Page 96 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS  ENSAV

Après l’énoncé en voix over d’adages sportifs, empruntés aux deux films originels2, qui lui aussi
subit des sautes, des baisses de reconnaissance des mots, des reprises, les corps des enfants-
lutteurs, en musique plus aiguë et en négatif, effacent leur précision pour lutter en simple
«autour» du corps en pointillé, lointains échos de la matérialité du vase grec, à la limite du lisible,
en entassement. En effet de contre-champ, un spectateur, le prochain sportif à s'entraîner, en
plan de bonne iconicité, grimace.
Cependant, sans certes obéir à un montage parallèle strict, le saut en longueur à la fois prouve
l’énergie nécessaire et la motivation forte pour lancer le corps, afin qu’il monte, qu’il s’enroule. Le
champ se double, se déstructure ou se restructure, fait ses gammes musicales, mais distingue des
visages. Ce sont aussi des hommes.
La Dureté du mental n’exclut pas le travail nécessaire, celui des assistants du saut à la perche
vérifiant et ajustant la barre, celui du sauteur soupesant de sa main nécessairement noire de
magnésie, sa perche souple de fibre de carbone, fibre de carbone ou de verre. L’objet nécessaire
après le bois raide, la perche souple qui donne le nom à ce sport, s'avère un des motifs des gros
plans en écho à ceux des visages concentrés des sportifs adonnés à ce sport olympique moderne.
Le saut à la perche n’existait pas chez les Grecs, qui avaient cependant, une étrange pratique
pour le saut en longueur-halma avec des poids dont se délester avant de se lancer en avant, et
ce, au son de l’aulos, la flûte double. La musique a disparu mais se différencie, le mouvement se
distingue même dans la prouesse de la pellicule.
Le film suggère la contrainte, il n’enlève pas ce que ces corps font : le film dans le même élan
pictural allant jusqu’au vitrail, jusqu’au visage avec traits zigzagants, épais et dorés, en reconnaît
la beauté. Le stade olympique s’oublie, ses gigantesques éclairages s’oublient.
En rythme tout aussi varié, jusqu’au frôlement du flicker, le film débarrasse le corps du projet de
preuve, de réussite, il peint – au sens littéral, en bleu. La pellicule crée un être ailé – l’extension
du corps, le groupement des jambes, l’appui sur la perche, le vol, l’apesanteur sont pris par la
partition des changements et des champs doubles ou plus quand la musique de Radwan Ghazi
Moumneh, loin de perdre en intensité, atteint l’acmé. Dès lors, le photogramme saute, des feuilles
y poussent, des algues inédites se meuvent, l’expérimental exulte.

                                                                                                          Simone Dompeyre

    2. C’est une distraction pour beaucoup. Une profession pour quelques-uns. Quand pour moi, le sport, c’est toute ma
    vie." / Et si la lutte est la raison de toute ta vie. Si chaque muscle clame :
    Entraîne-moi.
    Fais des exercices.
    Pique une course.
    Trouve un concurrent ou lutte tout au moins contre un poteau.
    Il est difficile de commencer, mais il est autrement difficile de s’arrêter.
    Même quand on a le dos contre le tapis. Tant pis. Il faut se lever et aller plus loin. Il faudra maintenant lutter contre
    soi-même.

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