Page 59 - Catalogue 2026
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Cinéma Le Cratère  PROJECTIONS

Et si être garçon enlevait cette nécessité mensuelle, si on renversait celle-là en un délirant numéro
de music-hall, si le rouge exaltant, le blanc opposé étaient occasion de jeux non douloureux alors
l’adolescente fille pourrait être un garçon étrangement voleur de culottes. Ce qui suggérerait un
souvenir d’enfance... Haut en couleur et en verve, alors la caverne serait celle de l’interrogation
sur soi en tous les sens.

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Marta Koch, Puste przestrzenie / Void Spaces, 2024, 13’42 (PL)

« Les oiseaux ont besoin de l'obscurité pour rester en vie. »
       Marta Koch ne dépare pas dans la lignée de l’animation

en Pologne, Puste Przestrzenie trace le désarroi d'une jeune
femme confrontée au vide de son existence, à l’absence de
relations humaines qui l’emporte vers des idées noires de
disparition et de suicide. Seule ou presque, puisque dans
la voiture que conduit sa mère, elle voit un de ces gratte-
ciel contre lesquels s'écrasent de multiples corbeaux, que sa
chatte regarde, elle, en ronronnant. La solitude de la jeune
femme se répète dans ces plans des seuls moments dans la piscine où elle s'éprouve maîtresse
d'elle-même, en nageant la brasse, loin de tout regard. La Pologne et le désespoir d’une femme
peut rappeler Bleu de Kieslowski où Julie après la mort par accident de voiture de son mari,
compositeur, partage une même solitude et tente le suicide et se plonge dans le bleu de la piscine,
mais le film est de fiction, et date de 1993.
Dans l’animation dessinée, la jeune femme parvient à se découvrir, dans l'attachement quasi
sensuel à son chat qui gouverne sa solitude. A la mort des oiseaux se fait écho, l'évocation du
suicide. Les noirs intenses des ailes des corbeaux à sa chevelure et la profonde affliction qui la mine.
La découvrir avec sa mère dans le voyage en voiture dont le but est non dit mais au cours duquel
elles arrivent à se parler, dit plus encore le puits sans fond de sa solitude intérieure. Ronronner
comme le chat – sa rousseur et son pelage soyeux appelant la caresse – ou dire sa déréliction
s’avèrent deux faces de ce même désespoir . Un gros plan en plongée d’elle abandonnée écrasée
sur la cuvette des W.C. est suivi de la soudaine irruption du rouge, le rouge connotant le suicide de
qui s'ouvrirait les veines. Le surgissement de la couleur suffit sans autre signe iconique. Le chat se
tient à la limite mais elle a besoin de le prendre dans ses bras.
Délivré de toute pesanteur matérielle, Puste Przestrzenie provoque des émotions ; le rêve s'y
figure, de même que le plus tragique du vide existentiel ; la violence d’un cri du chat forçant de
façon hallucinatoire à cette solitude effrayante que seule la nage dans la piscine bleutée éloigne
paisiblement.

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