Page 88 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS ENSAV
Fran Orallo, digital scenery #01, 2025, 6’56 (GB-SCT)
Le « la » est donné avec le titre, simple et déterminatif : une écriture numérique s’invitant à un
genre pictural puis photographique puis d’art vidéo et de cinéma.
Et le film entraîne en une visite de villes européennes de Séville à Londres, reconnaissables par tel
bâtiment ainsi London Bridge ou tel ingrédient touristique comme les calèches, et baignées par
le soleil estival ou la pluie anglaise…
Ce sont des vidéos de l’artiste, ses archives constituées au fil des années, dont des fragments sont
liés pour un paysage impossible ailleurs que dans ce souvenir. Cependant, ce n’est pas un bout-à-
bout alimentant le souvenir d’autant que cet «appel» n’entretient pas les couleurs éclatantes de leur
fonction, puisque chacun des fragments, nouvel élément d’une nouvelle composition, perdant de
son iconicité, de son rappel des lieux réels, est devenu un espace d’autre visibilité. L’image altérée
garde ce que, généralement, l’usage domestique ou publicitaire rejette, l’erreur, l’éloignement de
la ressemblance, de la représentation. Les contours doublés, multipliés, induisent le mouvement
de pas qui, très vite, se confondent en ondes. Si le départ garde la trace du réel, geste et action, les
lignes dessinant l’objet, le bâtiment, les bateaux du port, les structures architecturales frémissent,
les mouvements du vivant deviennent ondes, vibrations avec la réitération de l’envol des oiseaux,
des nombreux pigeons urbains. L’avancée, le pas sont suivis de leur rémanence jusqu’à frôler
l'abstraction en glissando et que le pâle, le rosé adoucissent. La déformation n’est nullement
agressive ni destructrice, elle est porteuse du désir d’une autre esthétique. S’y déclinent d’autres
possibilités d’invention du paysage contemporain, et particulièrement urbain qui n’en perd pas sa
dimension vive.
Simone Dompeyre
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