Page 63 - Catalogue 2026
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Cinéma Le Cratère  PROJECTIONS

passé et le futur simultanément, quant à Ishtar est cumule son mandat de déesse de l’amour et de
la mort, de l’ordre et du désordre. Tiresias parfait cette ambiguïté essentielle ; lui devin, homme
et femme à la fois, a été condamné à la cécité pour avoir vu un couple de serpents s’accouplant...
et tué la femelle puisque les mythes eux-mêmes marqueurs d’idéologie varient avec les âges et
les conteurs, aveuglé pour avoir aperçu Pallas Athéna, la déesse vierge alors qu’elle se dévêtait
pour prendre un bain. Voir l’interdit, ce que seuls les Dieux auraient le droit de voir ce en quoi ils
ne seraient pas des mortels.
Tiresias, très particulièrement, aurait subi la hargne de Héra, la déesse première et épouse de
Zeus, parce qu’il aurait révélé le secret des femmes à savoir qu’elles jouissaient beaucoup plus que
les hommes : « 9 parts elle, 1 l’homme. »
D’avoir trop vu ou trop joui ! Il perdit la vue vers l’extérieur mais reçut le pouvoir de la voyance, la
vue intérieure ce que même Platon dans le Ménon, lui reconnaît, faisant de lui l’extralucide, le seul
à avoir pu garder sa vision dans les Enfers.
Ainsi le duo voir/ne pas voir… pulsion scopique qui anime le spectateur de films et images
impossibles débute avant le cinéma, art, s’il en est, producteur de voyeurs/voyants.
Et le cinéma expérimental.
Cette attirance fait œuvre, en divers territoires dont le passage en IA, qui perturbe notre définition
de l’image-empreinte, en tant que sophistication du numérique. Marta Di Francesco, qui affirme
sa liaison avec le code, en a testé la version avec la Réalité augmentée pour Janus. Le dieu des
portes, s’y meut danseur double, en autre Tirésias entre les hommes et les dieux ; lui-même hors
de la netteté monosémique, et dans le vu/non-vu, le tremblement la vague du tracé. La donnée se
rebelle, dans le brouillage se fait et se défait une texture du rien. Un flux en constante mutation,
une trace de l’invisible portée par des sons eux-aussi se dérobant à la reconnaissance quoique
parfois apparentés à l’orage ou aux sons des profondeurs, la musique topique de l’inconnu.
Tirésias ne se résout pas dans la narration de son histoire - ce serait triste - les commentaires
existent pour nous la rappeler. Le film entraîne en un monde autre en faisant intervenir l’IA en un
protocole très maîtrisé. Si elle emploie TouchDesigner, GAN et Processing Marta Di Francesco
revient au travail fait main. Elle est l’artiste.
Tirésias est emblématique de l’aveugle des choses du monde pour saisir celles cachées, celles
de l’esprit. Cependant sa cécité « accordée » de même à Homère, l’aède emblématique grec, est
aussi ce que l’on réclame au poète par l’écriture poétique rimbaldienne elle-même.
Le créateur a accès à ce qui est interdit à l’homme, et dès lors ne peut plus voir ce que l’homme
de la quotidienneté voit. Ses paroles mêmes deviennent sibyllines… « Je me cache dans le passé et
le futur », elles s’écrivent dans le champ, conceptuelles et belles. Elles réapprennent à prendre le
temps. Contre le ressac numérique ou avec lui...
Elles choisissent nouvel obstacle et bonheur de garder la langue originelle, ainsi l’italien, alors le
signifiant s’impose en plaisir. L'icône se défait, la poésie émerge de cette dissolution. Le calcul
sous-jacent.
S’y suggère la plainte d’avoir perdu jusqu’à l’obscurité or sans le noir pas de lumière. Le champ est
pris par des vagues abstraites, renouvelées et grises… les formes se dupliquent, se multiplient, en un
système d’abyme constant. Les éléments tournent, reviennent, avec des variations ou identiques
sans raisons apparente entraînée, selon les mots de l’artiste, par « la récursivité, l'auto-réplication

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