Page 272 - Catalogue 2026
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ACTIONS Église du Gesù
parce que quand moi je reçois les films et les œuvres, presque 900, je suis chaque fois surprise
de voir que quelqu'un d'Australie peut avoir des préoccupations identiques à quelqu'un qui habite
Blagnac. Et qui pourtant, sont, et heureusement, dans des formes absolument différentes. Et je
pense que c'est la forme qui produit le sens.
Je ne pense pas que l’œuvre d’art serait une boîte dans laquelle on mettrait des messages qui
changeraient le monde. Là, on tombe dans le slogan avec des mots en -istes. Ne revenons pas sur
la querelle Barthes /Sartre pour savoir si l'art se mange comme une banane, c'est-à-dire qu’il est
ou pas consommable. Nous ce qui nous intéresse ici, c'est de savoir comment chacun, quand il
est dans l’urgence du créer, car il y a cette urgence dans la création. Je pense que si l'artiste n'est
pas pris par une urgence de création, il ne peut pas créer. Et cette urgence, est certes différente.
Mais ici, n’effaçons pas nos inquiétudes avec certes de belles phrases… mais nous n’allons pas non
plus refaire l'histoire. Je suis une grande amoureuse de l'histoire, de la mal-nommée pré-histoire,
mais s’il faut y revenir faisons-le sans confusion. Et si nous revenions à l’époque des Cathédrales,
ne soyons pas naïfs en parlant de liberté de l'artiste. L’art médiéval répond à des fonctions très
nomenclaturées mais ce n’est pas le moment ici, j’aimerais beaucoup, je le faisais avec mes
étudiants... Ce qui nous intéresse ce jour, c'est de savoir comment vous, en tant qu'êtres humains,
chacun avec sa porosité, sa sueur ou pas sa sueur, ses manières d'aborder, comment y réagir sur
une phrase de quelqu'un là-bas, dans un petit bled, à Toulouse, une grande métropole, une école,
un groupe s’inquiète de sa façon de créer. Comment quelqu'un qui vient de Pologne, quelqu'un qui
vient de Moldavie, quelqu'un qui vient de Belgique, de Toulouse ou n’importe, comment il réagit à
cela. Cela nous intéresse, on ne va pas revenir sur le colonialisme, etc. Ce qui nous intéresse, c'est
chacun, ici.
[...]
Antoine Moreau (Sculptures confiées, action-déambulation, cf. page 240) : Peut-être qu’il n’y
a pas véritablement de projet commun. Mais sans doute que chacun, chacune d’entre nous a un
trajet, une trajectoire. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de point final, qu’on ne va pas se projeter dans une
forme ou dans une autre, dans un discours ou dans un autre. Mais, face au vide, face à cette force
créatrice qui nous porte effectivement, on est dans des
trajectoires singulières, ne sachant pas trop ni pourquoi ni
où on va. Et ça forme quelque chose. Et ça forme quelque
chose avec le vivant, avec les vivants. Et pour moi, ce qui
me paraît intéressant, important, c'est qu'en fait, ce n’est
pas tant réfléchir à ce qu'on fait, le savoir, mais l’inconnu,
on ne sait pas. Donc, on va inventer. Et inventer, ça veut
dire découvrir. Ceux qui découvrent, à présent on appelle
ça les inventeurs. C’est à dire qu’on invente le présent.
Il est déjà là, la chose est déjà là et d’une certaine façon
plus on veut la faire, plus on la méfait. D’une certaine
façon, la question de l’immatérialité est intéressante parce
qu’on part de rien. Mais rien ce n’est pas rien. C’est entre guillemets avoir fait ça avec quelque
chose qui… […] Et en fait ce que je fais ici, c’est que je suis dans une trajectoire et vous ne verrez
pas ce que je fais là puisque selon les circonstances, si ça se trouve, je vais confier une sculpture
à quelqu'un pour lui demander de la confier également à quelqu'un d'autre de façon à ce qu'elle
passe comme ça de main en main, sans qu'il y ait de propriétaire définitif, sans qu'on puisse en
avoir la jouissance exclusive. Et ce sont des objets qui se promènent un peu partout dans le monde.
Et je demande simplement à ce qu’on m’informe de la confiance qui a été faite à la personne à
qui ça a été confié à nouveau, la date, le lieu où ça s'est fait. Cet objet matériel, en fait, il échappe.
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