pasolini, suit la trame de Théorème, sa course
                                                      vers le dévoilement du désir et de la sexualité. John Di
   Stefano & Cathy Lee Crane en une lecture et connaissance précises et amoureuses de ce film, ont
   perçu combien précisément, la course à laquelle chacun/e s’adonne est la métonymie du film, que
   Pasolini qualifiait de « parabole ».
   Une mise en abyme telle que celle que La Ronde de Ophüls tisse entre l’histoire, le motif, les
   arabesques, les manières de tournage, le montage, tous faisant cette ronde, déjà des plaisirs.
   TRA coud des fragments où on court, ainsi que chacun s’y prend – à courir : la bonne, le fils,
   la mère, le fils, la fille, le père et même les deux enfants témoins de l’Ascension de la bonne –
   ascension que TRA n’inclut pas et par deux fois, le messager, l’étrange facteur dont les mains
   volettent comme de petites ailes et fait des cabrioles dans l’herbe. Chacun en cellule isolée, la
   famille n’étant assemblée qu’apparemment. Ainsi est-ce chaque fois seul/e qu’il est suivi... sauf
   lorsqu'un homme jeune parfois rejoint l'un ou l'autre.
   Course se faisant, il traverse. Leur lieu est aussi celui du décalage de ce qu’ils étaient et de ce qui
   s’est révélés d’eux et en eux, après le passage puisque la course, les y conduit, ils franchissent,
   encore TRA, portes, grandes colonnes ornementales et marqueur sociétal, passage étroit et

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