Page 271 - Catalogue 2026
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Église du Gesù ACTIONS
à connecter ces objets. Parce que si je n’en ai qu’un, je me dis que seul cela ne suffit pas… il m’en
faut plusieurs pour faire sens, c'est un tout. Ensuite, j’ai une obsession pour ces objets, je me
demande pourquoi, et je commence à réfléchir, à faire des recherches sur ce que ça peut signifier
pour moi. Et ça créé un concept qui vient des objets et qui résonne avec un univers que je dois
créer, c'est vraiment une fiction.
Cette fiction, je ne la partage pas forcément, mais c'est la fiction qui crée le personnage que je
performe, qui fait du lien entre toutes les performances et tout ce que je fais. C’est un moyen
pour moi d'être dans l'impulsion, d'être dans cette fiction, de créer. Par exemple, je suis dans un
moment très créatif où je n’ai pas le droit d’utiliser de l’électricité, je me mets des contraintes et
de réemploi. Ce qui m’intéresse devient obligation.
[...]
Simone Dompeyre : D’où ça vient de nous dire qu’on sert à rien ? Samy ?
Samy Benammar : Non mais il n’y a pas de baraque à casser. Mais je pense qu'en plus, en étant
dans une église, je trouve que ça renverse...
Simone : Désacralisée !
Samy, après une diatribe sur le vol des colonisateurs qui ont enrichi les musées, comme le Louvre,
revient au sujet de la table ronde.
Samy Benammar : Quand on fait du cinéma expérimental tout aussi politique que peuvent être
nos propositions, elles se passent maintenant dans des niches. Nous ne sommes plus des porte-
paroles ni de l'imaginaire collectif, ni de l'imaginaire politique. Ça ne veut pas dire qu'on n'a plus
de fonction. Ça veut dire qu'on a une fonction de marge, une fonction d'existence, de proposition
alternative, et que ce rien, ce rien collectif auquel on ne sert plus, c'est-à-dire qu'on ne sert plus
à rien dans ce collectif-là, qu'on a plus cette même fonction, ça nous donne une forme de liberté
d'exploration, une forme de liberté de proposition, comme ce que peut faire Traverse. Et cette
liberté-là, je pense qu'il faut l'investir pour pouvoir contrer certains espaces de domination,
certains espaces de parole écrasante. Et c'est en ce sens que j'entends qu'on ne sert à rien. Les
artistes ne changent plus le monde malheureusement, mais ils ont la possibilité de proposer des
alternatives. Moi, c'est mon point de départ en tant que cinéaste, c'est que, non, je ne vis plus dans
le fantasme que le cinéma changera les choses, et c'est là que je veux l'investir de propositions.
Simone Dompeyre : En effet, sinon le monde aurait rejoint l’utopie mais ce n’est pas notre débat
ce jour. Là, vous repartez sur la certes juste position de Hegel… le sacré, l’esprit, etc.
Reparlons-en ailleurs, samedi, quand le débat nous conduira à l'écocinéma, mais notre « affaire »
là, c'est de savoir comment chacun régit à la question de
cette édition. Parce que c'est une table ronde, parce que
les artistes le disent : on ne se parle jamais entre nous.
Ce lieu-ci, c'est celui de tenter de se parler, d’échanger,
de croiser sur ce sujet là, de cette manière là et dans la
mesure où cette année, c'était im-matérialité, avec les
jeux du signifiant que Traverse aime et geste, parce que le
geste peut paraître absolument essentiel dans tout ce que
nous faisons, dans le dit, l’utile, et dans l’essentiel inutile.
La rencontre pour croiser comment chacun s'y prenait,
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