Page 91 - Catalogue 2026
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ENSAV PROJECTIONS
Maria Rieger, Ma Pologne Imaginaire, 2024, 1’49 (FR/PL)
Par un jeu subtil d'incrustations, Maria Rieger, en un film non dénué d'humour, traduit ce
que signifie cette double appartenance pour une fille d'immigrés polonais. La disposition du titre
et les symboles ont enveloppé ceux de l'autre pays remis à leur juste place pour dire comment
dans sa mémoire ces deux imaginaires se sont entrelacés. Surprise de découvrir ainsi des paons
majestueux au sein d'un supermarché français où s'incruste le bruit d'une femme de la campagne
polonaise – grand-mère de l'artiste – battant, d'un geste ferme, une pâte tandis que les paons se
multiplient. En un contraste brusque, à la station sur le quai du métro « Cluny Sorbonne » passe un
Christ avec sa croix, une marchande ambulante de ballons pour enfants – toujours la grand-mère
de l'artiste –, tandis qu'une théorie de bisons imprime le premier plan. Une musique tonitruante
résonne à laquelle succède brusquement, quelques secondes après, un nocturne de Chopin.
Ainsi de surprise en surprise, se découvrent Paris et ses lieux patrimoniaux, avec des incrustations
d'images emblématiques de la Pologne. Une banderole de Solidarnosc s'adjoint à une vue de la
Tour Eiffel, des chevaux polonais passent au premier plan, des Polonais en costumes ancestraux
traversent le champ de leur blancheur immaculée.
Le film, dans sa cursivité, suggère la façon dont la mémoire sous-jacente émerge avec une belle
vivacité, vrille le souvenir pour accorder, au pays quitté, sa puissance mémorielle. Non sans humour
et délicatesse, ces motifs polonais sont empruntés aux stéréotypes sur la Pologne, ainsi que
l’amorce l'exergue dans le film : « Jésus est venu auprès des hommes, et non auprès du système.
Tu comprends ? » Le bestiaire contribue à cet imaginaire : des paons en liberté, des bisons, une
cigogne, un hérisson dévorant une pomme, des chevaux et un attelage auquel succède le travelling
de Polonais en habits folkloriques sur un toit parisien ainsi que sur la Pyramide du Louvre deux
cigognes, le visage de la grand-mère de l'artiste, la statue de Chopin ornée de roses. Un paon
fait la roue atténuant la lumière émanant de la pyramide : la musique d'un nocturne de Chopin
accompagne la vision sur le même plan de la statue du compositeur par Wacław Szymanowski
à Varsovie, ainsi passé et présent de l’artiste se concilient-ils dans ce rêve que le brouhaha de la
grande ville emporte vers un parc où des joggeurs passent en riant.
Didier Samson
lamathilde, Tropismat, 2025, 6’22 (CA)
« Un jour j’ai été dans une fusillade
Mon cerveau a pété un câble
Depuis j’apprends à vivre avec. »
L’animation, seconde nature de lamathilde, ne craint pas
l’agitprop, ne craint pas de renverser le cliché encore régnant
trop souvent, de l’animation propice aux films pour les enfants.
Plus, elle sait que ne sont pas à distinguer les films, par âge de
qui les reçoit.
Celui-ci, cependant, est rude, sans censure, même si elle préfère la ligne simple, la couleur nette
pour atteindre et qui sait, peut-être, guérir. Tropismat déroule le factuel : une attaque, alors que
l'artiste mène un cours avec des enfants – absents cependant du champ et du récit – l’arrivée
de la police qu’elle vit comme autant de brutalités, leurs mots censés être de réconfort sont de
non reconnaissance, loin de prendre en compte la réalité de son vécu pas plus que ne le feront
ceux ultérieurs de son entourage – les conséquences sur elle, en elle, douloureuses d’autant plus
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