Page 210 - Catalogue 2026
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INSTALLATIONS  Chapelle des Carmélites

Mariah Anne Johnson, Fruit Hands / Lively Dance, 2024 (US)

       Le sol de la quotidienneté, du tous les jours, couvert d'une simple lirette, tissage manuel,
devient sol cependant de l’art se faisant et le fils mélomane emplit la maison de ses jeux pianistiques.
La mère en artiste quitte les meubles où dans ses actes performatifs, elle se love ou parvient à se
glisser dessous, difficilement parfois.
Art domestique au sens fort, lié à la demeure et à ceux qui l’habitent : c’est le sens de l’oikos. Le lieu
est une dimension essentielle de la création de Mariah Anne Johnson, il est non pas simple espace
mais il induit des transformations dans le faire, la production et la réception et le mouvement du
corps. Même le quotidien est porteur.
Ainsi la dégustation d’un fruit se fait-elle devancer par la composition d’une nature que certes, on
a du mal à désigner comme morte. En effet, sur la lirette puis le plancher de bois, les fruits roulent
pomme rouge à croquer, orange amère à peau épaisse, poire verte. Ils sont saisies par la main de la
mère ou celle de l’adolescent ou se pose dans le coin de la pièce. Jeu de forme et de couleur, jeux
du geste… Le familier devient action esthétique : aisthesis, c’est aussi toucher.
Mariah pense par le corps, son rapport au monde – proche ou lointain, l’état du monde ne lui
est pas étranger – mais ici, elle parle sans parole avec lui de sa réaction à la pratique de son fils,
apprenant « Mārentelul », des Danses folkloriques roumaines de Béla Bartók.
Ainsi exercice pour l’un et obligation pédagogique pour l’autre, plaisir mêlé d’agacement, le piano
n' imprègne pas seulement l’espace de la maison mais il déclenche les films, ce qu’atteste souvent
leur titre lié à la partition que le fils travaille. Ses mains ne sont pas captées sur les touches de
l’instrument mais ce qu’il en produit, insuffle le rythme de la maison et de sa vie.
Titre programmatique comme celui-ci Fruit Hands / Lively Dance : le fruit ne se peut sans la main,
elle lui donne cet élan de vie et la caméra arrimée au corps fait très gros plan du fruit ou plan de
demi-ensemble, plan les approchant ou approchant les mains, très nettement ou en léger flou.
Et le lieu agit en projection zénithale au sol en damier de la chapelle, insère la sphère familiale dans

                                                                                            un ailleurs où le fruit répond
                                                                                            à d’autres natures mortes
                                                                                            qui, elles aussi, optent pour
                                                                                            le Carpe diem.

                                                                                                          Simone Dompeyre

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