Page 94 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS  ENSAV

Charles-André Coderre, La dureté du mental, 2025, 20’26 (CA)

«Compte tenu de ce que représente le sport, un succès sportif peut servir une nation, autant
qu’une victoire militaire.» – Gerald Ford, président des États-Unis, 1974

           « Il ne sait ni lire ni nager » : c’était une des manières d’insultes des Grecs antiques, définissant
   l’idiot. Certes cela ne concernait que le citoyen même si la nage répandue ne figurait pas dans les
   sports des Jeux fondamentaux de leur culture et dédiés aux Dieux et dont les Champions furent
   loués par Pindare – 518-438 avant notre ère. Dans l’Iliade et l’Odyssée, tout aussi fondamentaux
   et lus par chacun – des citoyens – des jeux funéraires sont organisés par Achille pour Patrocle, de
   même, dans le second, pour honorer Ulysse. Les Panhelléniques suivent un culte : les Olympiques
   vénèrent Zeus, les Pythiques à Delphes, Apollon. À chaque cité son dieu. C’est Hercule qui aurait
   inventé ces jeux olympiques. Puis les palestres, stades, gymnases se construisent pour la partie
   d’entraînement pour le beau corps que vases et statues exaltent voire la philosophie ; même s’il
   le compare en un jeu de mots au cercueil, Platon argumente dans Le Banquet que « l’amour des
   beaux corps est un préalable à l’amour des Idées. » Plus encore, Les Lois imaginant la cité idéale,
   invitent la femme à exercer le sport, afin qu’elle se prépare à l’accouchement, comparé au combat
   mais aussi parce que ce seraient, elles, qui protégeraient la ville et ses habitants non guerriers
   quand l’hoplite est parti se battre. La Grecque ne peut que faire naître de futurs robustes citoyens-
   guerriers. Parmi d’autres auteurs, Plutarque, Xénophon commentent la pratique sportive étrange
   dans la Parthénos, que Sparte impose aux jeunes filles comme aux femmes enceintes afin de
   procréer les citoyens.
   En grec, ἀγών/agon désigne un combat, une lutte, un procès, un concours musical ou poétique:
   l'excellence se révélant par l’épreuve, avec le soutien des dieux. Les textes ainsi que les vases
   décrivent la lutte d’adversaires se ceinturant1 – les athlètes sont nus – ce qui est la traduction même
   de cette appellation du sportif – le prise réclame cette pièce de vêtement et tout y est permis afin
   de projeter l’adversaire au sol sans y être entraîné, sauf de toucher les yeux. La brutalité est de
   mise, ainsi, pour le pancrace – qui use de clefs et d’étranglement, le sol est au préalable arrosé afin
   que la lutte se déroule dans la boue. Les jeunes garçons ont le droit de s’exercer dans la palestre
   dès 12 ans et ainsi, d’apprendre l’esprit de rivalité et de compétition.
   Le sport épanouissement personnel est, ainsi, très tôt, compris comme préparation du futur soldat
   censé défendre la cité, la notion, la patrie. L’histoire énumère de culture en culture, la déclinaison

    1. Le combat qui oppose, Ajax le Grand à Ulysse « Et tous deux, s'étant munis de ceintures, descendirent dans l'enceinte
    et se saisirent de leurs mains vigoureuses, tels que deux poutres qu'un habile charpentier unit au sommet d'une maison
    pour résister à la violence du vent. Ainsi leurs reins, sous leurs mains vigoureuses, craquèrent avec force, et leur sueur
    coula abondamment, et d'épaisses tumeurs, rouges de sang, s'élevèrent sur leurs flancs et leurs épaules» – L'Iliade

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