Page 207 - Catalogue 2026
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Chapelle des Carmélites INSTALLATIONS
Jean-Michel Rolland, Chironomies : Vasily Petrenko ;
Barbara Hannigan ; Fabio Luisi, 2025 (FR)
Si l'un des films porte la trace de
l’Histoire immédiate, le titre générique
se charge d’Histoire et du projet de faire
musique ensemble. « Chironomie » vient de
fort loin quand avant l’écriture en partition,
l’aigu ou le grave, du moins savoir si la note
suivante était plus aiguë ou plus grave,
était indiqué aux exécutants d’une main
ascendante ou descendante. C’était en
Grèce antique et cela se disait « chironomie
» de «chiros» la main et « nomos » non pas
au sens de la loi divine, l'ordre instauré par
les Dieux quoique nous sachions combien
la musique était pensée trace du divin,
que l’espace des corps célestes était régi mathématiquement et qu’il en émanait la musique des
sphères. Plus au quotidien, cela concernait aussi la façon habituelle de se conduire ou d'exécuter
une tâche. Le triptyque concerté entre l’artiste et Traverse assemble musique et geste non pas
l’ordonnancement du monde, mais la direction d’orchestre.
Puisque les films de Jean-Michel Rolland, loin d’abandonner son système de série, multipliant
la quête du motif, y convient en accord avec notre thématique le geste – « la gestique » diraient
d’aucuns- et la musique. Les gestes de nombreux chefs d’orchestre glanés sur le Net, dans les
concerts filmés.
Il ne s’agit pas de recherche historique, l'artiste ne revient pas à la notation, ni à l’invention des
neumes – quand le chant grégorien adjoint au-dessus des notes à chanter, de petits signes, les
neumes – à nouveau le grec neuma, «signe» et «geste», ajoutant à la direction de la ligne mélodique
par la main du chef de chant, des signes de la prosodie grecque, fondée sur l’inclinaison des
lettres de l'alphabet. Y présidaient sténographie et chiromancie et nécessaire connaissance des
compositions musicales.
Jean-Michel Rolland, s’il opte pour un footage sans pellicule, déforme, fragmente les images, sur
fond noir, sans champ contre-champ qui impliquerait les musiciens voire le public – celui-ci est
là, aux Rencontres, autre puisque devant un autre « opéra ». Trois chefs d’orchestre, trois grands
écrans, diversement disposés dont un à la verticale, le même et le différent mais nécessaire
mouvement pour les percevoir. Vasily Petrenko, Barbara Hannigan, Fabio Luisi, n'y sont pas
dans la reconnaissance de leur personnalité, mais métonymie de ce qu'ils sont. Ils sont gestes,
superposés, réitérés en métamorphoses de leurs couleurs, du temps et de l’espace. N’y subsistent
que certains mouvements prégnants quoique entrelacés les uns les autres, au ralenti, décalés. Les
corps, délestés du superflu et démultipliés, dessinent des traces comme autant de motifs propres
à chacun d’eux et font recompositions visuelles et musicales qui naviguent entre figuration et
abstraction.
De l'œuvre différente à chaque fois jouée, des fragments de ses phrasés musicaux sont recousus
ainsi du Requiem de Verdi interprété par l'orchestre symphonique du Danemark pour Fabio Luisi
et re-monté par Jean -Michel Rolland.
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