Page 92 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS ENSAV
qu’incomprises, les tentatives d’oubli par l’alcool, par le retour en boîte pour danser… et la peut-
être possible frêle re-respiration.
Elle emprunte au langage scientifique de la biologie, qui avec « tropisme » distingue des réactions
d’orientation à des agents physiques ou chimiques. Elle pourrait se rappeler une tout autre
approche, en littérature, celle-là puisque Sarraute, le prit pour titre de ses vingt-quatre courts
textes, où elle exprimait en autant de cas, une force intérieure induisant à faire, à se comporter
sans réflexion, sans en avoir conscience. Elle en fait un sentiment intense, inexpliqué sans intrigue,
sans analyse psychologique mais poussant à faire ainsi, à être. Ainsi en XXI : « une femme trop
sage est traversée par le désir soudain de fuir et de choquer ». Le XI : « une femme est assoiffée
d’intellectualité » et en IX : « un homme parle à une femme pour qu’elle ne parle pas ».
Texte marquant de ce que l’on désigna comme le Nouveau Roman. La figuration de lamathilde est
tout aussi particulière et sa marque, elle dit la souffrance, elle en dit une raison extérieure, non un
« je ne sais quoi », éphémère mais une tension taraudante.
Elle s’y figure en silhouette penchant le corps jusqu’au sol, jusqu’à se transformer en petite masse
a-forme rouge – la couleur signalant sa douleur ou le sang quand le cœur enfin, accompagnerait
une possible nouvelle approche de la vie.
Cela sous le poids de ce que les mots portent. Souvent ils surgissent eux-mêmes ou en sigle pour
TSPT : « choc post-traumatique », en zigzags quand le signifié est perdu par la tonitruance de
l’énonciation. Et lamathilde qui parle en « je » pour cette tentation du suicide, relate ses inquiétudes
jusqu'à la corde et mentionne le frère perdu par pendaison, rassemblant comme poids après un
whatever / peu importe, les causes du trauma. Elle les assemble : oppression/ fusillade/guerre/ viol
et le « tu es en vie » change de tonalité entre sa première occurrence quand vient de se subir le
choc et en coda quand se réapprend la respiration et que se « panse » le cœur.
Le dessin vif, silhouette le plus souvent, refuse les éléments extérieurs, le « décor » ; ils se réservent
à la table, au mur de protection ; il caricature la force policière ; il décrit les ramifications du corps,
par deux fois, ou un cœur « biologique » et le rouge cette fois, vital. Il croque la prise de la boisson
par une bouche carnassière ou le doigt d’honneur comme parade au mal.
Il fait des mots du réel : ainsi les corbeaux – métaphore du mal-être sortant de sa bouche, plus tard,
ce sont quelque peu adoucis en poissons. Les tiroirs de la mémoire sont effectivement ouverts,
repoussés.
Sous le choc des lancers bruts de son mal-être, lamathilde fait variation de cela qui perturbe la
vie de tant d’humains, dans l’incompréhension de l’autre. Des fragments en fureur – cependant–
induiraient que cela peut se colmater et une mention, aussi inattendue qu'en humour, l’atteste,
quand, dans les remerciements de fin, figure le « nerf vague » dont on sait que prépondérant
pour notre calme, il régule de nombreuses fonctions vitales, intervenant dans le ralentissement
du rythme cardiaque et la relaxation de divers muscles.
Que Tropismat advienne en « pansement » pour la personne ainsi touchée, blessée, tourmentée,
puisque déjà il fait flèche vers celui/celle indemne et qui pourrait mieux au moins écouter et voir.
Simone Dompeyre
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