Page 68 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS  Cinéma Le Cratère

   Dans un scénario auquel yel.le a travaillé « quelques échanges relativement musclés ont d’ailleurs
   été nécessaires pour éviter un cliché. « J’ai dû me battre pour inclure un personnage gai qui n’est
   pas efféminé. Comme j’aime les bears, j’ai décidé qu’il en serait un. »
   Il semblerait que le TTT lui donne encore du fil/m à retordre.

                                                                                                              Simone Dompeyre

   Lucien Pin, TERF/ANTITERF, 2024, 9’45 (FR)

                                                      « Boï est un autoportrait. (...) Je ne suis pas une femme née
                                                      femme. Je ne suis pas un homme né homme. Je suis un boï.
                                                      Je suis Lucien. »

                                                             Le film-coup de poing, « punchline » dirait kimura
                                                      byol lemoine, riposte avec autant de force/d’agressivité que
                                                      Lucien Pin en a subi avant même sa transition alors qu’il
                                                      réalisait Boï, en 2022 et depuis son opération d’ablation des
                                                      seins.
                                                      Le « je sais qui je suis » se poursuit avec TERF/ANTITERF,
                                                      étonnamment tourné en Kidizoom videocam, caméra jouet
                                                      aux formes rondes, en plastique coloré pour les enfants. Le
   discours filmique préfère le noir et blanc, pris parfois dans un halo effaçant les contours, occultant
   quelque peu le godemiché dont s’équipe l’artiste performant sa révolte contre les insultes
   transphobes. Il tourne sur soi, d’abord en réaction aux voix féminines rapportées en voix over et
   haineuses, puis en se dévêtant, exhibant son corps alors qu’il enfile un baudrier de cuir sur son
   buste, puis, se penchant, une ceinture-gode avec instrument en érection.
   Préciser que l'acronyme TERF réduit la formulation : "trans-exclusionary radical feminist /féministe
   radicale excluant les personnes trans", à savoir des personnes à l'origine issues de la gauche,
   se revendiquant féministes mais s'engageant, depuis plusieurs années, dans un militantisme
   violemment antitrans. Un groupe qui décide d’en exclure un autre pour des raisons idéologiques
   qu’il dit rationnellement fondées.
   Dès lors, ANTITERF n’a pas besoin d’explication… et le film répond en acte.
   En un acte, plan séquence dont le tournage provoque la pixilation, l’artiste se présente au sens
   littéral, de face, plan frontal, regard adressé, sur fond noir et sonore y compris les arguties des
   TERFs attachées à une identité sexuelle fixée par les organes génitaux de naissance – avant de
   tourner en profil gauche, de dos, puis profil droit ainsi que le ferait un suspect – hormis de dos,
   utile pour la suite avec attirail – pour des photos d’identité judiciaire mais en plan moyen. Et ce,
   d’autant que des traits dessinent un sur-cadrage pour ce dévoilement de soi, très décidé.
   Cheveux courts, vêtements sombres, sans fioritures, stature carrée, impassible mais en regard
   ferme, il regarde et au tour suivant, se dévêt ; pull, puis tee-shirt, pantalon, puis caleçon moulant
   blanc… et se penchant, il attrape le harnais et tourne encore en dansant, après avoir passé ses
   mains sur sa poitrine désormais plate et dont les cicatrices disent sa décision d’être l’homme qu’il
   était. Sans craindre d’autres critiques devant l’usage de la prothèse, en un film révélateur.

                                                                                                              Simone Dompeyre
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