Page 61 - Catalogue 2026
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Cinéma Le Cratère  PROJECTIONS

Le troisième met le feu calmement, il suit le mode d’emploi ; déverser l’essence d’un bidon, déjà
déposé au pied du poteau, en asperger son alentour, récupérer un brandon, l’allumer, en allumer
le sol qui reste caché par les herbes, se reculer et rejoindre les autres participants, avant de se
tourner pour un regard adressé derrière ses lunettes de soleil rondes et semi-transparentes, souci
d’accessoire avant le flou final.
L’autre filme pour un « témoignage » en abyme, à qui adressé ? Derrière d’abord, il s’active alors
qu’ils s’approchent du lieu prévu, préparé. Il varie l’axe, la position, opte pour la plongée en bon
reporter d’actualité, ou en preuve d’avoir « bien servi ».
Le film enchâssant garde un axe, le groupe entre dans le champ – en sa polysémie filmique et
agraire – il avance en une ligne droite enserrée à laquelle ne déroge pas la prise de vue. Le sans
parole préfère la bande son, en continu, avec des scansions rudes, parfois pianistiques, le bruit
sourd évite le pathos. Le simple porte l’implacable.
Cependant, Sepehr Kazemi, nomme Jeanne et la vêtit d’une simple chemise blanche, topos du
vêtement de la condamnée à être brûlée et même s’il ne vise pas à ajouter une version à la lignée
des films « de Jeanne d'Arc », il contribue à dépouiller du « folklore » une figure impuissante, en
proie au pouvoir des hommes, le subissant dans l’impossibilité de réagir : elle est bâillonnée.
Le film échappe aux questions de reconstitution historique, aux échos filmiques pourtant,
comment ne pas l’y glisser pour l’étrange émotion que provoque sa fausse insensibilité.

L’artiste dit :
L'Exécution de Jeanne dans les Terres du Sud n'est pas un film sur le passé ; c'est un film sur le vide
– un silence abyssal où aucun miracle ne se produit et où aucune prophétie n'ose espérer l'avenir.

                                                                                                          Simone Dompeyre

Annexe : Jeanne en films

       2024, pour nos Rencontres, il y eut Étendue de Jeanne en son territoire propre foisonnante
histoire de Jeanne, désignée par son seul prénom, et jeune fille décidée d’aujourd’hui qui ne
rejette pas pour autant l’aura de sa légende. Jeanne d’avant la guerre et comme guerrière. Jeanne
adolescente sûre, parlant clair voire chantant le langage des oiseaux dans la forêt et la simplicité
absolue de sa relation avec la nature, entendant les voix célestes, en réalité des polyphonies
géorgiennes, qu’elle susurre dans la cuisine ; cousant des couches de tissu et de couleurs que des
mains ont étalées, frôlées en incipit et qu’une machine à coudre contemporaine transforme en
étendard où glisser son bâton de bergère.
Elle, aussi, se coulait différemment dans la lignée des Jeanne qui ont traversé l’Histoire
cinématographique, voire l’ont précédée avec Burning of Joan of Arc d’Edison aux USA, c’était en
1895, et le Kinetoscope.
Quant au premier Jeanne d'Arc cité en France, celui de Georges Hatot, en 1898, il n’en reste que
des traces de quelques secondes, avant un Méliès en 1900 de trente secondes… puis les films se
multiplièrent de pays en pays, et Jeanne hérita de multiples portraits, sans doute écho de l’esprit

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