Page 117 - Catalogue 2026
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Centre Culturel Bellegarde  PROJECTIONS

Vital Stužka, Gabe, 2023, 6’24 (BY)

       Le don ? Donner ? L’inconnu s’invite avec ce titre.
Cependant, le film est généreux en ce corps qui danse, qui
grimpe aux arbres, qui plonge et nage, après s’être extirpé
du sable mouillé ainsi qu’en re-naissant… un don de la vie.
Les amorces initiales peintes, en chiffres, le titre fait de la
main, sautillant, affichent le grain, la rature. Si cela implique
la manière de création avec de la pellicule périmée de Vital
Stužka qui, de plus développe à la main dans son laboratoire/
chambre noire installé dans sa salle de bain, cela lie le
médium et le propos puisque le grain de la matière précède
celui du sable de la renaissance.
Le corps a quitté l’espace scénique, sa gestuelle inscrit sa matérialité dans l’espace naturel, les
champs. Il est énergie en flux et reflux, revendication d’exister variant selon les éléments. Il fait des
pieds et des mains pour ce retour à la respiration, à l’exaltation du corps, à ses capacités.
Il prend relation avec l’espace. Il adopte sa gestuelle à l’existant. Un arbre, haut mais tortueux, en
branches cassées, mais feuillu comme chemin vers le ciel, se découvre en contre-plongée avant
la définition de sa reptation, les efforts nécessaires pour la montée, sur l’écorce marquée par le
temps.
Corps ramassé, il se jette dans l’eau qui en fait jet, éclaboussures et la musique moins scandée
accompagne son frayage dans l’onde, le bonheur est proche.
Se retrouver dans les champs, en pantalon ample, ne gênant pas la chorégraphie contemporaine
ou des mouvements d’arts martiaux adoucis, occuper l’espace de ses bras mouvants, n’est pas se
quereller avec l’espace mais l’habiter.
Il saute, chute, se relève : les axes changent, il apprend, prend la terre qui s’offre : gabe.
Et ayant retrouvé cette pleine possibilité sans entraves, en liberté sous le ciel sans limites et un sol
plan, il prend conscience de lui-même ; c’est lui que désormais, il touche et caresse sa tête, son
visage, son cou…
Le plan taille décrit cette satisfaction, ce bonheur calme, ainsi s’ouvre-t-il en plan moyen pour le
dire associé à la terre-mère.

                                                                                                          Simone Dompeyre

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