Page 89 - Catalogue 2026
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ENSAV PROJECTIONS

Victor Orozco Ramirez, Saarvocado, 2025, 7’55 (MX / DE)

       Les opus de Victor Orozco sont autant d’excursions-
découvertes de la région, désormais la sienne, depuis qu’il
a quitté le Mexique, la Sarre. D’excursions pensantes car
l’artiste en citoyen du monde, s’il exalte la beauté des lieux,
n’en efface ni l’Histoire, ni les échos contemporains.
Le mot valise « Saarvocado » emmêle les sens : le toponyme la
Sarre, en allemand, et la vocation ou la destinée, l’association
entraînant à penser est, en effet, provoquée par la région et
précisément sa localisation. La région, limitrophe France-
Allemagne, française de 1680 à 1815, annexée par l’Allemagne hitlérienne, est devenue allemande
par référendum. L’artiste ne rappelle pas toutes ces étapes historiques, mais il évoque la proximité
avec la barbarie, en glissant la question, comme en passant, plus tard, de ce que savent ou pas
les descendants des Nazis. L’approche reste sensible sans acrimonie mais elle espère un éveil,
la vigilance sans exclure une pointe d’humour noir quand l’artiste décrit cet espace vu par lui,
Mexicain, « beau et exotique ».
Ainsi, tout au long, en situation nocturne sous ciel scintillant avec quelques étoiles filantes, se
dévoilent par à-coups, en cut de regards mouvants et plans proches les lieux, avec longue route
très éclairée en profondeur du champ. La voix over de l’artiste commente le présent marqué du
passé et présage du futur. Sa clausule se réfère à un cycle, tant les hommes sont vite oublieux ou
plus encore peu soucieux de leur présent immédiat quand l’Ukraine est en feu.
Le paysage varie selon ses réflexions alors qu'il se réfère à un animateur d’émissions de vulgarisation
artistique, prodiguant des conseils de peinture. Il est vrai que celui-là s’était arrogé l'invention de
la technique « alla prima » / « humide-sur-humide », les couches successives étant posées sur
la précédente encore humide et connue depuis le XVe flamand, retenue par des peintres aussi
différents que Frans Hals, Velázquez, Cézanne ou encore Monet. Cet ancien militaire de l'US Air
Force, ayant découvert et multiplié les paysages de l’Alaska où il avait été longtemps stationné, ne
cherchait pas le vrai mais le distrayant. Il prônait la brosse large pour plus de rapidité : la création
en rapide et la défense de paysages sucrés de cet « Eden inaltéré », antidote aux informations !
Victor Orozco n'édulcore pas, il refuse d’effacer la beauté parfois plus terrifiante du monde et de
ce qui a lieu. Il apprend que le bunker qu’il découvre durant ses randonnées, en débris puisque
détruit par les alliés après guerre, faisait partie de la ligne Siegfried, ce qui n’empêche pas la
lumière éblouissant sur les rochers dans la forêt obscure. C’est, après le passage du noir profond
où ne se profilent que des masses, avec le fond bleu détachant la montagne, que la marche vers
le lieu le découvre au plus près, avec la palette du vert moussu, des feuilles mortes marron ou
marron clair, des branches sèches couvertes aussi de ce vert, et le visible porté par les percussions
en volume retenu.
L'horreur étant de ce monde, l'artiste convoque le film d’horreur et ses zombies dévorateurs ou
porteurs de maladie, pour affirmer que dans la guerre, la première victime est la vérité et qu'il
s’avère désormais difficile de distinguer le réel du fictif. Mais son regard sur cette nature la
sublime. Le zoom approche le sol, les rochers sont lumineux, la mousse douce. Et même quand il
fait surgir en plusieurs plans et à divers emplacements des figures quasi géométriques : triangle,
cercle, carré autour des rochers, ils scintillent, emportent le regard alors que de légers flickers
emportent, eux, la borne kilométrique portant un S et un D, sans doute Saar et Deutschland.

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