Page 70 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS  Cinéma Le Cratère

   vu». Parfois cependant, il revient à la maison, où était ce présent passé et au présent de la nuit
   indistincte, revenant aux traces de ce qui y eut lieu. Elles s’énumèrent mais dans l’état actuel,
   le radiateur sali, les fenêtres moisies, le fil tendu, les deux chaises l’une sur l’autre, ce qu’offre la
   lumière généreuse de l’été.
   Une force d’attraction pour les plans des plus éloignés, les plans du perdu invitent à la couleur, aux
   mouvements, à la précision ; ainsi quand après l’œil d’un bovin, en si gros plan qu’il sature, de ses
   cils soyeux, le champ, ou celui de l’âne en gris tout aussi attirant, ou celui de la vache cornue ou le
   demi-ensemble du veau piétinant sa paille avant de quitter le champ, chacun au pelage différent
   mais comme lustré. Ou le privilège des vaches en divers axes, en plans de la familiarité, plans plus
   longs au gré de leur mastication, de la bave et de la mouche, de leur départ en groupe, l’une – la
   même ? – se tournant avant le retour à la porte étroite du moins visible. Et l’approche multipliée
   de l’eau, qui en vaguelettes, en ondes serrées, en nappe, à son bord d’arbres, en flot plus rapide, lui
   suivi en travelling ; l’eau, ondulée, aux reflets bleus plus soutenus et en éclats divers, brillants, ou si
   grande luminosité qu’elle en devient blanche, le flux de l’énergie du désir de l’urgence du film qui
   va aussi vers « l’endormie » à laquelle cela serait dédié.
   Quelque chose s’est passé et puisque film, la proposition se conjugue au présent, au futur, porteur
   d’une autre manière de voir.

                                                                                                              Simone Dompeyre

   Nicole Panneton, Fantôme - et si c’était vrai, 2024, 2’31 (CA)

                                                             La voix douce quoique empreinte d’une certaine
                                                      inquiétude – celle de Nicole Panneton, en accord avec la
                                                      source de ces images – footage autogène – répète les mots
                                                      du titre, y ajoutant – « et si c’était moi » – sur fond de plan
                                                      canonique d’un train se déplaçant, porteur du mouvement
                                                      inhérent au cinéma et à la notion de « passage » de l’art vidéo.
                                                      Un plan, par sa répétition de la même bande longue, entraîne
                                                      dans un ailleurs. Le plan étiré d’une ligne d’arbres, au long
                                                      duquel marche ou court une même femme, avec foulard
                                                      noué sur sa chevelure, à la manière slave, opte pour le
                                                      négatif. La silhouette rapetissée par sa triple inclusion dans
   le champ est une ou deux fois rejointe par son ombre, transparente, sans autre motif ni indices de
   raison d’être.
   La forêt emplit l’espace, les hauts fûts minces des arbres reçoivent l’irréalité de traits très fins se
   dessinant furtivement en arrondi et aussitôt disparaissent. Jusqu’au retour du train avec l’intrusion
   d’un fragment d’image au point significatif de la reproduction : l’œil d’une femme.
   Simple comme une gaze, qui cependant entraverait la netteté d’une vision du réel, le film se glisse
   en poésie visuelle.
   L’artiste en explique la source :
   "Dans mes propres archives, j’ai sélectionné un fragment de Dérive réalisé en 2015 : déambulation

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