Page 209 - Catalogue 2026
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Chapelle des Carmélites INSTALLATIONS
s’échappe, est rapproché, encore et encore. Et l’alternance des plans détache parfois la cravate,
tel élément d’habillement ou le fait de manger. Les bruits optent pour le tapotement contre le plat
de métal sans jamais succomber au mime de bruits équins. Leur retour ne suit pas une logique
narrative, ils fondent une autre temporalité de même que le geste n’est pas anecdotique mais
signe de geste.
Femme-cheval en passage sans s’achever autrement que, par deux plans en changements d’axe
de la table de profil et de face avec une légère profondeur du champ et déclivité : l’heure n’est
finalement pas de raconter Pégase mais d’approcher la proximité humain-animal.
Le Déjeuner de Pégase se déguste dans une véritable écurie abandonnée. Il se souvient de Pégase,
le cheval ailé qui, né même de la tête tranchée de Méduse, se lie d'amitié avec les Muses, créatrices
des arts. De ses sabots jaillit la source d’inspiration d’Hippocrène, pluie bénissante pour les
poètes quand pour la face obscure du sacré, le mythe façonne la démone aux cheveux de serpent,
contrepoint de la déesse de la beauté.
Cette œuvre fantasme, avec ce déjeuner de foin, un Pégase médiateur. Il broie et digère la pomme
moitié dorée, moitié noire, fusionnant ainsi la déesse et le monstre en les dégustant, en résultante
de leur couleur. Pendant ce déjeuner, Méduse à la pomme empoisonnée et Aphrodite à la pomme
d’or se combinent en un seul fruit, en deux faces d’une même pièce, en ombre d’une seule femme.
S'y glisse une relecture des métaphores mythologiques : le sang de la tête tranchée mêlé à l’eau de
mer engendre le créateur de la fontaine d’inspiration, ce qui induit que la sagesse et l’art naissent
des blessures de la mère et de la femme.
Pour le cheval, la pomme et le foin sont des aliments courants. L’artiste vit et crée in situ dans le
manège avec les chevaux, ses observations portées par un regard inter-espèces et hétérogène –,
elle, en Pégase en costume masculin prend un moulin comme mâchoire du cheval ; les pommes
d’or et les pommes empoisonnées s’y combinent : la peinture inconsciente se réalise avec de la
purée de pommes. Le Déjeuner de Pégase esquive la narration dans un entre performance et film.
La durée de 17 minutes et 42 secondes s'approche de celle d’un vrai déjeuner ordinaire. Yaofang
Zhang y saisit un miroir de la réalité : au cours d’un repas quotidien, notre esprit, momentanément
suspendu, s’accorde de brèves rêveries. Le cheval n’est plus seulement cheval, l’humain n’est plus
seulement humain ; identités et rôles circulent dans un champ mouvant de significations. En une
telle suspension, se perçoivent sous un jour nouveau, ces éléments déjà définis et s'entrevoient
leurs multiples possibles.
Simone Dompeyre
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