Page 113 - Catalogue 2026
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Centre Culturel Bellegarde PROJECTIONS
carrelé de la cuisine, escalier de bois voire fosses de la propriété. Le portail s’ouvre et se referme
sur le facteur enjoué.
Un lieu est circonscrit même si la socalisation à Milan ne l’est pas, quand la demeure connote
pouvoir et richesse avec différence d’espace selon le statut social – maison, grand portail,
dépendance et cuisine et parc sont retenus – le visiteur qui suit le plus souvent, précède plus
rarement l’autre, en courant lui-même annoncé par télégramme, perturbe le modus vivendi bien
réglé, selon les conventions sociales et familiale. TRA retient aussi la métaphore opérée par le
changement, du sépia premier à la couleur mais évite le moment du tremblement vers lequel
allait la course ; il garde la montée vers, l’avant ou l’après. La course et l'apparente tranquillité y
sont entravées par le sable, de l’homme nu qui hurle en un gros plan et se retourne vers le désert.
Le footage ne garde que peu de paroles – le film originel ne les multiplie pas, ni les dialogues, mais
là avec ce hurlement de re-naissance, le Requiem de Mozart importe sa force et sa fonction.
Et de se précipiter pour revoir l’originel.
Le texte plus que soutenu des deux artistes s’impose :
« Le footage évoque la trame narrative de Teorema de 1968, en privilégiant ses moments interstitiels.
L'acte de courir, récurrent tout au long du film, ainsi isolé en exposent les courants sous-jacents.
Cette stratégie de montage de détachement de certains moments, s'inspire de certaines idées
de Pasolini sur le cinéma comme moyen d'engager le social et le politique. Le montage trace de
nouveaux chemins à travers et entre les images. « Tra » en italien signifie « entre » et implique
généralement une distance spatiale ou temporelle. Il décrit aussi ce qui se déplace « à travers »
quelque chose d'autre, ainsi que quelque chose « dans » ou « à l'intérieur » du temps. Ces concepts
sous-tendent le projet de TRA, celui de créer des structures narratives plus spéculatives, révisées
et ouvertes.
Pasolini définit un concept de montage cinématographique comme assimilation de relations
spatiales et temporelles, qu'il nomme ritmema unité rythmique. Ce montage n'implique pas
seulement des coupes techniques, mais aussi des jonctions significatives pour l'itération potentielle
des subjectivités.
« Au lieu de s’organiser simplement en une succession, un film “pêche” continuellement dans
les profondeurs, dans la matrice qu’est le monde des objets… Le monteur relie les plans par
des “collages”, produisant un “non-existant significatif”. C’est dans cette fraction de temps
incalculablement minimale (l’intervalle produit au point de coupe) qu’il faut calculer les “durées
négatives”, c’est-à-dire celles qui n’existent pas, ni comme représentation matérielle audiovisuelle,
ni comme abstraction mathématique ou rythmique. Dans la convention de la durée infinitésimale
d’un collage, une durée réelle encore plus infinitésimale peut se produire ; inversement, une durée
immense peut se produire – une vie, un siècle, un millénaire. »
– Pier Paolo Pasolini, Théorie des collages, 1971
Ce qui résonne particulièrement, c’est la notion pasolinienne de « durées négatives », où le temps
trace le non encore visible. Par conséquent, le temps est extrait, comprimé, étiré, bouclé, figé, etc.,
autant de façons de créer un espace pour ce qui n'existe peut-être pas encore. Ces expériences de
durée sont souvent liées au mouvement humain, comme la course à pied dans TRA, qui marque le
temps à travers le corps, mais pas nécessairement de façon linéaire. »
Simone Dompeyre
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