Page 118 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Centre Culturel Bellegarde
Paola Mollet, Buseries, 2021, 9’ (FR)
Un ballet de Merce Cunningham constellé de taches de
couleurs mouvantes, en surimpression sonore, une annonce
de la compagnie de transports toulousaine Tisséo. Le lieu de
réception, un bus de nuit ainsi les taches sont-elles les reflets
des réverbères ou les silhouettes des danseurs/euses le reflet
du téléviseur sur la vitre du passager. Des perturbations,
venant ou non de la vidéo d'origine, d'autres de réécriture se
mêlent en chorégraphie aux reflets de la route.
Les bruits du moteur, la toux des passagers, une ombre furtive
indiquent leur présence alors que le paysage crépusculaire
défile, topos des films de voyages de nuit en bus longue distance.
La litanie des annonces de façon désordonnée égraine un parcours improbable, ajoutant de la
confusion, entre les moments, les géographies, les itinéraires.
Désormais, la figuration s'emmêle en une matière de pixels, de danses, d'annonces et de rumeurs
nocturnes, comme un songe, une « songerie » de celle provoquée par le voyage , quand nos yeux se
perdent dans le défilement perpétuel du paysage et que le paysage devient espace d'introspection.
Paola Mollet a conçu ses Buseries – mot valise où le bus se fait lieu du songe – , quand étudiante
à l'École Supérieure d'Art du Pays Basque, elle faisait régulièrement l'aller-retour entre Biarritz
et Toulouse, élaborant au fur et à mesure de ses voyages, de ses rencontres, de ses pensées et
souvenirs, un univers fait d'enfance, de songes et de technologies.
Par ses songes exprimés dans ce film, Paola Mollet se place dans la filiation d'un phénomène
culturel méconnu qui traverse pourtant l'histoire de l'art de ses soixante dernières années, un
genre à part entière dans lequel des artistes, musiciens et chercheurs expérimentent cet état si
particulier, entre veille et sommeil, allégresse et mélancolie, enthousiasme ou désenchantement.
L'artiste y revint lors d'une discussion lors de projection des films :
Elle y reconnaît l'influence de la Machine à Rêve de Bryon Gysin1 et de la night bus music, expliquant
que l'artiste a eu, en effet, une révélation en 1958 alors qu'il était plongé dans un état second sous
les lumières hypnotiques d'un bus de nuit en direction de Marseille. Phénomène qu'il expliqua par
la perception, par le cerveau d'une fréquence appelée « onde alpha » liée au sommeil profond ou à
l'état méditatif. Il tenta durant les années suivantes de le recréer grâce à un appareillage sensoriel
la Dream Machine, procédé qui connut un franc succès dans les milieux psychédélique et new-
age. Quant à la night bus music, il s'agit d'un genre musical issu de la culture rave britannique
des années 2010, inspirée du titre Night Bus de Burial, et évoquant l'état de transe mélancolique
propre au voyage en bus de nuit.
Sylvain Mollet
1. Brion Gysin : performeur, poète, écrivain et peintre américano-canadien 1916-1986
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