Page 208 - Catalogue 2026
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INSTALLATIONS Chapelle des Carmélites
Et une danse inattendue du buste oscillant, des bras virevoltants, de la tête se tournant qui à leur
insu, ainsi rejouée reviennent à une autre chironomie, celle des Etrusques d’alors ou celle encore
active du mudra de la danse d’Inde non pas celle du théâtre latin ni du mime dont les positions
codées s’imposent pour signifier acte et émotion.
Le cinéma élargi invente à chaque fois une autre musique visuelle.
Simone Dompeyre
Yaofang Zhang, Le Déjeuner de Pégase, 2023 (CN / FR)
Le Déjeuner de Pégase situe la table en nappe
blanche dans une écurie, aux parois et barres en bois ;
netteté et propreté indispensables à un tel lieu s’imposent
mais nul hennissement ni autres bruits topiques et si le
dispositif de l’installation adopte aussi le bois, c’est en
grande caisse en décalage dans la chapelle aux grands
panneaux religieux baroques peints : proche et lointain,
appel au mythe grec par le titre, appel à l’équestre par
le champ, appel à d’autres gestes artistiques par le
faux marbre un peu rayé derrière la toile quelque peu
de guingois qui elle, oblige à choisir sa position pour
atteindre... l’étonnement en plaisir.
Quant au Pégase espéré, il s’avère et loin de l’imposant
animal et loin du mythe, pas de longs museaux ni de
larges naseaux et pas d’ailes. Rien ne figure d’emblée ce
cheval ailé, fils de Poséidon, le dieu des océans ni ne se souvient de sa naissance plus terrible par
le sang de la décapitation par Persée de la Gorgone, celle qui pétrifiait celui qui la regardait. Si
Pégase est un monstre, c’est au sens premier d’être hybride avec des traits humains. De même, si
Pégase apportait éclairs et tonnerre sur l’Olympe selon les ordres de Zeus, il rejoint, ici, une écurie
désaffectée pour un dîner de paille et il fait son corps de celui d’une jeune femme dont seul le bas
du visage, jeune, très clair, lèvres bien dessinées, par le partage de la coiffure, cheveux-crins épais,
drus et noirs, occultant les yeux. On se souvient que le cheval est le rare animal à avoir bouche,
jambes et nez et pieds du moins à en partager les termes avec l’humain.
Vêtu de noir, manteau large, manches larges frôlant la nappe car la table est mise, ce Pégase
officie une étrange cène, seul à seul.
Trois grandes assiettes blanches ponctuent la nappe, celle devant le/la convive avec paille sèche
pour nourriture mais couteau et fourchette argentés ; une au centre de la table exhibe une pomme
digne du jardin des dieux, dorée comme les fruits d’immortalité et de fécondité que gardaient les
Hespérides, à la limite occidentale du monde. Cette unique pomme est mi-dorée.
La troisième contient un ustensile métallisé au haut troué régulièrement, ce qui s’avère une râpe
pour faire, de la pomme, une bouillie – le fruit ayant été ainsi haché (comme) par les dents du
cheval. La pulpe est touillée par l’un des couverts.
Le menu débute par la découpe grâce aux couverts humains de la paille nourriture animale ; les
tiges débordent le plat, se coupent mal ainsi que le cheval devrait mâcher. Encore et encore. Le foin
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