Page 280 - Catalogue 2026
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ACTIONS  Galerie Ombres Blanches

   Le cinéma expérimental s’ouvre et ouvre à la pluralité du vivant, à concevoir le monde comme un
   réseau interconnecté, à mettre au jour un maillage entre les agents humains et autres qu’humains.
   Il est porté par l’aspiration particulière de ne plus centrer sur l’humain mais à coopérer avec la
   nature.
   Il est non pas un prêt à penser, ni un prêt à planter ; non pas un paysage-spectacle, ni des images
   paysagères mais la recherche de processus.

   Ainsi même si les herbiers ont été preuves de l’attention à la nature – et ce fort précocement
   puisque dès le VIe siècle, Dioscoride de Vienne composa le premier herbier enluminé où il
   recensait cinq cents espèces de plantes, l’un des premiers occidentaux du genre à inclure des
   images variées de végétaux, si encore, lors des premières photographies, une Anna Atkins2 créa
   en herbier son Photographs of a Britisch Algae, fait d’algues sur papier, sels d’argent et cyanotype
   impressive et qu’il lui fallut dix ans pour douze exemplaires, si son amie Anne Dixon agit de même
   pour Ferns / Fougères en 1855, les fleurs en étaient cueillies et séchées, désormais l’écocinéma se
   déplace dans le lieu de la plante.

   En effet, l’écocinéma avance le concept d’agentivité / agency, pensant la réalité comme
   phénomène instable dans le lieu même de l’éclosion, de la pousse et non en fleurs coupées, hors
   de leur « champ ».
   Cela entraîne, outre le réemploi, le footage pensé parfois comme un geste écologique, des
   pratiques de filmage soucieuses de protection de la nature, avec emploi de pellicules périmées ou
   pour le développement de refus de produits chimiques remplacés par la composition de produits
   naturels pris sur le lieu du film et ce geste du proche concerne aussi souvent le son.
   Contrairement au NRI3, fondé sur l’histoire, la star, recherchant le lisse, le sans-faute, agençant
   son montage selon une vraisemblance narrative obéissant à des normes, l’expérimental prône le
   geste particulier, ne refuse pas l’accident ; ceux-ci ne sont pas craints dans la rupture avec cette
   idée de production industrielle où de tels « résultats » seraient considérés comme autant d’échecs
   à corriger. Alors que l’écocinéma y trouve des textures éloignées de la duplication réaliste.
   Tous les artistes de l’écocinéma ne remettent pas en question la nature du support argentique et
   ces différents usages et traitement chimiques mais parmi eux, certains dans le projet de maîtriser
   toutes les étapes de fabrication du film, vont jusqu’au DIY : DO IT YOURSELF, soit le fait-main
   maison, qui se revendique manuscritement plutôt fréquemment en fin de ces films. Parmi eux,
   certains comme Jennifer West, n’hésitent pas à des ingrédients naturels corporels comme la
   transpiration parmi d’autres substances alimentaires ou divers sirops.
   De telles alternatives prirent leur envol dans les années 1980, dans la résistance au tout numérique
   et photochimique dans le retour aux propriétés organiques fondamentales du médium : gélatine
   animale, sels, argents, minéraux, cellulose.
   Simultanément, les artistes se réappropriaient des espaces, gestes, supports et machines du
   cinéma argentique, réaffirmant une relation à la physique du support par un artisanat sur pellicule.

    2. cf. article du livre 2025, page 108 et le film de Sasha Waters, Ghost Protists
    3. Narratif Représentatif Industriel

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